« L’Occitanie tourne au ralenti » : Samuel Hervé dévoile la feuille de route du Medef régional

Lors de sa conférence de presse de rentrée organisée mercredi 2 septembre, Samuel Hervé, président du Medef Occitanie, a décrit des entreprises fragilisées par six années de crises successives. Emploi atone, défaillances au plus haut, tourisme en recul, tensions dans le bâtiment et retards de paiement publics nourrissent son inquiétude. Candidat à un second mandat, le dirigeant annonce plusieurs projets, dont une REF Occitanie et l’organisation à Toulouse d’un débat consacré à l’élection présidentielle de 2027.

Sameul Hervé, président du Medef Occitanie. (Photo Dorian Alinaghi)

Sameul Hervé, président du Medef Occitanie. (Photo Dorian Alinaghi)

Pour décrire l’état du tissu économique, Samuel Hervé utilise l’image d’un grand chêne qui paraît encore solide de l’extérieur, alors que ses racines ont progressivement cessé de se développer. Après le Covid-19, la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient, le retour des droits de douane américains et l’instabilité politique française, les dirigeants ont appris à avancer sans visibilité.

« Les entreprises s’habituent à vivre dans ce que l’on appelle une permacrise », constate le président du Medef Occitanie. Des structures habituées à construire leurs investissements sur cinq, dix ou vingt ans rencontrent désormais des difficultés à dessiner un horizon dépassant six mois.

La situation régionale reste toutefois contrastée. L’Occitanie bénéficie de la dynamique de l’aéronautique, portée par des carnets de commandes remplis, ainsi que des perspectives ouvertes par l’industrie de défense. Mais Samuel Hervé rappelle que la montée en cadence ne peut pas reposer uniquement sur des annonces budgétaires. Elle nécessite des capacités de sous-traitance, des compétences disponibles et des investissements dans les outils industriels.

Seulement 900 emplois supplémentaires au premier trimestre

Les données publiées par l’Insee confirment ce ralentissement. Entre la fin décembre 2025 et la fin mars 2026, l’Occitanie n’a créé que 900 emplois salariés nets. Sur un an, l’activité économique, mesurée par le volume d’heures rémunérées dans les entreprises privées hors agriculture, a reculé de 0,3 %.

Le taux de chômage régional atteint 9,5 % de la population active, contre 8,1 % en France hors Mayotte. Il progresse de 0,6 point sur un an et retrouve son niveau le plus élevé depuis le premier trimestre 2021. Les écarts restent importants entre les départements, de 4,9 % en Lozère à 12,7 % dans les Pyrénées-Orientales.

Dans le même temps, 6 300 défaillances d’entreprises ont été recensées en Occitanie sur douze mois à la fin mars 2026. Leur nombre augmente de 6,3 % en un an et retrouve les records observés en 2013. L’économie régionale conserve néanmoins une capacité de renouvellement avec 28 300 créations d’entreprises au premier trimestre, soit une progression trimestrielle de 5,8 %.

L’emploi dans la filière aéronautique et spatiale continue, lui, d’augmenter de 0,5 % sur le trimestre et de 1,3 % sur un an. Cette dynamique ne suffit cependant plus, selon Samuel Hervé, à compenser les difficultés rencontrées dans le reste de l’économie régionale.

« Quand seulement 900 emplois nets sont créés dans toute l’Occitanie, il y a de quoi s’inquiéter de ce qui se passe sur le territoire », estime-t-il. Sans minimiser les conséquences sociales de dossiers industriels comme celui de Fibre Excellence, il souligne également que la disparition silencieuse de 35 à 40 entreprises de moins de dix salariés peut entraîner un impact comparable sur l’emploi direct.

Tourisme, restauration et bâtiment sous pression

Le tourisme figure parmi les principaux points de vigilance. Le secteur représente désormais 138 000 emplois en moyenne sur l’année, soit environ 7 % de l’emploi marchand régional. En juillet 2026, seuls 41 % des professionnels interrogés se déclaraient satisfaits de la fréquentation, neuf points de moins qu’en juillet 2025. Le volume des nuitées a reculé de 3 % à 6 %, selon le Comité régional du tourisme et des loisirs d’Occitanie.

Les canicules, les incendies, le coût des carburants et les arbitrages opérés par les ménages ont pesé sur la saison estivale. Samuel Hervé fait notamment état d’une baisse d’activité comprise entre 27 % et 30 % dans la restauration dans le Gard, selon les remontées de la profession. Quelques demandes d’activité partielle ont également été signalées en Lozère. Dans ce secteur très fragmenté, composé de nombreuses petites entreprises, les dirigeants sollicitent parfois trop tard les dispositifs d’accompagnement.

L’inscription, le 26 juillet 2026, des huit Forteresses royales capétiennes du Languedoc au patrimoine mondial de l’Unesco constitue néanmoins un nouvel atout touristique pour l’Aude et l’Ariège. Samuel Hervé espère que cette reconnaissance produira des effets sur la fréquentation dès les prochaines saisons.

