À Toulouse, les notaires veulent rappeler leur rôle de conseil au plus près des familles et des entreprises

Élue à la présidence de la Chambre interdépartementale des notaires de la Cour d’appel de Toulouse, Me Marjorie Lartigue-Chabbert place son mandat de deux ans sous le signe de la proximité, de l’utilité sociale et de l’accompagnement des publics vulnérables. Dans un contexte de transformation de la profession, marqué par la crise immobilière, l’intelligence artificielle et la nécessité de mieux faire connaître la diversité des missions notariales, la nouvelle présidente entend renforcer le lien avec le grand public. Les Journées Notariales, organisées à Toulouse les vendredi 12 et samedi 13 juin 2026, s’inscrivent dans cette volonté d’aller à la rencontre des habitants.

De gauche à droite : Me Marjorie Lartigue-Chabbert et Me Hubert Létinier. (Photo Dorian Alinaghi)

De gauche à droite : Me Marjorie Lartigue-Chabbert et Me Hubert Létinier. (Photo Dorian Alinaghi)

La Chambre interdépartementale des notaires de la Cour d’appel de Toulouse a une nouvelle présidente. Réunie en assemblée générale, l’institution a élu Me Marjorie Lartigue-Chabbert, notaire à Albi, pour succéder à Me Hubert Létinier. Son mandat, d’une durée de deux ans, s’ouvre dans une période charnière pour le notariat, entre recomposition des attentes du public, transformations numériques, ralentissement de l’activité immobilière et besoin accru d’accompagnement juridique dans les moments clés de la vie.

Originaire du Tarn, Me Marjorie Lartigue-Chabbert revendique un attachement fort à son territoire. Formée à la Faculté de droit de Toulouse Capitole, où elle a obtenu son Diplôme supérieur du notariat en 2002, elle a d’abord exercé comme notaire assistante dans plusieurs offices tarnais avant d’être nommée notaire en 2010 et de s’associer dans un office albigeois. Âgée de 52 ans, mariée et mère de deux filles, elle connaît également de l’intérieur le fonctionnement de la Chambre, où elle a déjà occupé plusieurs responsabilités institutionnelles. Elle a notamment été syndic en charge des réclamations et présidente de chambre déléguée pour le ressort du tribunal judiciaire d’Albi.

Cette expérience, à la fois territoriale, professionnelle et institutionnelle, nourrit la manière dont elle entend présider la Chambre. Lors de sa rencontre avec la presse, la nouvelle présidente a insisté sur la dimension collective de cette fonction, qu’elle conçoit comme un rôle de représentation, de porte-parole et de relais entre les réalités du terrain et les instances nationales de la profession. « C’est important de représenter au mieux mes confrères des quatre départements », a-t-elle souligné, en rappelant la diversité des situations entre les offices urbains, ruraux, montagnards ou installés dans les grandes agglomérations.

Un mandat pour défendre un notariat de proximité

La Chambre des notaires de la Cour d’appel de Toulouse regroupe les professionnels de Haute-Garonne, d’Ariège, du Tarn et du Tarn-et-Garonne. Elle rassemble aujourd’hui 632 notaires, dont 169 notaires salariés, répartis dans 282 études. Sa mission consiste notamment à faire respecter les décisions de la profession, à contrôler la gestion des offices, à assurer les relations avec les instances supérieures du notariat, les administrations et les services judiciaires, mais aussi à communiquer auprès du grand public.

Dans ce cadre, Me Marjorie Lartigue-Chabbert souhaite porter une vision du notariat ancrée dans la proximité. Pour elle, la profession ne peut se réduire à la rédaction d’actes ou à l’application de règles juridiques. Le notaire intervient dans des moments déterminants : achat immobilier, transmission, mariage, séparation, décès, protection d’un proche, organisation patrimoniale ou transmission d’entreprise. Autant de situations où la technique juridique ne suffit pas, si elle n’est pas accompagnée d’écoute, de pédagogie et de confiance.

« Être notaire ne signifie pas seulement rédiger des actes ou appliquer le droit ; c’est avant tout construire une relation de confiance avec ses clients. Cette relation repose sur l’écoute, la confidentialité et un accompagnement juridique dans des moments clés de la vie », affirme Me Marjorie Lartigue-Chabbert.

