À Toulouse, Kepplair Evolution prépare l’arrivée de son premier prototype de bombardier d’eau multi-rôle

Kepplair Evolution franchit une étape stratégique dans le développement de son avion bombardier d’eau multi-rôle KEPPLAIR 72 « Forest Keeper ». Soutenu par l’État et la Région Occitanie dans le cadre de France 2030 et du FEDER, le programme toulousain doit accueillir cet été son premier avion prototype à Toulouse-Blagnac, avant une phase d’essais de largage attendue d’ici la fin de l’année.

Le Kepplair 72 en vol. (Photo Kepplair Evolution)

Le Kepplair 72 en vol. (Photo Kepplair Evolution)

Le programme KEPPLAIR 72 « Forest Keeper » entre dans une nouvelle séquence industrielle. Kepplair Evolution, entreprise fondée à Toulouse en 2012 par David Joubert, annonce la réception prochaine de son premier avion d’essais, une étape déterminante pour ce projet de bombardier d’eau multi-rôle destiné à répondre au vieillissement des flottes mondiales de lutte aérienne contre les incendies.

L’appareil, un ATR 72 cargo, sera mis à disposition par ACIA-Aero Capital, partenaire du programme depuis ses débuts. Son arrivée est prévue cet été à Toulouse-Blagnac, où il sera transformé en bombardier d’eau par Aerotec & Concept, acteur européen reconnu dans les modifications sur aéronefs. Cette conversion reposera sur un système développé spécifiquement pour Kepplair Evolution par Trotter Controls, entreprise internationale spécialisée dans les systèmes de télémétrie et de largage pour avions bombardiers d’eau.

L’objectif affiché est clair : engager les premiers essais de largage d’ici la fin de l’année, avant une phase de certification et de premières livraisons visées en 2027. Pour Kepplair Evolution, cette réception constitue la matérialisation d’un projet engagé depuis plusieurs années, à la croisée des enjeux industriels, climatiques et de souveraineté.

Un avion multi-rôle pensé pour les incendies, le fret et l’évacuation sanitaire

Le KEPPLAIR 72 repose sur la conversion d’un ATR 72, plateforme largement exploitée à l’échelle internationale. L’appareil est conçu comme un bombardier d’eau ravitaillé au sol, doté d’une capacité d’emport de 7,5 tonnes. Sa vocation principale reste la lutte contre les feux de forêt, mais son architecture doit également lui permettre de répondre à d’autres usages selon les besoins des clients : transport cargo, missions logistiques ou évacuation sanitaire.

Cette polyvalence fait partie des arguments structurants du projet. Kepplair Evolution ne cherche pas seulement à développer un avion spécialisé, mais une solution aéronautique adaptable, capable de s’inscrire dans des stratégies de sécurité civile, de protection des territoires et de gestion de crise. Le projet intervient dans un contexte de pression croissante sur les moyens aériens de lutte contre les incendies, alors que les catastrophes naturelles se multiplient et que les épisodes de sécheresse, de chaleur et de feux extrêmes s’intensifient sous l’effet du dérèglement climatique.

Pour l’entreprise toulousaine, l’enjeu est aussi de proposer une alternative plus rapide à déployer qu’un programme d’avion entièrement nouveau. Le recours à une plateforme existante permet de réduire les risques industriels, de s’appuyer sur un réseau de maintenance déjà structuré et de raccourcir significativement les délais de mise sur le marché.

Une stratégie industrielle fondée sur la conversion d’un appareil existant

Le choix de l’ATR 72 constitue le socle du modèle développé par Kepplair Evolution. L’appareil bénéficie d’une diffusion internationale, d’un écosystème technique déjà établi et d’un retour d’expérience opérationnel important dans des environnements variés. Selon Kepplair Evolution, l’utilisation d’une plateforme existante doit permettre de ramener les délais de mise sur le marché à environ trois ans, contre huit à dix ans pour des solutions concurrentes reposant sur le développement d’un avion neuf.

Cette approche vise également à limiter l’investissement initial, tout en préservant la propriété intellectuelle du système développé autour de l’appareil. Kepplair Evolution met en avant une réduction des coûts à plusieurs niveaux, avec une baisse annoncée de 50 % sur le coût d’achat et de 30 % sur les coûts d’exploitation et de maintenance. L’entreprise revendique aussi une diminution des émissions de CO₂ jusqu’à 40 %, grâce à la réutilisation d’avions existants et à l’optimisation de la consommation de carburant.

