Toulouse. Former, investir, décider : la journée où l’économie a parlé vrai

En déplacement en Haute-Garonne, Patrick Martin, président du Medef, a consacré une journée entière à la jeunesse et aux entreprises. De la Cité des Formations et des Apprentissages de Toulouse-Blagnac à un site industriel emblématique du territoire, ATR, cette immersion a rappelé une conviction forte : l’apprentissage n’est pas une voie par défaut, mais un levier stratégique pour l’emploi, la compétitivité et la cohésion sociale.

Patrick Martin, président du Medef. (Photo Pierre Carton)

Patrick Martin, président du Medef. (Photo Pierre Carton)

Il est à peine neuf heures, le 11 février 2026, lorsque les premiers groupes d’apprentis franchissent les portes de la Cité des Formations et des Apprentissages de Toulouse-Blagnac. Les gestes sont encore un peu hésitants, les regards concentrés, parfois curieux. Ce matin-là, pourtant, l’ambiance diffère d’un jour ordinaire. Dans les ateliers comme dans les salles de cours, quelque chose se joue : une rencontre directe entre une jeunesse en quête de repères et un monde économique venu rappeler une conviction forte : l’avenir se construit ici, par la formation et par l’apprentissage.

Au coeur de cette matinée, Patrick Martin, président du Medef, a choisi de débuter sa visite en immersion. Pas de discours inaugural figé, pas de protocole pesant. À la CFA, le temps est donné à l’échange, à l’écoute, au réel. Une manière assumée de rappeler que l’apprentissage n’est ni un sujet abstrait ni un débat théorique, mais
une réalité quotidienne, vécue par des milliers de jeunes et d’entreprises sur les territoires.

Une CFA en avance sur son temps

La Cité des Formations et des Apprentissages de Toulouse-Blagnac n’a rien d’un centre de formation ordinaire. Elle revendique un modèle pédagogique résolument ancré dans les besoins économiques actuels, avec un large éventail de formations allant du CAP au Bac+3, étroitement connectées aux attentes des entreprises. Mais au-delà des diplômes, c’est une vision globale de l’accompagnement qui se déploie. L’initiative de l’épicerie solidaire “Le Rayon”, pensée pour soutenir les apprentis les plus fragiles, prouve cette approche humaine et pragmatique. Ici, la réussite ne se limite pas à l’acquisition de compétences techniques : elle intègre les réalités sociales, les contraintes du quotidien, la capacité à tenir dans la durée. Une avance assumée, saluée au fil de la visite, qui fait de cet établissement un laboratoire de la formation de demain.

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Visite de la CFA de Toulouse-Blagnac. (Photo Pierre Carton)

Des échanges sans filtre avec les jeunes

Moment fort de la matinée : la rencontre directe entre Patrick Martin et des apprentis. Les questions fusent, précises, parfois incisives. Orientation, débouchés, sens du travail, place de l’entreprise dans leur avenir : les jeunes interrogent sans détour. En retour, le président du Medef assume un message clair : l’apprentissage n’est pas une voie par défaut, mais une voie d’excellence, un levier d’insertion durable et de montée en compétences.

Dans un contexte marqué par les incertitudes économiques et les débats sur le financement de la formation, le propos se veut lucide mais engagé. Défendre l’apprentissage, insiste-t-il, c’est défendre à la fois l’employabilité des jeunes, la compétitivité des entreprises et l’équilibre social des territoires. Un investissement dont le retour dépasse largement la seule dimension budgétaire.

Former aujourd’hui pour préparer l’économie de demain

Pour le Medef Haute-Garonne, cette matinée s’inscrit dans une ligne constante : faire de la formation et de l’apprentissage un pilier stratégique du développement économique local. À la CFA, ce message prend corps. Il s’incarne dans les parcours, dans les témoignages, dans les réussites concrètes observées au fil des échanges.
Former aujourd’hui, c’est préparer l’économie de demain. Une affirmation qui dépasse le slogan pour devenir une responsabilité collective, partagée entre entreprises, organismes de formation et acteurs publics.