Lors de son échange avec la presse, elle a développé cette conception du métier en rappelant que le notaire intervient sur un champ très large, du droit de la famille au droit immobilier, en passant par le droit des affaires, le droit rural ou encore la transmission patrimoniale. Cette transversalité constitue, selon elle, l’une des forces de la profession, car elle permet d’appréhender les situations dans leur globalité. Mais elle impose également de mieux faire connaître la diversité des compétences notariales auprès du public, encore trop souvent attaché à une image réductrice du notaire, limité à l’achat ou à la vente d’un bien immobilier.

Les personnes vulnérables au cœur des priorités

Parmi les axes forts de son mandat, Me Marjorie Lartigue-Chabbert souhaite accorder une attention particulière à l’accompagnement des personnes vulnérables, notamment celles en situation de handicap, ainsi qu’à leurs familles. Le sujet dépasse la seule mise en place de mesures juridiques de protection. Il touche à l’anticipation, à la transmission, à la gestion du patrimoine, à la protection d’un enfant ou d’un adulte vulnérable et à la capacité des familles à préparer l’avenir dans un cadre sécurisé.

La nouvelle présidente insiste sur l’importance d’intervenir en amont, avant que les situations ne deviennent trop complexes. Les familles peuvent se trouver démunies face aux démarches, aux dispositifs de protection existants ou aux choix à opérer pour préserver les intérêts d’un proche. Dans ce contexte, le notaire peut jouer un rôle d’orientation, de conseil et de structuration juridique.

« Il est essentiel que le notariat puisse proposer des solutions concrètes, juridiquement adaptées, en tenant compte des spécificités de chaque situation et des attentes des familles », souligne Me Marjorie Lartigue-Chabbert.

Cette priorité s’inscrit dans la continuité de la démarche nationale portée par le notariat à travers le programme NOT’ISME, initié par le Conseil supérieur du notariat, qui vise à renforcer l’accompagnement juridique des personnes concernées et de leurs proches. Mais la présidente souhaite aussi inscrire cette ambition dans une dynamique locale, en lien avec les associations et les acteurs engagés auprès des publics fragiles. Elle évoque notamment la nécessité de développer des formations spécifiques pour les notaires qui souhaitent approfondir ces sujets, mais aussi de renforcer les passerelles avec les structures de terrain.

Cette orientation trouve également un prolongement dans la Fondation Notadon Occitanie, créée par la Chambre. Cette fondation soutient des initiatives en faveur de l’inclusion, de la protection du patrimoine et de l’accompagnement des personnes en situation de fragilité.

Rappeler que le notaire n’est pas seulement un passage obligé

L’un des défis identifiés par la nouvelle présidente concerne l’image même de la profession. Pour beaucoup de Français, le recours au notaire reste associé à une obligation, principalement lors d’un achat immobilier ou d’une succession. Me Marjorie Lartigue-Chabbert souhaite au contraire rappeler que le notaire peut être sollicité bien avant l’acte, pour anticiper, prévenir les difficultés et construire des solutions adaptées.

Cette dimension préventive apparaît centrale dans sa vision du métier. Le notaire peut intervenir avant qu’un conflit familial ne se cristallise, avant une transmission d’entreprise, avant une séparation patrimoniale complexe ou avant la mise en place d’une mesure de protection. « Tout se construit et tout se réfléchit », a-t-elle résumé lors de son échange avec la presse, en insistant sur la nécessité d’encourager les particuliers comme les dirigeants à pousser plus tôt la porte des études notariales.

Cette pédagogie est d’autant plus importante que la Chambre représente des territoires très différents. Les préoccupations d’un office implanté dans une grande métropole comme Toulouse ne sont pas toujours les mêmes que celles d’une étude située en milieu rural ou dans une zone de montagne. La présidente veut donc faire entendre cette pluralité de réalités et rappeler que le maillage territorial du notariat demeure un élément essentiel de l’accès au droit.