Le bâtiment traverse également une période difficile. D’après les données professionnelles présentées lors de la conférence de presse, le volume des appels d’offres aurait reculé de 28 % en France depuis le début de l’année 2026, par rapport à la même période de 2025. Samuel Hervé estime que l’Occitanie évolue quasiment au même rythme. L’emploi du secteur aurait, selon ces mêmes remontées, diminué de 5 % au premier semestre.

Des trésoreries fragilisées par les retards de paiement

Dans le transport routier, les délais de versement des aides destinées à compenser l’augmentation du prix des carburants alimentent les tensions de trésorerie. Selon la fédération régionale citée par Samuel Hervé, seuls 39 % des dossiers déposés lors de la première campagne d’avril avaient été payés à la fin du mois d’août. Les professionnels attendaient également la mise en œuvre des dispositifs couvrant les mois suivants.

Les entreprises de propreté sont confrontées à une autre difficulté. Très dépendantes du coût de la main-d’œuvre, elles subissent directement le gel du barème des allègements généraux de cotisations patronales décidé après la revalorisation du Smic de juin. Pour Samuel Hervé, cette décision détériore les marges de sociétés déjà fragilisées.

Le Medef Occitanie sensibilise désormais ses adhérents aux risques financiers liés à certains appels d’offres hospitaliers. Une entreprise peut présenter une activité rentable tout en se retrouvant en difficulté si ses factures ne sont pas réglées assez rapidement.

Sanctuariser l’investissement des collectivités

À l’approche de l’examen du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, Samuel Hervé refuse que les entreprises deviennent la variable d’ajustement des arbitrages budgétaires. La même vigilance s’applique aux nouveaux exécutifs intercommunaux appelés à voter leurs premiers budgets.

« L’investissement est aussi le carburant des entreprises », insiste-t-il. Le président du Medef Occitanie demande aux collectivités de préserver leurs dépenses d’équipement et de construire des plans pluriannuels donnant davantage de visibilité aux entreprises. « L’austérité ne doit pas toucher l’investissement, car l’investissement représente aussi de l’emploi dans les territoires. »

Samuel Hervé salue, sur ce point, l’engagement de la Région Occitanie à maintenir ses investissements. Il reste toutefois vigilant sur l’utilisation de la fiscalité supplémentaire liée aux mobilités, qui doit selon lui financer de nouveaux services et des infrastructures, et non compenser une diminution des recettes de fonctionnement.

Le Medef Occitanie souhaite aussi un recours plus fréquent à « l’allotissement intelligent » de la commande publique. L’objectif consiste à proposer des marchés de dimensions accessibles aux PME et à mieux pondérer les critères sociaux, environnementaux ou liés à l’emploi. Samuel Hervé écarte toute logique de favoritisme, mais considère que le droit actuel permet déjà de mieux protéger les entreprises respectant les normes françaises face à certains acteurs pratiquant le moins-disant social.

LGV, A69, énergie et foncier industriel

La question des infrastructures rejoint directement celle de l’attractivité. Une entreprise internationale comparant plusieurs implantations évalue simultanément les transports, l’accès à l’énergie, le foncier disponible et les compétences présentes. « Le terrain de jeu est mondial », rappelle Samuel Hervé.

Les incertitudes entourant l’A69, l’absence de ligne à grande vitesse jusqu’à Toulouse ou encore les contraintes énergétiques peuvent, selon lui, ralentir certains projets. Il cite notamment l’arrêt complet durant 17 jours de la centrale nucléaire de Golfech, en raison d’une température de la Garonne susceptible de dépasser le seuil de 28 degrés.

Le foncier industriel constitue une autre préoccupation. Le président du Medef Occitanie redoute que certains projets régionaux perdent leur statut de projets d’envergure nationale ou européenne s’ils ne sont pas engagés suffisamment rapidement. Il appelle la Région et les acteurs économiques à identifier et préserver les emprises nécessaires aux futurs investissements industriels, notamment autour de projets comme Genvia à Béziers.

191 courriers envoyés, un seul rendez-vous demandé

La commission Croissance et Territoires du Medef Occitanie, pilotée par l’ancienne présidente régionale Sophie Garcia, a élaboré les portraits économiques de 26 bassins d’emploi. Ces documents réunissent des indicateurs sur l’emploi des jeunes et des seniors, l’accès aux soins, les déplacements domicile-travail, la mobilité et les infrastructures.

Ces fiches ont été adressées en juin aux présidents d’intercommunalité concernés. Selon Samuel Hervé, 191 courriers ont été envoyés. Une seule demande de rendez-vous serait parvenue au Medef Occitanie.

« Cela pose un sujet sur la relation que le monde politique entretient avec le monde économique », juge-t-il. Le dirigeant appelle les responsables publics et les entreprises à travailler davantage ensemble, alors que la commande publique et les politiques d’aménagement produisent des effets directs sur l’activité locale.

