La start-up française ArcSpace boucle un tour de table de plus de 2 millions d’euros auprès d’investisseurs exclusivement européens. Soutenue notamment par IRDI Capital Investissement, implantée à Toulouse, l’entreprise développe une technologie brevetée capable de découper, souder et assembler des matériaux directement dans l’espace. Une première démonstration en orbite est programmée en 2027, avant une commercialisation visée en 2028.
Guillaume Mohara, directeur général et cofondateur d’ArcSpace. (Photo ArcSpace)
ArcSpace vient de lever plus de 2 millions d’euros afin d’accélérer le développement de ses solutions de fabrication et de maintenance des satellites en orbite. L’opération a été menée par le groupe tchèque DEPO Ventures, par l’intermédiaire de son fonds DEPO Ventures One et d’un syndicat de business angels.
Le tour de table réunit également SCE Freiraum Ventures, société de capital-risque basée en Allemagne, IRDI Capital Investissement, présente à Toulouse, Bordeaux et Montpellier, ainsi qu’un réseau français de business angels. La totalité des investisseurs et partenaires mobilisés est ainsi implantée en Europe.
Ces nouveaux moyens doivent permettre à la start-up d’étoffer ses équipes, d’achever la qualification de son matériel de vol et de préparer sa première mission de démonstration. Prévue en 2027, celle-ci doit tester en conditions réelles la capacité de la technologie à réaliser plus de 100 secondes de soudage entièrement autonome à bord d’un satellite. La mise sur le marché du produit est envisagée d’ici 2028.
Réparer des satellites qui n’ont pas été conçus pour l’être
Télécommunications, navigation, transactions bancaires, logistique, défense ou encore futurs centres de données : les satellites occupent désormais une place centrale dans le fonctionnement des infrastructures civiles et stratégiques. Leur entretien reste néanmoins limité par un modèle reposant encore largement sur des équipements à usage unique.
Lorsqu’un satellite tombe en panne, subit des dommages ou épuise ses réserves de carburant, il peut devenir un débris spatial malgré la valeur économique et technologique de ses composants. Les opérations destinées à prolonger la durée de vie de ces appareils nécessitent généralement des interfaces standardisées prévues dès leur conception. Une grande partie des satellites déjà en orbite ne peut donc pas être réparée ou modifiée par les méthodes existantes.
ArcSpace entend lever cet obstacle grâce à une solution capable d’intervenir sur des équipements qui n’ont initialement pas été pensés pour recevoir une opération de maintenance.
« Lorsqu’un système tombe en panne ou qu’un satellite épuise son carburant, une infrastructure valant des centaines de millions d’euros est perdue. Chez ArcSpace, nous sommes convaincus que la capacité de fabriquer, réparer et modifier des équipements directement en orbite est la seule voie permettant de bâtir une économie spatiale durable et sécurisée », explique Guillaume Mohara, directeur général et cofondateur d’ArcSpace.
Un faisceau d’électrons utilisable dans le vide spatial
La technologie brevetée par ArcSpace repose sur un outil compact utilisant un faisceau d’électrons. Le dispositif peut être embarqué directement sur un satellite ou un rover lunaire afin de découper, d’assembler et de souder différents matériaux dans le vide spatial.
Selon l’entreprise, son fonctionnement ne génère ni contamination ni débris. La solution doit notamment permettre de capturer et de réparer des satellites sans dépendre d’interfaces d’entretien standardisées. Elle pourrait ainsi être employée sur des appareils déjà en service et non préparés, lors de leur fabrication, à recevoir une intervention en orbite.
Le système a déjà franchi plusieurs tests de qualification environnementale, notamment dans des conditions de vide poussé et de vibrations mécaniques. La prochaine étape consistera à démontrer son fonctionnement autonome dans l’espace.
« Notre technologie a récemment passé avec succès des tests de qualification environnementaux avancés, notamment en vide poussé et sous vibrations mécaniques. Ce nouveau financement permet d’accélérer la validation en vol de la solution, en démontrant plus de 100 secondes de soudage entièrement autonome à bord d’un satellite en orbite en 2027, une première mondiale », précise Guillaume Mohara. Cette qualification de « première mondiale » constitue un objectif revendiqué par l’entreprise dans le cadre de sa future démonstration.
