Santé. À Montpellier, l’intelligence artificielle révèle l’invisible pour mieux lutter contre le cancer

À l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, le 4 février, la Fondation ARC met en lumière l’apport croissant de l’intelligence artificielle dans la recherche oncologique. À Montpellier, la professeure Stéphanie Nougaret développe des outils d’IA appliqués à l’imagerie médicale pour améliorer la détection et le suivi des cancers de l’ovaire et du pancréas, illustrant une mutation déjà à l’œuvre dans les hôpitaux français.

La professeure Stéphanie Nougaret. (Photo Fondation ARC)

La professeure Stéphanie Nougaret. (Photo Fondation ARC)

Dans un contexte où 350 000 patients sont traités chaque année en France en oncologie, la Fondation ARC souhaite renforcer la compréhension du public sur les usages réels de l’intelligence artificielle en santé. Loin d’un concept futuriste, l’IA s’intègre progressivement aux pratiques hospitalières, notamment en cancérologie, où elle contribue à affiner le diagnostic et le suivi des maladies.

Pour le Pr Éric Solary, vice-président de la Fondation ARC, « l’usage de l’IA dans l’univers hospitalier est encore largement perçu comme abstrait. L’IA s’intègre pourtant petit à petit dans la pratique clinique, en particulier dans le domaine de la cancérologie. Elle devrait notamment permettre une prévention et un dépistage plus personnalisés des cancers. Son acceptation nécessite le respect de règles de transparence et d’éthique ».

Cette réalité clinique contraste toutefois avec la perception des citoyens. Une étude OpinionWay menée pour la Fondation ARC révèle que près de 7 Français sur 10 (67 %) déclarent ne pas savoir si l’IA est aujourd’hui utilisée à l’hôpital, alors que près de 70 % des établissements y ont déjà recours pour le diagnostic ou le traitement des cancers. Parmi les moins de 35 ans, 60 % considèrent encore l’IA comme un « gadget » dans la prise en charge des patients, alors même que certaines technologies permettent déjà de détecter des cancers jusqu’à cinq ans avant l’apparition des symptômes et de simuler la réponse aux traitements grâce à des jumeaux numériques.

À Montpellier, l’IA au cœur de l’imagerie oncologique

Responsable d’équipe Inserm à l’Institut du Cancer de Montpellier, la professeure Stéphanie Nougaret consacre ses travaux à transformer les images médicales en données exploitables afin d’améliorer la détection, la caractérisation et le suivi des tumeurs. Son objectif est de développer des outils d’intelligence artificielle appliqués à l’imagerie médicale pour mieux identifier les cancers de l’ovaire et du pancréas.

« Cela ouvre la voie à une médecine plus prédictive et personnalisée », souligne-t-elle, évoquant une évolution profonde des méthodes d’analyse médicale. Les données issues de l’imagerie deviennent ainsi un véritable moteur d’innovation, capable de transformer la compréhension, le diagnostic et le traitement des pathologies cancéreuses.

Radiologue de formation, Stéphanie Nougaret explore depuis plus de dix ans le potentiel de l’IA en oncologie. Elle a découvert ces outils lors de son expérience à New York, au Memorial Sloan Kettering Cancer Center, dans un environnement fortement tourné vers l’innovation translationnelle. « L’IA a intégré ma pratique à New York, dans un environnement très tourné vers l’innovation. C’est là que j’ai découvert les premiers outils d’analyse automatisée en imagerie médicale », précise-t-elle.

Un outil au service du clinicien, et non un substitut

Si l’intelligence artificielle ne se substitue pas à l’expertise médicale, elle modifie profondément les instruments de travail des professionnels de santé. « Elle permet de nous concentrer davantage sur l’interprétation, l’intégration clinique et la prise de décision », explique Stéphanie Nougaret. L’IA est devenue un outil central pour analyser des volumes importants de données complexes, en particulier dans le cadre de projets de recherche ambitieux en imagerie oncologique.

Cette approche s’appuie notamment sur la radiomique, discipline qui consiste à transformer l’image médicale en représentation mathématique afin d’en extraire des informations invisibles à l’œil nu. L’image est ainsi décortiquée pour produire une matrice de données, ouvrant la voie à des analyses plus fines et à une meilleure anticipation de l’évolution des tumeurs.

Un projet soutenu par la Fondation ARC

Le programme porté par Stéphanie Nougaret bénéficie du soutien de la Fondation ARC depuis avril 2023, à hauteur de 788 000 euros sur cinq ans, dans le cadre de son engagement en faveur des innovations issues de l’intelligence artificielle en santé. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large de la fondation, reconnue d’utilité publique et entièrement dédiée à la recherche contre le cancer.

En 2024, la Fondation ARC a ainsi alloué plus de 33 millions d’euros à 332 projets de recherche, financés grâce à la générosité de ses donateurs et testateurs. Pour l’institution, la conviction demeure inchangée : ce sont les découvertes scientifiques qui permettront, à terme, de guérir un jour le cancer, tous les cancers.

Mieux informer pour accélérer la recherche

Face au décalage entre les progrès scientifiques et leur perception par la population, la Fondation ARC publie un nouveau livret pédagogique intitulé « Enquête sur le tournant de l’intelligence artificielle ». L’objectif est d’expliquer simplement les usages concrets de l’IA en cancérologie, son fonctionnement, ses impacts sur le diagnostic et les traitements, ainsi que les enjeux éthiques qu’elle soulève.

À Montpellier, les travaux menés autour de l’imagerie médicale et de l’IA illustrent déjà cette transformation en cours. Une évolution silencieuse mais décisive, où la technologie contribue à révéler l’invisible pour mieux soigner.

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