Implantée à l’aéroport de Toulouse-Blagnac, Viraj Aero vient de boucler un tour d’amorçage de 4,5 millions d’euros mené par IRDI Capital Investissement. Fondée en 2024, la start-up aéronautique prépare pour 2027 le premier vol d’Ailefroide, un démonstrateur quatre places équipé d’une turbine à injection de vapeur. Sa technologie vise à réduire simultanément la consommation de carburant, les émissions de CO₂ et les effets non-CO₂ de l’aviation.
Joseph Risson et Mathilde Bouilloux, fondateurs de Viraj Aero. (Photo Viraj Aero)et
Viraj Aero franchit une nouvelle étape dans le développement de sa technologie de propulsion aéronautique bas carbone. La jeune entreprise toulousaine a annoncé, le 31 août 2026, une levée de fonds de 4,5 millions d’euros destinée à accélérer ses programmes industriels et à renforcer ses capacités d’ingénierie.
L’opération est menée par IRDI Capital Investissement, avec la participation de Climate Founders, d’ARTS, partenaire industriel de la société, d’OCSEED, ainsi que de plusieurs business angels et family offices spécialisés dans l’aéronautique et la transition climatique. Viraj Aero bénéficie par ailleurs du soutien de Bpifrance, notamment dans le cadre de l’Aide au développement Deeptech.
Les équipes Deeptech d’IRDI Capital Investissement interviennent dès l’amorçage auprès d’entreprises porteuses d’innovations scientifiques, technologiques ou industrielles, en particulier dans l’aéronautique, le NewSpace, la santé, les sciences de la vie et la transition environnementale. Selon les données communiquées, la société de gestion dispose de près de 556 millions d’euros sous gestion et accompagne depuis quarante-cinq ans près de 200 entreprises en région, à différents stades de leur développement.
« Viraj Aero répond à un enjeu essentiel pour l’avenir du transport aérien : améliorer rapidement et concrètement l’efficacité des systèmes propulsifs existants, tout en agissant sur l’ensemble de leur impact climatique. La qualité de l’équipe, la profondeur technologique du projet et son potentiel de déploiement sur plusieurs segments de marché correspondent pleinement à la stratégie deeptech d’IRDI Capital Investissement », expliquent Alexandre Scherer, directeur d’investissement, et Emma Ribes, chargée d’affaires senior d’IRDI Capital Investissement.
Récupérer l’eau du moteur pour la réinjecter dans la turbine
La technologie développée par Viraj Aero repose sur un principe déjà utilisé depuis plusieurs décennies dans les turbines terrestres, notamment dans le secteur de l’énergie : l’injection de vapeur. Son adaptation à l’aéronautique se heurtait jusqu’à présent à une contrainte de poids, puisqu’elle supposait d’embarquer d’importantes quantités d’eau, au détriment des performances de l’appareil.
Pour contourner cet obstacle, la start-up prévoit de récupérer l’eau naturellement présente dans les gaz d’échappement du moteur, avant de la réinjecter sous forme de vapeur dans la turbine. Ce circuit doit permettre d’améliorer le rendement du système propulsif, de diminuer la consommation de carburant et de limiter plusieurs émissions polluantes.
L’entreprise entend ainsi intervenir à la fois sur les émissions de CO₂ et sur les effets dits non-CO₂, parmi lesquels figurent les oxydes d’azote et les traînées de condensation. Ces phénomènes participent à l’impact climatique du transport aérien, mais demeurent encore insuffisamment intégrés aux stratégies de décarbonation. La solution de Viraj Aero se positionne comme une technologie complémentaire aux carburants d’aviation durables, à l’hydrogène et à l’électrification.
Selon la société, rendre l’injection de vapeur compatible avec les contraintes du vol constituerait une première à l’échelle mondiale.
« Pendant quarante ans, l’injection de vapeur a prouvé son efficacité au sol sans jamais prendre son envol. Lui donner enfin ses ailes est l’une des plus belles promesses de l’aéronautique contemporaine, et c’est la vocation de Viraj Aero », déclare Joseph Risson, cofondateur et président de Viraj Aero.
Ailefroide doit effectuer son premier vol en 2027
Une partie des fonds levés sera consacrée au développement d’Ailefroide, un avion démonstrateur de quatre places équipé d’une turbine à injection de vapeur. Son premier vol est programmé en 2027. Cette étape doit permettre de confronter la technologie aux conditions réelles d’exploitation et de préparer son déploiement sur d’autres catégories d’aéronefs.
Le financement doit également servir à étoffer les moyens d’ingénierie de Viraj Aero et à préparer la certification d’EYJA, son premier système propulsif destiné à l’aviation légère. Sa commercialisation est envisagée à l’horizon 2029, sous réserve de l’obtention des certifications nécessaires.
EYJA cible notamment les avions de deux à quatre places et les hélicoptères de petite capacité. En récupérant l’eau contenue dans les gaz d’échappement pour la réinjecter dans la turbine, ce système vise une réduction de la consommation de carburant pouvant atteindre 40 % et une baisse des émissions d’oxydes d’azote allant jusqu’à 99 %.
Une technologie appelée à gagner en puissance
Viraj Aero ne souhaite pas limiter cette architecture aux seuls appareils légers. Le principe physique de l’injection de vapeur étant indépendant de la taille du moteur, la société envisage un déploiement progressif sur des plateformes plus puissantes.
Après les avions légers et les hélicoptères de petite capacité, l’entreprise cible les appareils régionaux transportant de 40 à 70 passagers, puis, à plus long terme, l’aviation commerciale. Cette montée en puissance doit être portée par le programme AMA, conçu pour adapter la technologie à des avions régionaux capables d’accueillir jusqu’à environ 72 passagers.
En combinant une amélioration de l’efficacité énergétique et une réduction des effets non-CO₂, AMA vise une diminution de l’impact climatique du vol pouvant atteindre 75 %. Le programme doit notamment démontrer que l’injection de vapeur embarquée peut être transposée à des moteurs de plus grande puissance et répondre aux besoins du transport aérien régional.
Quinze collaborateurs réunis à Toulouse-Blagnac
Viraj Aero a été cofondée en 2024 par Joseph Risson et Mathilde Bouilloux, deux ingénieurs issus de l’ISAE-SUPAERO et de l’École des Ponts et Chaussées. La société rassemble aujourd’hui 15 collaborateurs provenant de différents horizons de l’écosystème aéronautique européen.
Installée directement sur le site de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, l’équipe conçoit et assemble ses systèmes à proximité des compétences scientifiques, industrielles et technologiques du bassin aéronautique toulousain. La start-up s’appuie également sur un réseau européen d’investisseurs, de partenaires de recherche et d’acteurs industriels.
Son développement doit désormais s’organiser autour de trois échéances : le premier vol d’Ailefroide en 2027, la préparation de la certification puis de la commercialisation d’EYJA à l’horizon 2029, et l’adaptation progressive de l’injection de vapeur à l’aviation régionale grâce au programme AMA.