Réunis au MEETT à Toulouse, près de 1200 acteurs économiques et institutionnels ont assisté à la soirée des vœux des Forces Économiques, portée par le Medef Haute-Garonne, la CPME 31, la FBTP 31, l’UIMM Occitanie, la CCI Toulouse Haute-Garonne et le Groupe La Dépêche du Midi. Entre alerte sur les tensions géopolitiques, plaidoyer pour une Europe des projets, appels à la lisibilité fiscale et mises en lumière de parcours inspirants, la soirée a fait de l’entreprise un fil conducteur : « repère de stabilité, de responsabilité et d’action ».
Soirée des Vœux des Forces Économiques 2026 au MEETT à Toulouse : autour des organisateurs — CCI Toulouse Haute-Garonne, Medef Haute-Garonne, CPME 31, FBTP 31, UIMM Occitanie et le Groupe La Dépêche du Midi — les élus, institutions, partenaires et acteurs économiques réunis pour un temps fort placé sous le signe de la stabilité, de l’investissement et de la confiance. (Photo Dorian Alinaghi)
La salle pleine, les salutations protocolaires et la densité des profils présents ont donné le ton. Préfet, parlementaires, élus, représentants consulaires et acteurs économiques ont répondu à l’invitation des Forces Économiques, confirmant l’ancrage d’un événement né « il y a trois ans » de la volonté conjointe des organisations patronales et consulaires. Dans son propos d’ouverture, le président de la CCI Toulouse Haute-Garonne, Patrick Piedrafita, a insisté sur la portée collective de la démarche, allant jusqu’à une formule assumée « avec une pointe d’humour » : les quatre organisations à l’origine du rendez-vous, qualifiées de « quatre mousquetaires de l’économie locale », « différentes dans leurs missions, mais avec le même engagement : être au service des entreprises ». Lorsque « les forces économiques se rassemblent », a-t-il résumé, « c’est le collectif qui prime ».
Au-delà du symbole, l’argumentaire s’est voulu très opérationnel. La CCI a rappelé son rôle d’accompagnement de l’écosystème entrepreneurial, affirmant représenter un tissu d’environ 100 000 entreprises et évoquant, sur le territoire, 35 000 actions d’accompagnement menées. La dimension formation a également été mise en avant, avec 725 000 personnes formées au niveau national et 6 000 sur le site local, dans un discours qui a réaffirmé une promesse de continuité : la CCI « restera mobilisée » aux côtés des entreprises en 2026.
Tensions géopolitiques, compétitivité : l’Europe sommée de « peser » davantage
Le cœur du propos de Patrick Piedrafita a ensuite basculé vers l’international. Constat de « période extrêmement sous tension », équilibres géopolitiques durablement remis en cause, Europe « prise » entre trois blocs — « impérialiste russe », « protectionniste américain » et « offensive » chinoise —, l’analyse s’est voulue lucide et sans faux-semblants. L’objectif, selon lui, n’était pas d’alimenter l’inquiétude, mais de rappeler une exigence de responsabilité : « Cette réalité ne doit pas nous conduire à l’inquiétude… elle doit nous conduire à la responsabilité ».
Dans cette perspective, l’Europe est appelée à prendre « la pleine mesure » de son poids et de ses marges d’action. Le président de la CCI a cité le rapport Draghi comme un signal majeur, plaidant pour une Europe des projets, « puissante économiquement », « technologique », et dotée d’une Europe de la défense appuyée sur des projets « concrets » et « efficaces ». Pour illustrer, Airbus a été convoqué en exemple : une réussite devenue, dans le récit, un modèle de coopération industrielle européenne construit autour d’un « axe franco-allemand fort et équilibré », présenté comme une condition de crédibilité et d’efficacité.
« Arrêtons le concours Lépine fiscal » : demande de lisibilité et de simplification
Sur le terrain national, le message s’est fait plus direct. Patrick Piedrafita a posé un impératif central pour l’entreprise : la stabilité politique et la stabilité de long terme. À défaut, a-t-il expliqué, l’économie évolue dans l’incertitude, ce qui fragilise l’investissement et la projection. Dans une formule appelée à marquer les esprits, le président de la CCI a lancé : « Arrêtons le concours Lépine fiscal ». Derrière l’image, une demande précise : « Les entreprises ont besoin de stabilité et de lisibilité ».