Cette coopération doit également concerner les territoires ruraux et périurbains. « Aucun territoire ne doit être oublié », affirme Samuel Hervé. Les villes moyennes disposent de foncier et d’une qualité de vie susceptibles d’attirer des entreprises et des salariés, à condition de maintenir des infrastructures de transport, de santé et d’éducation suffisantes.

Un débat présidentiel et une REF Occitanie à Toulouse

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027, Samuel Hervé a annoncé que le Medef organiserait un débat à Toulouse. La date, le lieu précis, le format de la rencontre et l’identité des participants n’ont pas encore été communiqués.

Cette initiative doit permettre de faire entendre les préoccupations des entreprises régionales dans le débat national, sans engagement partisan revendiqué par l’organisation patronale. Elle s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer la place de l’Occitanie au sein du Medef national.

Le dirigeant souhaite également créer une REF Occitanie, dans le prolongement de la Rencontre des entrepreneurs de France organisée les 26 et 27 août à Paris. La délégation occitane y est présentée comme la plus importante délégation régionale. Samuel Hervé estime que ce rendez-vous régional pourrait rompre l’isolement des chefs d’entreprise, créer un sentiment d’appartenance et valoriser les singularités économiques des différents départements.

Ces projets figurent dans le programme qu’il entend défendre pour un second mandat. Élu en novembre 2023, Samuel Hervé arrive au terme de sa mandature en novembre 2026. L’élection devrait se dérouler au début du mois de décembre pour une nouvelle période de trois ans. À ce jour, il indique ne connaître aucun autre candidat déclaré.

Alternance et maintien des seniors dans l’emploi

La formation et l’emploi constituent un autre pilier de sa feuille de route. En un an, le nombre de contrats en alternance a reculé de 5,2 % en Occitanie, soit une diminution de 4 400 emplois, selon l’Insee.

Pour enrayer cette tendance, le Medef Occitanie prépare les Pépites de l’alternance, un dispositif destiné à valoriser les entreprises engagées et à améliorer l’image des métiers accessibles par cette voie. « Continuer à recruter en alternance reste une voie d’excellence. Cela ne doit pas devenir une voie de garage », défend Samuel Hervé. Dans un contexte de diminution des aides et d’augmentation des charges, il considère que l’accueil d’un apprenti devient parfois « un véritable acte militant » pour une entreprise.

Le Medef régional souhaite parallèlement créer une communauté de bonnes pratiques consacrée au maintien des seniors dans l’emploi. Une expérimentation menée avec les services de l’État doit permettre d’identifier les dispositifs efficaces au sein des entreprises de plus de 300 salariés, avant de les diffuser auprès des ETI et des PME.

L’eau, l’intelligence artificielle et la décarbonation

La gestion de l’eau prendra également une place accrue. Un groupe de travail doit être créé afin de réunir entreprises, collectivités et spécialistes autour de la sobriété, de la réutilisation, de l’innovation et de la formation. Le projet Aqua Domitia, qui permet d’acheminer une ressource issue du Rhône et de réduire la pression sur les ressources locales, fait partie des solutions évoquées.

Le Medef souhaite aussi s’appuyer sur le campus des métiers et des qualifications de Perpignan pour accompagner l’émergence de nouvelles compétences liées à l’eau. Des échanges sont prévus avec l’Agence de l’eau Adour-Garonne.

Sur l’intelligence artificielle, le Medef Occitanie affirme avoir sensibilisé environ 1 500 entreprises au cours d’une tournée menée dans les différents Medef territoriaux. Une seconde phase doit désormais aider les dirigeants à identifier des prestataires fiables, les financements disponibles, les usages prioritaires et les risques à éviter.

« L’intelligence artificielle n’est pas une question de savoir si elle sera adoptée, mais quand et comment », résume Samuel Hervé. Le rôle du Medef doit, selon lui, être celui d’un tiers de confiance plutôt que celui d’un opérateur technique.

La même méthode est appliquée à la transition environnementale avec le Décarbone Tour, développé avec EDF. La première étape s’est tenue le 9 avril en Lozère, en réunissant des entreprises industrielles, commerciales et logistiques. D’autres rendez-vous doivent suivre afin de partager les solutions de financement et les retours d’expérience.

Enfin, Samuel Hervé veut structurer une offre régionale dédiée aux entreprises de taille intermédiaire, notamment dans les territoires où les Medef locaux ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour traiter les sujets européens, réglementaires ou internationaux. L’objectif consiste aussi à rendre plus lisible l’accompagnement proposé par la Région, les CCI, Business France et les différentes structures économiques.

Entre alerte conjoncturelle et préparation d’un nouveau mandat, la feuille de route est désormais posée. Sa concrétisation dépendra toutefois du calendrier de la REF Occitanie, du format retenu pour le débat organisé à Toulouse et des résultats obtenus sur l’alternance, les transitions et le dialogue avec les élus locaux.

A lire aussi