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De gauche à droite : Stéphane Carcenac, trésorier du Medef 31, Thomas Fantini, président de Maison Pergo et co-président du CFA de Blagnac, Patrick Martin, président du Medef et Pierre-Olivier Nau, président du Medef 31. (Photo Dorian Alinaghi)

Un déjeuner pour prendre la mesure des enjeux économiques

À l’issue de la matinée, les échanges se prolongent autour d’un déjeuner réunissant près de 150 adhérents du Medef Haute-Garonne, à la brasserie du Stade Toulousain. Le cadre est plus feutré, mais les discussions n’en sont pas moins denses. Autour des tables, dirigeants, entrepreneurs et représentants du tissu économique local prolongent les réflexions engagées le matin même. Face à eux, Patrick Martin déroule une analyse lucide du contexte économique national. Inflation, tensions sur l’emploi, financement de la protection sociale, transition démographique : les défis sont nombreux et s’entrecroisent.

Mais un fil rouge demeure, omniprésent dans les échanges : la jeunesse. Dans un pays qui compte encore près de 1,4 million de jeunes éloignés de l’emploi ou de la formation, la question n’est plus marginale. Elle est centrale, économique autant que sociale. Le président du Medef insiste sur ce point : ne pas investir massivement
dans l’insertion professionnelle des jeunes, c’est fragiliser durablement le modèle productif français. À l’inverse, renforcer l’apprentissage, sécuriser son financement et lui redonner une place stratégique, c’est agir concrètement sur l’emploi, la compétitivité et l’équilibre des régimes sociaux. Une vision partagée par de nombreux chefs d’entreprise présents, confrontés au quotidien aux tensions de recrutement et aux besoins en compétences.

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Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, Jean-Luc Mouden, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole, Sébastien Vincini, président du conseil départemental de la Haute-Garonne et près de 150 adhérents se sont retrouvés à la Brasserie du Stade Toulousain. (Photo Pierre Carton).

L’apprentissage, un investissement économique et social

Au fil des échanges, un constat s’impose : l’apprentissage est bien plus qu’un outil de formation. Il constitue un investissement à fort rendement pour la collectivité. Les chiffres sont connus, mais rarement rappelés avec autant de clarté : insertion professionnelle plus rapide, taux d’emploi durable plus élevé, meilleure adéquation entre compétences et besoins des entreprises.

Mais au-delà des indicateurs, c’est la dimension éthique et sociale de l’apprentissage qui est mise en avant. Pour de nombreux jeunes issus de milieux modestes, il demeure l’un des rares leviers d’ascension sociale réellement efficaces. Un ascenseur social concret, fondé sur le travail, la transmission et la reconnaissance des compétences. Dans ce contexte, les inquiétudes liées aux coupes budgétaires et aux évolutions du financement de la formation suscitent de vifs échanges. Pour Patrick Martin, le message est clair : fragiliser l’apprentissage, c’est fragiliser tout un écosystème. Celui des entreprises, mais aussi celui des territoires, particulièrement dans des régions industrielles et aéronautiques comme l’Occitanie.

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Dépense publique, infrastructures : l’appel à la cohérence

Au fil des échanges, un autre sujet s’impose progressivement dans le débat : celui de la cohérence des choix publics. Devant les dirigeants présents, Patrick Martin livre une analyse directe, parfois dérangeante, sur la manière dont la France hiérarchise ses priorités économiques et sociales. Le président du Medef appelle d’abord
à une exigence de transparence équivalente entre tous les acteurs qui interviennent dans le débat public. Associations, ONG, entreprises, organisations professionnelles : pour être légitime, la parole collective doit, selon lui, reposer sur des règles claires, notamment en matière financière. Il pointe également l’instrumentalisation de certaines structures, parfois détournées de leur vocation initiale, et dont l’action peut freiner des projets pourtant essentiels à la réindustrialisation, à la transition énergétique ou au développement des infrastructures de transport.

Le constat se veut plus large. Comment accepter, interroge-t-il, que l’État hésite ou renonce à des investissements structurants pour des montants relativement modestes, quand, dans le même temps, d’autres décisions pèsent plusieurs dizaines de milliards d’euros par an sur les finances publiques ? Derrière ces chiffres, c’est une question
de lisibilité et de courage politique qui est posée. Pour Patrick Martin, il ne peut y avoir de discours crédible sur la compétitivité, l’apprentissage, la réindustrialisation
ou la transition écologique sans une réflexion globale sur la dépense publique. Réformer, investir, prioriser : ces choix doivent être assumés collectivement, avec la même rigueur que celle exigée dans le monde de l’entreprise. À défaut, le risque est clair : celui de gérer la pénurie plutôt que d’anticiper l’avenir.