Le discours a aussi pointé la complexité normative, y compris au niveau européen, et la question d’une concurrence déloyale au sein même du marché unique. Sans entrer dans une démonstration technique, l’intervention a posé un principe : simplifier, c’est aussi protéger l’équité concurrentielle et restaurer une capacité d’action pour les entreprises.
Haute-Garonne : des locomotives, mais une économie à rééquilibrer
Revenant au local, Patrick Piedrafita a partagé une projection prudente : une croissance du chiffre d’affaires initialement attendue à 3 %, révisée à 2 %, et une perspective d’activité « légère », à ne pas surinterpréter. Le président de la CCI a alors posé une lecture structurante : le territoire s’appuie sur trois locomotives — aéronautique, spatial, santé — fortes car portées par un triptyque recherche – industrie – formation, présenté comme le socle de l’attractivité toulousaine.
Le discours a toutefois mis en garde contre « l’arbre qui cache la forêt ». Car si ces filières tirent la dynamique, d’autres secteurs « souffrent » : commerce, bâtiment, artisanat, services. D’où un cap présenté comme offensif : consolider les forces, mais accélérer sur quatre axes revendiqués comme constants dans la ligne de mandat, à commencer par la diversification, la décarbonation, la souveraineté économique et la réindustrialisation. La réindustrialisation, justement, a été abordée par une phrase pivot : « Avant de réindustrialiser, il faut surtout arrêter de désindustrialiser », avec un appel explicite à préserver les « pépites » et à éviter les cessions subies.
Bâtiment et industrie : la jeunesse mise en scène, l’investissement érigé en levier
La soirée a ensuite pris un tournant plus incarné avec la mise en lumière de parcours de jeunes acteurs. Sur scène, Mathys Quaglyo, présenté comme ambassadeur de la FBTP 31, a raconté un itinéraire fait de refus et de relances, jusqu’à intégrer un cursus puis viser des chantiers d’envergure, dont celui de la 3e ligne de métro. Dans un passage très applaudi, il a résumé une fierté simple : « Se lever chaque matin et être heureux d’aller au travail », avant de remercier l’entreprise qui lui a « fait confiance » et « créé une opportunité ».
À ses côtés, le président de la FBTP 31, Matthieu Roudié, a ancré le message sur le recrutement : une tension « endémique » et, en Haute-Garonne, 4 500 postes à pourvoir dans les métiers du BTP. La réponse revendiquée passe par l’attractivité et l’ouverture : la démarche Team BTP, qui a permis d’ouvrir entreprises et chantiers à 2 500 collégiens et lycéens sur l’année, afin d’aller « chercher » les jeunes, de leur montrer concrètement les métiers, et de faire des métiers du BTP des métiers « choisis ».
Dans un contexte politique et budgétaire contraint, Matthieu Roudié a articulé un plaidoyer en faveur de l’investissement, défendu comme une nécessité et non comme un coût : l’investissement n’est « pas une dépense », mais « une recette future », synonyme d’emploi, de compétitivité et d’avenir pour la jeunesse.
UIMM Occitanie : une fusion « effective depuis le 1er janvier 2026 » et un enjeu massif de recrutements
L’industrie a ensuite pris le relais, dans une séquence marquée par la naissance de la nouvelle UIMM Occitanie. Didier Katzenmayer, président de l'UIMM Occitanie, a revendiqué une étape structurante « effective depuis le 01/01/2026 », présentée comme la « première chambre syndicale territoriale de France ». L’objectif affiché : fédérer des énergies, se rapprocher des adhérents, proposer davantage de services, et renforcer l’attractivité des métiers industriels auprès des jeunes talents.
Le chiffre avancé a été massif : au niveau national, 200 000 recrutements par an jusqu’en 2035, dans un contexte de difficulté à attirer des candidats, « féminins ou masculins ». Sur le périmètre régional, l’UIMM Occitanie a revendiqué une force de 90 000 employés, avec une ambition de solidarité entre territoires, y compris ceux confrontés à des transitions industrielles plus douloureuses.
