Arterris veut muscler la filière porcine en Occitanie avec 8 000 porcs supplémentaires d’ici trois ans

Face à une consommation régionale importante et à une production encore insuffisante, la coopérative Arterris entend renforcer la filière porcine en Occitanie. Avec ses producteurs, elle mise sur la polyculture-élevage, la marque locale Pyrénéus et un accompagnement des agriculteurs pour réduire la dépendance du territoire aux autres bassins de production.

Sylvain Dufau, exploitant en polyculture-élevage. (Photo Arterris)

Sylvain Dufau, exploitant en polyculture-élevage. (Photo Arterris)

En Occitanie, la filière porcine veut regagner du terrain. Alors que la consommation de porc et de charcuterie reste soutenue dans la région, la production locale ne couvre encore qu’une partie limitée des besoins. Dans ce contexte, la coopérative Arterris, basée à Castelnaudary, annonce vouloir renforcer la production régionale avec un objectif clair : intégrer 8 000 porcs supplémentaires d’ici trois ans.

L’enjeu est autant économique qu’agricole. Il touche à la souveraineté alimentaire, à la structuration des filières locales, mais aussi au renouvellement des générations d’éleveurs. Arterris, qui commercialise aujourd’hui 45 000 porcs par an à travers ses 40 adhérents producteurs de porcs en Occitanie, entend répondre à une demande croissante en viande porcine issue du territoire.

Une production régionale encore loin de couvrir la consommation

La marge de progression reste importante. En Occitanie, la consommation de porc atteint 32 kg par habitant et par an. Pourtant, seul un porc sur quatre consommé dans la région provient actuellement du territoire. Cette situation crée une tension pour les acteurs de l’aval, notamment les salaisonniers et les chevillards, qui cherchent à sécuriser un approvisionnement régional.

À défaut d’un renforcement de la production locale, la filière pourrait accroître sa dépendance à d’autres bassins de production, en particulier la Bretagne, ou à des pays voisins comme l’Espagne. Pour Arterris, l’objectif consiste donc à consolider une filière capable de répondre davantage aux besoins des marchés régionaux, tout en maintenant une traçabilité forte.

Cette stratégie s’appuie notamment sur le développement de la marque Pyrénéus, commercialisée entre autres par le distributeur de viandes Guasch. Destinée aux circuits traditionnels, cette marque valorise une origine territoriale marquée, avec des porcs nés, élevés et transformés en Occitanie.

Pyrénéus, une marque locale fondée sur la traçabilité

Avec Pyrénéus, Arterris cherche à répondre à une demande croissante pour des viandes locales, identifiables et ancrées dans un territoire. Le cahier des charges impose une alimentation comprenant au minimum 60 % de céréales issues des productions d’Arterris, dont au moins 15 % de triticale, une céréale rustique issue du croisement entre le seigle et le blé.

Cette exigence permet de relier plus étroitement la production animale et les productions végétales de la coopérative. Elle donne aussi à la filière porcine régionale un positionnement plus lisible auprès des professionnels et des consommateurs, dans un marché où l’origine et la qualité deviennent des critères de plus en plus déterminants.

« Nous constatons une demande croissante de la part de nos clients pour des viandes issues de filières locales et de qualité. La marque Pyrénéus permet d’y répondre avec une exigence de traçabilité et de qualité. Pour répondre pleinement aux besoins du marché, il est aujourd’hui indispensable de renforcer la production régionale », affirme Maxime Guasch, président de la Maison Guasch.

La polyculture-élevage comme levier de résilience agricole

Pour développer la production porcine, Arterris met en avant le modèle de la polyculture-élevage. Dans un contexte marqué par la volatilité des prix des céréales, l’élevage porcin peut constituer un complément économique structurant pour les exploitations céréalières.

L’intérêt du modèle repose sur une logique de complémentarité. Les agriculteurs peuvent valoriser une partie de leurs céréales dans l’alimentation des animaux, tout en utilisant le lisier ou le fumier, dans le cas de porcs élevés sur paille, comme fertilisant naturel. Cette organisation limite le recours à certains intrants, tout en créant un revenu régulier sur l’exploitation.

La production porcine peut également s’adapter à des profils d’exploitations différents. Les ateliers peuvent prendre la forme d’un atelier d’engraissement, d’un modèle naisseur-engraisseur ou d’un post-sevrage. Leur taille reste flexible, avec des capacités allant de 450 à 4 000 places, selon les projets agricoles et les objectifs économiques de chaque exploitation.

Dans le Sud-Aveyron, Sylvain Dufau prouve cette logique. Installé sur une exploitation en polyculture-élevage, il a repris l’activité familiale en 2022, dans la continuité du travail engagé par son père depuis près de 30 ans. « J’ai repris l’exploitation familiale en 2022, où mon père élevait déjà des porcs depuis près de 30 ans. Aujourd’hui, avec un atelier d’engraissement d’environ 850 porcs, je m’inscris dans cette continuité. Le lisier me permet de réduire l’usage d’engrais, et la production apporte un revenu régulier toute l’année : c’est un cercle vertueux qui redonne du sens à notre métier d’agriculteur sur une exploitation de polyculture-élevage », témoigne-t-il.

Un accompagnement pour attirer de nouveaux éleveurs

Le développement de la production porcine passe aussi par l’accompagnement des agriculteurs. Arterris indique intervenir à plusieurs niveaux, depuis le montage des dossiers de financement jusqu’aux aides à l’investissement, en passant par le suivi technique des installations.

La coopérative propose également une plus-value supplémentaire pour les porcs produits localement. Elle met aussi en place des primes d’incorporation destinées aux céréaliers qui valorisent leurs céréales à travers les usines d’aliments du groupe Arterris. L’objectif est de rendre le modèle plus attractif, dans un contexte où le renouvellement des générations constitue un défi pour de nombreuses filières agricoles.

Pour atteindre son objectif de 8 000 porcs supplémentaires dans les trois prochaines années, Arterris recherche en priorité des agriculteurs intéressés par différents métiers de la filière : naisseurs, naisseurs-engraisseurs ou post-sevrage-engraisseurs. Les unités ciblées représenteraient entre 1 200 et 4 000 porcs par an.

L’Aude et le Tarn identifiés comme territoires à fort potentiel

Si la coopérative couvre déjà une partie importante du sud de l’Occitanie, certains territoires apparaissent comme particulièrement propices au développement de nouveaux ateliers porcins. Arterris identifie notamment l’Aude et le Tarn comme deux départements à fort potentiel, en raison de la densité des exploitations céréalières.

Ces territoires disposent d’un tissu agricole compatible avec la logique de polyculture-élevage défendue par la coopérative. Pour Arterris, le renforcement de la filière porcine régionale ne repose donc pas uniquement sur une hausse des volumes, mais sur une meilleure articulation entre productions végétales, élevage, transformation et distribution.

Cette orientation s’inscrit dans le positionnement global du groupe coopératif. Arterris fédère aujourd’hui plus de 15 000 associés coopérateurs sur un territoire qui s’étend principalement dans le sud de l’Occitanie et en région Sud. Le groupe représente une ferme de plus de 350 000 hectares de cultures, structurée autour de trois pôles : agricole, agroalimentaire et distribution grand public.

Avec un chiffre d’affaires consolidé de 1,16 milliard d’euros sur l’exercice 2024/2025 et plus de 2 782 salariés, Arterris entend peser dans la structuration des filières agricoles régionales. Dans le porc, la coopérative veut désormais accélérer pour rapprocher davantage production locale et consommation régionale, tout en offrant de nouvelles perspectives économiques aux exploitations agricoles d’Occitanie.

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