Canal du Rhône à Sète : VNF et Neo-Eco lancent SEDI-CRS pour transformer les sédiments en ressources locales

Face à la saturation des capacités de stockage des sédiments issus du dragage du Canal du Rhône à Sète, Voies navigables de France et Neo-Eco portent un projet de recherche public-privé destiné à structurer de nouvelles filières de valorisation. Baptisé SEDI-CRS, ce programme soutenu par l’Union européenne via les fonds FEDER doit permettre d’expertiser, d’ici 2029, le potentiel de réutilisation de près de 600 000 m³ de sédiments dans des applications liées aux digues, aux berges ou encore aux infrastructures routières.

Derrière ce projet, c’est aussi l’avenir d’une infrastructure stratégique qui se joue. Le canal contribue au transport fluvial, au tourisme, à la protection contre les crues et au transfert d’eau douce vers la Camargue gardoise. (Photo Pixabay)

Derrière ce projet, c’est aussi l’avenir d’une infrastructure stratégique qui se joue. Le canal contribue au transport fluvial, au tourisme, à la protection contre les crues et au transfert d’eau douce vers la Camargue gardoise. (Photo Pixabay)

Le Canal du Rhône à Sète se trouve aujourd’hui au cœur d’un enjeu environnemental, économique et territorial majeur. Cette infrastructure fluviale, essentielle pour les territoires traversés, fait face à une accumulation progressive de sédiments. Le phénomène, naturel, est accentué par les effets des bouleversements climatiques, notamment l’intensification des épisodes pluvieux, l’érosion accrue et des dépôts plus fréquents dans les étangs et dans le canal.

Pour maintenir les conditions de navigation et préserver les fonctions du canal, Voies navigables de France mène chaque année des opérations de dragage en régie. Ces interventions permettent d’extraire jusqu’à 100 000 m³ de sédiments par an. Mais les casiers de stockage, d’une capacité totale de 800 000 m³, sont désormais saturés à 80 %. Cette situation impose de trouver de nouvelles solutions, alors que la poursuite des dragages reste indispensable à l’entretien de l’infrastructure.

L’enjeu dépasse la seule question technique. La saturation des capacités de stockage fait peser une menace sur les missions assurées par le canal. Celui-ci contribue au transport fluvial, avec 100 000 tonnes par an en lien avec le Port maritime de Sète et 17 millions d’euros de retombées économiques. Il participe également au tourisme fluvial, lui aussi associé à 17 millions d’euros de retombées économiques. Le canal joue enfin un rôle dans la protection des populations et des biens contre les crues du Rhône et du Vidourle, ainsi que dans le transfert d’eau douce depuis le Rhône vers la Camargue gardoise, un apport déterminant pour l’irrigation des terres agricoles et la lutte contre la salinisation qui touche l’agriculture et la biodiversité.

Transformer un déchet réglementé en ressource pour le territoire

Les sédiments extraits du Canal du Rhône à Sète sont peu chargés en polluants. Leur teneur en sel les classe toutefois parmi les sédiments « non dangereux » soumis à la réglementation des déchets, ce qui complique leur réutilisation. C’est précisément ce verrou que le projet SEDI-CRS entend lever, en travaillant sur des débouchés opérationnels, locaux et compatibles avec les besoins du territoire.

L’ambition est de passer d’une logique de stockage à une logique de valorisation. Pour cela, VNF a constitué fin 2025 un consortium avec la société d’ingénierie environnementale Neo-Eco, spécialisée dans la valorisation de matières issues du BTP, de l’industrie et des sédiments. Le programme bénéficie du soutien financier de l’Union européenne, via les fonds FEDER instruits par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, autorité de gestion.

Le projet représente un budget total de 1,541 million d’euros, dont 1,204 million d’euros de subvention FEDER. Il doit permettre d’étudier le potentiel de valorisation de 600 000 m³ de sédiments et d’expertiser sept filières possibles. Les premiers résultats sont attendus avant la fin de l’année 2026, alors que le projet est actuellement en phase de développement en laboratoire.

Cette démarche s’inscrit dans une dynamique d’économie circulaire. VNF avait déjà identifié plusieurs pistes, comme des tests en zone agricole, la mobilisation d’acteurs publics autour de la réutilisation de matériaux dans leurs projets, la création avec la Région Occitanie d’une digue de clôture au port de Sète dans le cadre du projet d’extension de la zone industrielle fluvio-maritime ZIFMAR 2, ou encore la réutilisation partielle in situ pour des travaux comme la réfection de berges. SEDI-CRS vient approfondir cette logique en associant recherche, expérimentation et construction de modèles économiques pérennes.

Des applications possibles pour les digues, les berges et les routes

Les travaux engagés dans le cadre de SEDI-CRS doivent permettre d’analyser les caractéristiques chimiques, agronomiques et mécaniques des sédiments. L’objectif est de confirmer les usages compatibles avec ces matériaux et de déterminer les conditions de leur mise en œuvre.

Les applications envisagées couvrent un large spectre de besoins territoriaux. Les sédiments pourraient être utilisés pour la constitution du noyau de digues et de berges, le recouvrement végétal, l’enrochement, la bordure extrudée, la couche de forme et d’assises, ou encore le béton compacté routier. Ces usages potentiels traduisent une volonté de rapprocher la recherche des besoins concrets des maîtres d’ouvrage, des industriels, des collectivités et des services de l’État.