Le projet s’inscrit ainsi dans une logique de réindustrialisation, mais aussi de sobriété industrielle. Plutôt que de créer une plateforme aéronautique de toutes pièces, Kepplair Evolution entend donner une nouvelle fonction à des appareils déjà certifiés, en les adaptant à des missions critiques pour la sécurité publique et la protection environnementale.

ACIA, un partenaire structurant pour sécuriser le programme

La montée en puissance du KEPPLAIR 72 s’appuie sur un partenaire central : ACIA Aero Group. Le groupe accompagne le programme depuis son lancement, notamment via sa filiale dédiée à la conversion, ACIA IPRC. La mise à disposition du premier avion prototype par ACIA-Aero Capital renforce cet engagement et donne au projet une dimension plus concrète.

Le partenariat permet à Kepplair Evolution de bénéficier de l’expérience d’ACIA dans les conversions d’ATR, un domaine dans lequel le groupe dispose d’un savoir-faire éprouvé. Pour Mark Hurst, président d’ACIA Aero Group, le projet présente des similitudes avec les programmes de conversion ATR Large Cargo Door développés par son groupe. Il souligne notamment la robustesse et la polyvalence de l’ATR, une plateforme qu’ACIA connaît et exploite déjà au sein de ses propres activités.

Au-delà de la dimension technique, ACIA voit dans le KEPPLAIR 72 une aventure collective capable de rassembler des compétences complémentaires. Le projet réunit en effet des acteurs de la conversion aéronautique, de la mécanique des fluides, des systèmes de largage, de la certification et du financement aérien autour d’un même objectif : développer un avion capable de répondre rapidement aux besoins de renouvellement des flottes de bombardiers d’eau.

Un système de largage développé avec une approche scientifique

L’un des éléments différenciants du KEPPLAIR 72 réside dans son système de largage. Baptisé KEDS, pour Kepplair Evolution Delivery System, ce dispositif est développé exclusivement pour Kepplair Evolution par Trotter Controls, avec l’appui de l’IMFT, l’Institut de Mécanique des Fluides de Toulouse. Le professeur Dominique Legendre intervient comme conseiller scientifique du programme.

Cette collaboration place la conception du système de largage sur un terrain scientifique, avec une attention particulière portée à l’analyse des performances et à la prédiction des empreintes au sol. L’objectif n’est pas seulement de larguer un volume d’eau, mais d’optimiser la manière dont ce largage est réalisé afin d’améliorer son efficacité opérationnelle lors des interventions contre les incendies.

Kepplair Evolution revendique sur ce point un savoir-faire spécifique, fondé sur la modélisation et l’étude fine des comportements fluides. Dans un marché où la précision, la régularité et l’efficacité des largages constituent des critères déterminants, cette approche doit contribuer à différencier le KEPPLAIR 72 face aux solutions existantes.

Un projet soutenu par France 2030, le FEDER et les pouvoirs publics

Le développement du KEPPLAIR 72 s’inscrit désormais dans un cadre public plus large. Kepplair Evolution a récemment obtenu le soutien officiel de l’État et de la Région Occitanie dans le cadre du plan France 2030 et du FEDER. Le programme bénéficie également d’une lettre d’intérêt de la Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises, dans le contexte du renouvellement des capacités aériennes françaises de lutte contre les feux de forêt.

Cette reconnaissance institutionnelle donne au projet une portée qui dépasse le seul marché aéronautique. Le KEPPLAIR 72 est présenté comme une réponse à des enjeux de souveraineté économique, de résilience territoriale, de sécurité publique et de transition écologique. En développant une solution européenne dans un secteur stratégique, Kepplair Evolution entend positionner la France parmi les acteurs de référence de la lutte aérienne contre les incendies.

Le programme vise aussi à maintenir et développer des compétences qualifiées sur le territoire national, notamment dans la modification d’aéronefs, l’ingénierie, la certification et les systèmes embarqués. À ce titre, Kepplair Evolution défend une vision industrielle qui associe innovation, ancrage territorial et réponse concrète aux risques climatiques.

Une certification engagée pour viser les premières livraisons en 2027

Avant sa mise sur le marché, le KEPPLAIR 72 devra franchir une étape essentielle : la certification. Kepplair Evolution prévoit d’obtenir un Supplemental Type Certificate, ou STC, auprès de l’EASA, l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne, puis auprès de la FAA, l’agence fédérale américaine de l’aviation.