Pour Petr Šíma, partner chez DEPO Ventures, l’intérêt de la technologie réside notamment dans sa capacité à intervenir sur des infrastructures existantes : « ArcSpace propose une solution de rupture capable de réparer des satellites qui n’étaient pas destinés à être servis. Cette capacité réduit significativement les risques et renforce la résilience des infrastructures critiques dont nos sociétés dépendent de plus en plus. »
Un marché estimé à 130 milliards d’euros d’ici 2033
ArcSpace se positionne sur le marché du service, de l’assemblage et de la fabrication en orbite, désigné par l’acronyme anglais ISAM. D’après les estimations communiquées par la société, ce secteur pourrait générer 130 milliards d’euros de revenus supplémentaires d’ici 2033 et constituer l’un des moteurs de croissance de l’économie spatiale mondiale.
La solution développée par la start-up aurait déjà suscité l’intérêt de plus d’une dizaine d’entreprises commerciales. ArcSpace collabore également avec plusieurs partenaires institutionnels, parmi lesquels le Centre national d’études spatiales, l’Agence spatiale européenne et le Fonds européen de défense.
À l’échelle communautaire, la Commission européenne a identifié les services et opérations en orbite, regroupés sous le sigle ISOS, parmi les composantes de la future économie spatiale du continent. Une mission pilote européenne est envisagée d’ici 2030.
« La Commission européenne a identifié le service et les opérations en orbite comme l’un des piliers de la future économie spatiale européenne, soutenue par des plans d’investissement substantiels menant à la mission pilote ISOS d’ici 2030. ArcSpace développe exactement le type de capacité de rupture dont l’Europe a besoin pour transformer cette vision en réalité opérationnelle », estime Justyna Redelkiewicz, Space Tech Venture Partner chez DEPO Ventures.
Des applications envisagées en orbite et sur la Lune
La feuille de route d’ArcSpace commencera par le développement d’effecteurs destinés aux opérations de maintenance en orbite. À partir de 2028, ces équipements doivent contribuer à prolonger la durée de vie des satellites, à faciliter leur désorbitation et à répondre à des missions à usage dual, civil comme militaire.
À plus long terme, la même technologie doit être adaptée à l’assemblage de grandes structures en orbite et à la surface de la Lune, ainsi qu’à la fabrication directe dans l’espace. L’objectif consiste à faire évoluer le modèle actuel, essentiellement fondé sur le remplacement des satellites, vers des infrastructures susceptibles d’être entretenues, modifiées ou complétées après leur lancement.
Un financement associant plusieurs écosystèmes européens
Chef de file de l’opération, DEPO Ventures investit dans de jeunes entreprises d’Europe centrale et orientale. Son quatrième fonds cible notamment les technologies stratégiques et la deeptech dans les secteurs de la fintech, de la défense et du spatial. Le groupe gère trois fonds de business angels, plusieurs syndicats d’investissement et un fonds de capital-risque installé au Luxembourg. Depuis 2019, il a réalisé plus de 60 investissements, notamment dans Kardi AI, Flowpay, SkyCorp et Tapaya. Il contribue également à l’organisation de la conférence internationale Engaged Investments.
Établie à Munich, SCE Freiraum Ventures accompagne des entreprises en phase de pré-amorçage et d’amorçage avec des investissements compris entre 30 000 et 200 000 euros. Affiliée au Strascheg Center for Entrepreneurship, le centre d’innovation de l’Université des sciences appliquées de Munich, la structure associe financement, accompagnement pédagogique, coaching et accès à des infrastructures universitaires. Son fonds est soutenu par Falk F. Strascheg, figure historique du capital-risque européen.
L’ancrage régional du tour de table est assuré par IRDI Capital Investissement. Présente à Toulouse, Bordeaux et Montpellier, la société accompagne depuis plus de 40 ans les start-up, PME et ETI du Grand Sud-Ouest, de l’amorçage aux opérations de transmission, en passant par le capital-risque, le développement et le rebond. Elle gère plus de 550 millions d’euros à travers une quinzaine de fonds, dont les véhicules d’innovation IRDInov 3 et Aelis Innovation 2.