Toulouse Tech Transfer et l’École d’ingénieurs ISIS engagent plus de 500 000 euros dans la deuxième phase de maturation de SAFETI, une technologie destinée à mesurer et suivre l’exposition des sapeurs-pompiers aux fumées toxiques. Lancée fin 2025, cette nouvelle étape doit conduire à la pré-industrialisation du dispositif et à la création d’une startup dès début 2027.
Le projet bénéficie d’un engagement de plus de 500 000 euros pour franchir une nouvelle étape : pré-industrialisation, consolidation technologique et création d’une startup visée dès 2027.(Photo Toulouse Tech Transfer)
L’exposition répétée des sapeurs-pompiers aux fumées d’incendie s’impose désormais comme un enjeu majeur de santé publique. En France, près de 150 000 sapeurs-pompiers seraient concernés par ces expositions professionnelles régulières à des substances toxiques, dans un contexte où les alertes scientifiques et institutionnelles se sont multipliées ces dernières années.
Dès 2019, l’Anses recommandait la mise en place d’une base de données centralisée afin d’assurer un meilleur suivi des expositions. En 2022, une étude internationale publiée dans The Lancet établissait un lien causal entre l’exposition professionnelle des pompiers et plusieurs cancers, notamment le mésothéliome et le cancer de la vessie. En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer a, de son côté, classé le métier de sapeur-pompier comme cancérogène.
Cette évolution du regard scientifique et réglementaire a conduit, en mars dernier, à un projet de loi visant à garantir le suivi de l’exposition des sapeurs-pompiers à des agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction. Pourtant, selon les porteurs du projet, aucune solution technologique opérationnelle n’est aujourd’hui disponible pour répondre pleinement à ce besoin de suivi fiable, automatisé et exploitable dans la durée.
C’est dans ce contexte que s’inscrit SAFETI, une solution développée en Occitanie pour objectiver, mesurer et tracer l’exposition des pompiers aux fumées toxiques.
SAFETI, un dispositif embarqué relié à une plateforme sécurisée
Le projet SAFETI repose sur une approche globale. La technologie combine des dispositifs embarqués et une plateforme logicielle d’analyse, afin de collecter les données d’exposition puis de les transmettre vers un environnement sécurisé. L’objectif est d’automatiser le suivi réglementaire et d’alimenter, à terme, le dossier médical du sapeur-pompier.
Cette dimension opérationnelle constitue l’un des points structurants du projet. SAFETI ne se limite pas à la mesure ponctuelle d’un risque. La solution vise à créer une continuité entre le terrain, la donnée, l’analyse et le suivi médical, dans un secteur où la traçabilité des expositions reste encore insuffisamment outillée.
Portée par Toulouse Tech Transfer et l’École d’ingénieurs ISIS, basée à Castres, la technologie entre désormais dans une nouvelle phase décisive. Après une première étape de maturation consacrée à la démonstration de la faisabilité technologique et à la consolidation de briques clés, les deux structures s’engagent à hauteur de plus de 500 000 euros dans une deuxième phase de maturation.
Lancée fin 2025, cette étape doit permettre de lever les derniers verrous technologiques, de consolider la propriété intellectuelle, d’engager les travaux de pré-industrialisation et d’accompagner la structuration de la future entreprise. L’ambition affichée est claire : permettre la création d’une startup innovante à fort potentiel dès début 2027.
Un projet né du terrain et d’un ancrage territorial
SAFETI trouve son origine dans une trajectoire singulière, à la croisée du terrain opérationnel, de l’ingénierie numérique et de la recherche académique. Le projet est notamment porté par Éric Carayol, ingénieur et sapeur-pompier volontaire, chef de projet en ingénierie numérique au sein du Connected Health Lab de l’École d’ingénieurs ISIS.
Pour lui, SAFETI est d’abord le fruit d’une dynamique collective locale. « Le projet SAFETI est d'abord une histoire de rencontres au sein d'un territoire », explique-t-il. Dans le cadre de ses missions au sein de l’École d’ingénieurs ISIS, Éric Carayol travaille depuis plusieurs années avec la Technopole Castres-Mazamet, vers laquelle il s’est naturellement tourné pour accompagner les premières étapes du projet.
La Technopole a soutenu SAFETI dans ses phases de pré-incubation et d’incubation, tout en facilitant les connexions avec le tissu industriel de Castres-Mazamet. Cette première structuration territoriale s’est ensuite articulée avec la maturation opérée par Toulouse Tech Transfer, spécialiste du transfert de technologies issues de la recherche publique vers le monde économique.