CPME 31 : « soutenir, rassembler, représenter » et remettre l’entreprise au centre
La prise de parole de la CPME 31, incarnée par son président Nicolas Durand, a mêlé récit personnel et feuille de route. Son parcours entrepreneurial, la nécessité d’agilité, l’importance d’être suffisamment capitalisé, ont servi de passerelle vers un diagnostic : « le temps s’accélère », les tendances « basculent », les décisions politiques changent parfois « brusquement », et la confiance demeure la clé, car « sans confiance il n’y a plus d’investissement, plus de recrutement, plus de prise de risque ».
Dans un passage très structurant, Nicolas Durand a formulé des vœux sans détour : faire de la sauvegarde et du développement des entreprises une « priorité absolue », réduire une « dette colossale », faire en sorte que « le travail paie mieux » et que l’entrepreneur soit « apprécié à sa juste valeur ». Pour 2026, la CPME 31 a résumé son cap en trois verbes : soutenir, rassembler, représenter, avec un message aux dirigeants : « Ne restez pas isolés ». Et une phrase adressée aux responsables publics : « Donnez-nous de la stabilité et de la visibilité, nos entrepreneurs feront le reste ».
Medef Haute-Garonne : un plaidoyer pour l’entreprise et un appel aux élus
Le temps fort final a été porté par Pierre-Olivier Nau, président du Medef Haute-Garonne, qui a assumé un ton très franc sur la séquence politique nationale. Évoquant les débats parlementaires, il a répété un mot : « J’hallucine », citant pêle-mêle des sujets budgétaires et fiscaux perçus comme des signaux défavorables aux entreprises, de la fiscalité à l’apprentissage, en passant par la recherche et l’innovation. Puis, bascule immédiate : face à la salle, le président a choisi de s’adresser d’abord aux entrepreneurs, à leur énergie et à leur capacité de création d’emplois.
Dans une formule qui a saisi l’assemblée, il a décrit l’entrepreneuriat comme « le seul métier du monde où la tour des emmerdes est parfaitement parallèle à celle de la passion ». Avant de rappeler ce qui, selon lui, doit devenir un récit partagé : la fierté ne se mesure pas à « des événements secondaires », mais à « la création d’emplois », à la qualité du dialogue social, à la contribution au dynamisme d’un territoire présenté comme leader.
S’adressant aux élus présents, Pierre-Olivier Nau a choisi une approche par histoires, évoquant des profils d’entrepreneurs et d’entreprises — de la tuyauterie aux fenêtres, des moteurs à l’innovation — pour faire passer un message simple : ces femmes et ces hommes « ont besoin » d’un cadre clair et d’une puissance publique qui sécurise la trajectoire. « On compte sur vous autant que vous comptez sur nous », a-t-il conclu, en forme de pacte implicite entre monde économique et décideurs publics.
Une soirée d’alliances territoriales, portée par des partenaires et une ambition commune
Au-delà des discours, la soirée a confirmé un format : celui d’une alliance territoriale entre forces économiques, acteurs institutionnels et partenaires. L’événement, organisé aux côtés du groupe La Dépêche du Midi, a également pu compter sur l’implication de partenaires cités dans les communications précédentes des organisateurs, dont La Cité des Formations et des Apprentissages de Toulouse Blagnac, Association GSC, Groupama, PREVALY, Mutuelle Prévifrance, ainsi que le soutien de Digital 113, FNAIM, GL events, Toulouse Events et Skandi & Pergo traiteur.
Dans un monde instable, le fil rouge a été martelé à plusieurs voix : l’entreprise reste une créatrice de valeur, un repère et une force de structuration des territoires. Et si les messages ont varié (Europe des projets, stabilité fiscale, investissement pour la jeunesse, réindustrialisation, attractivité des métiers) une conviction s’est imposée : en Haute-Garonne, lorsque les forces économiques s’alignent, la dynamique territoriale gagne en clarté et en puissance.