La jeunesse, grande absente du débat national

Ce plaidoyer s’accompagne d’un constat plus préoccupant encore : l’absence persistante d’un débat de fond sur la jeunesse. Le sujet demeure marginal dans les échanges publics, souvent éclipsé par d’autres priorités. Pour le président du Medef, cette situation est non seulement injuste, mais dangereuse. Dangereuse économiquement, car le taux d’emploi des jeunes conditionne directement l’équilibre des régimes sociaux. Dangereuse socialement, car elle alimente les fractures territoriales, le décrochage et le sentiment d’abandon. Dangereuse politiquement enfin, dans un contexte électoral où les attentes sont fortes et les réponses encore trop faibles.

Les comparaisons européennes renforcent ce diagnostic. Là où certains pays affichent des taux d’emploi des jeunes nettement supérieurs, la France peine à enclencher une dynamique durable. Pour Patrick Martin, la clé reste identifiée depuis longtemps : investir massivement dans la formation et l’apprentissage, renforcer le lien entre l’école et l’entreprise, et reconnaître pleinement le rôle des entreprises dans l’insertion professionnelle des jeunes.

Un chiffre résume cette réalité : 98 % des apprentis sont aujourd’hui formés dans des entreprises privées, alors même que le secteur public, pourtant employeur majeur, reste très en retrait sur l’accueil des stagiaires et des jeunes en formation. Un déséquilibre qui interroge et appelle, selon lui, à une mobilisation plus large et plus équitable.

Redonner une perspective collective 
Loin de tout catastrophisme, le discours se veut aussi porteur d’espoir. Parler de la jeunesse, insiste Patrick Martin, ce n’est pas céder à la démagogie ni noircir le tableau. C’est reconnaître que la France dispose encore de ressources humaines considérables, à condition de leur offrir des perspectives claires et crédibles. Former, transmettre, investir dans les compétences : ces choix ne relèvent pas d’une posture idéologique, mais d’une nécessité économique et sociétale. Faute de quoi, prévient-il, les difficultés d’aujourd’hui deviendront les crises de demain, amplifiées, durcies, plus coûteuses encore.

Immersion industrielle chez ATR

L’après-midi se poursuit par une visite de site chez ATR, fleuron industriel du territoire et acteur majeur de l’aviation régionale mondiale. Une étape hautement symbolique. Ici, les enjeux évoqués le matin prennent une dimension très concrète. Dans un contexte de reprise progressive du trafic aérien et de transformation profonde du secteur, ATR est engagée dans une stratégie mêlant innovation industrielle, sobriété environnementale et développement des compétences.

L’entreprise mise notamment sur la modernisation de ses appareils, reconnus pour leur efficacité énergétique, tout en renforçant ses besoins en profils qualifiés. Face aux lignes d’assemblage et aux équipes en activité, le lien entre formation, apprentissage et performance industrielle devient évident. Sans compétences adaptées, pas de
relance durable. Sans transmission des savoir-faire, pas de souveraineté industrielle. Un constat partagé par les dirigeants présents, qui voient dans l’apprentissage un outil stratégique pour accompagner les mutations du secteur aéronautique.

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Visite chez ATR. (Photo Pierre Carton)

Une reconnaissance à Aeroscopia

La journée s’achève au musée Aeroscopia, lieu emblématique de l’histoire aéronautique toulousaine. C’est ici qu’est remise la médaille d’honneur du Mérite à Sophie Garcia, en reconnaissance de son engagement et de son parcours professionnel. Une reconnaissance individuelle qui fait écho au fil conducteur de la journée : la transmission. Transmission des savoirs, des valeurs, de l’expérience. Dans ce cadre chargé d’histoire, la symbolique est forte. L’industrie aéronautique, les entreprises, les jeunes générations et les acteurs économiques se retrouvent autour d’une même idée : préparer l’avenir ne se décrète pas, cela se construit, patiemment, par l’investissement humain et la confiance accordée aux talents.

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Remise de la médaille d’honneur du Mérite à Sophie Garcia. (Photo Pierre Carton)

 

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