Cette alliance entre acteurs académiques, industriels, territoriaux et opérationnels donne au projet une dimension particulière. SAFETI est pensé à partir d’un besoin exprimé par le terrain, puis consolidé par des compétences scientifiques et technologiques capables de transformer cette problématique en solution industrialisable.
La santé numérique au service de la sécurité civile
Le développement de SAFETI s’inscrit dans l’écosystème de l’École d’ingénieurs ISIS, à Castres, première école française spécialisée dans la santé numérique. C’est au sein de son Connected Health Lab, laboratoire des usages dédié à l’innovation en santé numérique, que la solution a vu le jour.
Le projet se poursuit aujourd’hui avec l’équipe de recherche ISIS CHART – Connected Health Research Team, l’ENSOSP, École nationale supérieure des officiers sapeurs-pompiers, et son département Recherche, Ressources, Innovation et Prospective. Un doctorat est également mené en partenariat scientifique avec l’IRIT, l’Institut de recherche en informatique de Toulouse, unité mixte de recherche associant notamment le CNRS, Toulouse INP, l’Université de Toulouse, l’Université Toulouse Capitole et l’Université Toulouse-Jean-Jaurès.
Ce travail doctoral porte sur la prévention des risques et l’aide à la décision grâce à l’intelligence artificielle, en intégrant les données issues de SAFETI. Cette articulation entre capteurs, données de terrain, analyse logicielle et IA ouvre la voie à des outils capables d’aider les organisations de sécurité civile à mieux comprendre les situations d’exposition et à renforcer les démarches de prévention.
Le SDIS du Tarn et le CERISC, Centre d’études et de recherches interdisciplinaires sur la sécurité civile de l’ENSOSP, sont également fortement impliqués. Leur rôle est essentiel pour maintenir une adéquation entre les besoins réels du terrain et l’outil développé. Cette proximité avec les utilisateurs finaux doit permettre d’éviter une innovation conçue hors sol et de garantir que la solution réponde aux contraintes opérationnelles des sapeurs-pompiers.
Plus de 500 000 euros pour franchir le cap de la pré-industrialisation
L’engagement financier de Toulouse Tech Transfer et de l’École d’ingénieurs ISIS, supérieur à 500 000 euros, marque une étape importante dans la trajectoire de SAFETI. Il traduit la conviction des deux partenaires quant au potentiel stratégique, sociétal et économique de cette technologie.
La première phase de maturation avait permis de démontrer la faisabilité technique du projet et de consolider plusieurs briques essentielles. La deuxième phase, lancée fin 2025, doit désormais rapprocher SAFETI du marché. Elle vise à sécuriser les développements encore nécessaires, à renforcer la propriété intellectuelle, à préparer l’industrialisation du dispositif et à structurer le futur modèle entrepreneurial.
Dans cette perspective, SAFETI s’inscrit pleinement dans le champ des innovations deeptech à impact. La technologie part d’une problématique concrète de santé au travail, s’appuie sur la recherche publique et vise une application directe auprès d’une population professionnelle exposée à des risques graves.
Pour Toulouse Tech Transfer, ce type de projet illustre le rôle de la structure dans la valorisation de la recherche publique. Créée en janvier 2012 dans le cadre du Programme d’investissement d’avenir, TTT accompagne les établissements de l’académie de Toulouse dans le transfert de technologies vers les entreprises. Ses fondateurs et principaux actionnaires sont l’Université de Toulouse, le CNRS, Bpifrance, la Région Occitanie Ouest et Toulouse Métropole.
Une future startup attendue début 2027
L’objectif fixé par les partenaires est désormais la création d’une entreprise innovante dès début 2027. Cette future startup aura vocation à porter le développement, l’industrialisation et la diffusion de la solution SAFETI, avec un positionnement à la fois technologique, médical, réglementaire et opérationnel.
L’enjeu dépasse le seul cadre de la sécurité civile. En permettant de mieux mesurer et tracer l’exposition aux fumées toxiques, SAFETI pourrait contribuer à une meilleure reconnaissance des risques professionnels, à un suivi médical plus précis et à une évolution des pratiques de prévention. Le projet s’inscrit aussi dans une dynamique économique régionale, en associant Castres, Toulouse, la recherche académique, les acteurs de la santé numérique, les structures d’accompagnement à l’innovation et les services départementaux d’incendie et de secours.
Avec SAFETI, Toulouse Tech Transfer et l’École d’ingénieurs ISIS entendent démontrer qu’une innovation née du terrain peut devenir une solution technologique à impact, capable de répondre à un besoin de santé publique encore insuffisamment couvert. Pour les sapeurs-pompiers exposés aux fumées toxiques, cette avancée pourrait ouvrir une nouvelle étape dans la reconnaissance, la prévention et le suivi des risques liés à leur engagement opérationnel.