La médiation et le travail en réseau comme réponses aux conflits

Dans un contexte où les situations familiales, patrimoniales et entrepreneuriales peuvent devenir de plus en plus complexes, Me Marjorie Lartigue-Chabbert souhaite aussi mettre en avant la médiation. Elle rappelle que le notaire n’est pas l’avocat d’une partie, mais le professionnel de l’acte, de l’équilibre et de la sécurité juridique. Son rôle consiste à rechercher une solution acceptable pour tous, dans le respect du droit et des intérêts en présence.

La nouvelle présidente cite notamment l’existence, à Toulouse, d’un centre de médiation actif et structuré, avec des notaires formés à cette pratique. La médiation peut constituer un outil précieux pour prévenir ou apaiser des conflits familiaux, successoraux ou patrimoniaux. Elle s’inscrit dans une logique de compromis, d’écoute et d’équité.

Cette approche suppose également de renforcer les collaborations avec les autres professions du droit et du chiffre. Avocats, experts-comptables, conseils fiscaux et notaires peuvent travailler ensemble sur des dossiers complexes, notamment lorsqu’il s’agit de transmission d’entreprise, de patrimoine professionnel, de structuration familiale ou de stratégie de long terme pour des dirigeants. La présidente y voit une complémentarité indispensable, et non une concurrence entre professions.

Transmission d’entreprise, droit des sociétés et crise immobilière : diversifier les missions

La crise du marché immobilier a fortement touché une partie du notariat, en particulier les études dont l’activité dépendait largement des transactions immobilières. Pour Me Marjorie Lartigue-Chabbert, cette situation rappelle l’importance de valoriser la diversité des missions notariales. Le droit de la famille, le droit des sociétés, le droit rural ou encore l’accompagnement des chefs d’entreprise sont autant de champs dans lesquels le notaire peut jouer un rôle central.

La transmission d’entreprise apparaît notamment comme un sujet majeur, à l’heure où de nombreux dirigeants doivent préparer le passage de relais. Le notaire intervient alors au croisement des enjeux familiaux, patrimoniaux, fiscaux et entrepreneuriaux. Il peut contribuer à organiser la transmission des titres, du patrimoine immobilier, des actifs familiaux ou professionnels, en coordination avec les autres conseils du dirigeant.

Pour la présidente, cette capacité à articuler plusieurs dimensions du droit doit être mieux connue. Elle participe aussi à la solidité économique de la profession, en évitant une dépendance excessive à l’immobilier. Dans le même temps, elle permet aux clients de bénéficier d’un accompagnement plus global, adapté à leur situation personnelle et professionnelle.

L’intelligence artificielle, un outil à encadrer sans renoncer à l’humain

Comme l’ensemble des professions du droit, le notariat est confronté à la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Me Marjorie Lartigue-Chabbert aborde le sujet avec prudence, mais sans rejet. Elle y voit un outil susceptible de faire gagner du temps sur certaines tâches répétitives ou chronophages, à condition de préserver ce qui constitue la plus-value essentielle du notaire : l’analyse, le conseil, la confidentialité et la relation humaine.

L’IA est déjà intégrée, parfois de manière discrète, dans certains logiciels professionnels, notamment pour optimiser l’organisation ou la rédaction. Mais la présidente insiste sur la nécessité de maîtriser ces outils, de protéger les données et de garantir la confidentialité des clients. Dans une profession fondée sur le secret, la confiance et la sécurité juridique, l’utilisation de l’intelligence artificielle ne peut se faire sans cadre.

Elle observe également que certains clients arrivent désormais avec des réponses générées par des outils d’IA, persuadés de connaître l’acte ou la solution à mettre en place. Cette évolution oblige les notaires à renforcer leur rôle de pédagogues. L’information juridique accessible en ligne peut être utile, mais elle ne remplace pas l’examen d’une situation précise, la prise en compte de ses conséquences et la responsabilité d’un professionnel du droit.

Une présidence féminine dans une profession largement féminisée

Me Marjorie Lartigue-Chabbert devient la deuxième femme à occuper la présidence de la Chambre des notaires de la Cour d’appel de Toulouse, après Me Christine de Chaumont. Elle aborde ce sujet avec nuance, refusant d’en faire un marqueur militant, mais reconnaissant l’importance de la complémentarité entre les femmes et les hommes au sein de la profession.