Le projet vise également à limiter certains impacts environnementaux associés aux modes de gestion traditionnels des sédiments, notamment le clapage. En structurant des débouchés locaux, SEDI-CRS cherche à réduire les effets négatifs du traitement des sédiments tout en créant de nouvelles activités économiques et des emplois sur le territoire.

Quatre années pour passer du laboratoire au terrain

SEDI-CRS se déploie sur quatre ans, de 2025 à 2029, selon une progression en plusieurs étapes. La première phase, menée de juillet à décembre 2025, a permis de caractériser les gisements. Elle a consisté à identifier précisément les sédiments disponibles, leurs propriétés physiques et chimiques ainsi que leur potentiel de valorisation.

Depuis janvier 2026, le projet est entré dans sa deuxième phase, consacrée au développement en laboratoire. Cette étape, prévue jusqu’en septembre 2027, porte sur la formulation des éco-matériaux et des éco-produits, les tests de performance technique et la vérification de leur innocuité environnementale selon les protocoles de Neo-Eco.

La troisième phase, attendue entre septembre 2027 et mars 2029, sera consacrée à l’expérimentation terrain. Les solutions développées seront alors mises à l’épreuve en conditions réelles. La logistique de ces chantiers expérimentaux devra s’appuyer en priorité sur le transport fluvial, afin de réduire l’empreinte carbone des opérations et de favoriser le report modal. La mutualisation des espaces de traitement avec d’autres acteurs gestionnaires de sédiments sera également étudiée.

Une étude territoriale transversale accompagne l’ensemble du programme. Elle doit permettre d’analyser en continu les besoins du territoire et de s’assurer que les matériaux développés trouvent des débouchés locaux. Des enquêtes de terrain auprès des maîtres d’ouvrage, des industriels et des services de l’État ont déjà permis d’évaluer collectivement les besoins réels et les perspectives de mise en œuvre.

Un consortium entre expertise publique, ingénierie environnementale et animation territoriale

Le projet repose sur la complémentarité de plusieurs acteurs. Voies navigables de France en constitue le partenaire pivot. En tant que gestionnaire du canal, l’établissement public fournit l’accès aux gisements, partage ses contraintes opérationnelles et oriente les travaux vers des solutions directement adaptées aux besoins d’entretien de l’infrastructure. Les matériaux développés devront ainsi permettre à VNF de poursuivre les opérations de dragage indispensables au bon fonctionnement du canal.

Neo-Eco apporte son expertise en matière de valorisation de matières issues du BTP et des sédiments. Créée en 2008 et basée à Hallennes-lez-Haubourdin, dans le Nord, l’entreprise emploie près de 50 personnes réparties dans sept antennes françaises et deux antennes en Ukraine. Elle revendique 15 années de R&D, plus de 500 éco-matériaux développés, 35 partenariats de recherche industriels et universitaires, 17 thèses de recherche financées et 17 start-ups accompagnées dans le domaine de l’économie circulaire.

L’entreprise s’appuie notamment sur le retour d’expérience de la démarche SEDI-Matériaux menée dans les Hauts-de-France, dont les enseignements ont nourri la conception de SEDI-CRS. Cette antériorité doit permettre d’accélérer la structuration de solutions adaptées au contexte du Canal du Rhône à Sète.

Des laboratoires de formulation, comme l’IMT Mines d’Alès, apporteront leurs capacités techniques pour le développement et la validation des éco-matériaux. L’association professionnelle Éa éco-entreprises, qui fédère les entreprises de la transition écologique, interviendra pour l’animation territoriale et la diffusion des travaux auprès des écosystèmes économiques locaux.

Une démarche pensée pour des filières réplicables et pérennes

Au-delà de la recherche, SEDI-CRS se distingue par sa vocation industrielle et opérationnelle. Le projet ne vise pas seulement à tester des formulations en laboratoire, mais à atteindre une mise en œuvre réplicable, en structurant des filières de valorisation durables et en créant les modèles économiques capables de les soutenir.

Cette dimension territoriale est centrale. Les premiers échanges menés avec certaines collectivités ont permis d’identifier les besoins locaux et d’orienter le développement des écoproduits. Cette concertation doit se poursuivre tout au long du programme. Un groupe de travail réunissant des acteurs publics sera mis en place afin d’accompagner la dynamique territoriale, de favoriser les retours d’expérience et de soutenir la mise en œuvre des écoproduits.

Pour VNF, l’enjeu consiste à préserver la capacité d’entretien du Canal du Rhône à Sète tout en inscrivant la gestion des sédiments dans une trajectoire plus circulaire. Pour les territoires concernés, le projet ouvre la voie à une nouvelle approche de la ressource, où les matériaux issus du dragage pourraient être réemployés au service d’ouvrages hydrauliques, d’aménagements routiers ou de projets locaux.

Dans un contexte de pression accrue sur les infrastructures, les ressources naturelles et les finances publiques, SEDI-CRS montre une évolution de fond : considérer les sédiments non plus comme une contrainte à stocker, mais comme une matière à expertiser, transformer et réintroduire dans des usages utiles au territoire.

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