L’utilisation d’un ATR 72 déjà certifié doit permettre d’optimiser cette phase, en réduisant les délais par rapport à un programme développé intégralement à partir d’une nouvelle plateforme. Les aides publiques doivent notamment permettre d’engager les études techniques approfondies et les essais nécessaires à cette certification.

La trajectoire visée reste ambitieuse : essais de largage d’ici la fin de l’année, certification ensuite, puis premières livraisons en 2027. Pour David Joubert, président et fondateur de Kepplair Evolution, la réception du prototype marque la concrétisation d’un programme mûri depuis plusieurs années. Il rappelle que l’entreprise s’est entourée de spécialistes reconnus pour mettre au point un avion multi-missions capable de répondre rapidement aux besoins internationaux de renouvellement des flottes.

Le dirigeant met également en avant les qualités opérationnelles de l’ATR 72, déjà utilisé dans des environnements exigeants, notamment sur des pistes sommaires ou dans des zones aux conditions d’exploitation complexes. Cette expérience nourrit la confiance de Kepplair Evolution dans la capacité de l’appareil à devenir une solution efficace pour la lutte aérienne contre les incendies.

Une levée de fonds en cours pour accompagner le passage à l’échelle

Kepplair Evolution se trouve également dans une phase financière structurante. L’entreprise est actuellement engagée dans une levée de fonds de Série A, destinée à compléter les financements déjà mobilisés pour porter le programme jusqu’à cette étape. Après un financement initial assuré par ses fondateurs, la société a levé 1,5 million d’euros en seed money afin de lancer le projet KEPPLAIR 72 en 2024.

Entre juillet et décembre 2025, Kepplair Evolution a ensuite collecté 5 millions d’euros supplémentaires, dont 3 millions d’euros en obligations remboursables en actions et 2 millions d’euros en pré-Série A. Parmi les souscripteurs figure notamment le groupe AVICO, premier courtier aérien français et acteur mondial de l’affrètement entre compagnies aériennes.

Une campagne de financement participatif, ouverte au grand public, vient également de débuter. Cette séquence doit permettre à Kepplair Evolution d’accélérer le développement du programme, de soutenir les phases de conversion, d’essais et de certification, et de préparer les premières livraisons commerciales.

Un marché mondial sous tension face au vieillissement des flottes

Le KEPPLAIR 72 arrive sur un marché marqué par des besoins croissants. Les flottes mondiales de bombardiers d’eau sont soumises à une forte tension, entre vieillissement des appareils, hausse des épisodes d’incendies et concurrence limitée. Dans ce contexte, Kepplair Evolution estime disposer d’une fenêtre stratégique favorable pour proposer une solution plus rapide à produire, plus adaptable et moins coûteuse à exploiter.

L’appareil vise une clientèle internationale, composée notamment d’États, d’opérateurs spécialisés, de services de sécurité civile et de territoires exposés à l’intensification des feux de forêt. Sa capacité multi-rôle peut aussi représenter un argument économique pour des acteurs qui doivent optimiser l’usage de leurs moyens aériens tout au long de l’année, au-delà des seules saisons de feux.

En combinant lutte anti-incendie, transport de fret et évacuation sanitaire, Kepplair Evolution cherche à renforcer le taux d’utilisation opérationnelle de l’appareil. Cette polyvalence peut devenir un élément déterminant pour des clients confrontés à des contraintes budgétaires, logistiques et climatiques de plus en plus fortes.

Toulouse au cœur d’un programme aéronautique de souveraineté

Avec l’arrivée prochaine de son premier prototype à Toulouse-Blagnac, Kepplair Evolution ancre une nouvelle étape de son développement dans l’écosystème aéronautique régional. Le projet mobilise des compétences locales et nationales, tout en s’inscrivant dans une ambition européenne. Il réunit les savoir-faire de l’ingénierie aéronautique, de la conversion d’appareils, de la mécanique des fluides, de la télémétrie, du financement aérien et de la certification.

Au-delà de la réception du prototype, la fin de l’année doit constituer un moment important pour le programme, avec les premiers essais de largage. Leur réussite conditionnera la suite du calendrier, jusqu’à la certification et aux premières livraisons prévues en 2027.

Dans un secteur où les besoins de renouvellement sont importants et où les catastrophes naturelles imposent de nouvelles réponses, Kepplair Evolution entend faire du KEPPLAIR 72 une solution industrielle française au service de la lutte contre les incendies. L’arrivée du premier appareil prototype marque ainsi plus qu’une étape technique : elle ouvre la phase opérationnelle d’un programme qui veut conjuguer aéronautique, sécurité civile, souveraineté et adaptation aux risques climatiques.

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