Le notariat s’est profondément féminisé au fil des années. La présidente évoque une profession où les femmes sont désormais très présentes, y compris parmi les notaires libéraux. Cette évolution s’accompagne toutefois d’un enjeu d’équilibre entre vie professionnelle, engagement institutionnel et vie personnelle. Les mandats dans les instances professionnelles demandent du temps, de la disponibilité et une organisation familiale qui peut encore peser différemment sur les parcours.

Pour Me Marjorie Lartigue-Chabbert, l’essentiel est de préserver un équilibre dans la représentation, afin que les sensibilités, les expériences et les approches se complètent au service de la profession et du public.

Une équipe pour représenter quatre départements

La présidente ne conduira pas ce mandat seule. La Chambre s’appuie sur une organisation territoriale structurée, avec des représentants par ressort de tribunal judiciaire. Lors de son échange avec la presse, Me Marjorie Lartigue-Chabbert a rappelé l’importance du travail d’équipe, avec des vice-présidents chargés de relayer les réalités de chaque territoire et de faire remonter les besoins des notaires.

Cette gouvernance s’appuie aussi sur les permanents de la Chambre, dont le rôle est jugé précieux pour le fonctionnement quotidien de l’institution. La Chambre intervient notamment dans le traitement des réclamations, le suivi des offices, la communication, les actions de terrain et l’accompagnement des professionnels. Les réunions mensuelles des membres permettent d’évoquer les sujets de la profession, les projets à mettre en œuvre et les orientations à porter collectivement.

Les Journées Notariales de retour à Toulouse

Cette volonté de proximité trouvera une traduction concrète avec le retour des Journées Notariales à Toulouse. Les notaires haut-garonnais donnent rendez-vous au grand public les vendredi 12 et samedi 13 juin 2026, de 9h à 18h, allées Jules Guesde, au cœur de Toulouse. L’événement, désormais installé dans le paysage local, proposera des consultations gratuites, sans rendez-vous, dans un village dédié à l’information et au conseil.

Le mot d’ordre de cette édition, « Un projet, une question ? Mon notaire a la solution ! », résume l’ambition de ces journées : faciliter l’accès au droit, permettre aux habitants de poser leurs questions juridiques du quotidien et rappeler que le notaire peut accompagner des situations très diverses. Héritage, donation, acquisition ou vente d’un bien, contrat de mariage, PACS, divorce, transmission ou organisation patrimoniale figurent parmi les thèmes qui pourront être abordés. Les espaces de consultation seront aménagés pour garantir la confidentialité des échanges.

L’événement ne se limite pas à Toulouse. Fidèle à la volonté de la Chambre d’aller à la rencontre du public sur l’ensemble de son ressort, le dispositif est également déployé dans les autres départements : à Foix le 29 mai, à Albi le 30 mai et à Montauban le 6 juin. En Haute-Garonne, le département compte aujourd’hui 438 notaires répartis dans 188 études notariales, confirmant l’importance du maillage territorial de la profession.

Un notariat appelé à conjuguer sécurité juridique, conseil et utilité sociale

À travers cette nouvelle présidence et le retour des Journées Notariales, la Chambre des notaires de la Cour d’appel de Toulouse cherche à affirmer une même ligne : le notaire demeure un acteur de proximité, garant de la sécurité juridique, mais aussi un professionnel du conseil, de l’anticipation et de l’accompagnement humain.

Dans un environnement marqué par les mutations économiques, les fragilités familiales, les transitions patrimoniales, l’essor de l’intelligence artificielle et les attentes nouvelles du public, Me Marjorie Lartigue-Chabbert entend rappeler que la profession ne se limite pas à authentifier des actes. Elle accompagne des trajectoires de vie, sécurise des décisions, prévient des conflits et contribue à l’accès au droit.

Son mandat s’ouvre ainsi sur une conviction claire : le notariat doit continuer à se transformer, sans perdre ce qui fonde sa légitimité. La proximité, l’écoute, la confidentialité et la confiance restent au cœur de cette mission.

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