Emploi en Occitanie : France Travail accélère le rapprochement entre candidats et entreprises

Les embauches reculent de 3 % sur douze mois en Occitanie, mais les besoins des entreprises restent importants. Lors d’un échange avec la presse, le 7 septembre à Balma, Karine Meininger, directrice régionale de France Travail, a présenté ses priorités : renforcer l’accompagnement, développer les immersions professionnelles et aller davantage à la rencontre des employeurs.

Karine Meininger, directrice régionale de France Travail. (Photo Dorian Alinaghi)

Karine Meininger, directrice régionale de France Travail. (Photo Dorian Alinaghi)

Le marché de l’emploi occitan ralentit sans se figer. Selon les chiffres présentés par Karine Meininger, environ 800 000 embauches ont été déclarées sur douze mois à juillet 2026, soit une baisse de 3 %, contre 4 % au niveau national. Un recul que la directrice régionale de France Travail replace dans un contexte d’incertitudes et d’attentisme des entreprises, tout en insistant sur les recrutements qui se poursuivent.

« Les entreprises continuent à recruter », souligne-t-elle. L’aéronautique, la défense, le nucléaire, l’agroalimentaire ou encore les transports entretiennent des besoins auxquels l’opérateur souhaite mieux répondre.

Ces embauches ne constituent toutefois pas autant de créations de postes : elles comprennent aussi des remplacements et des recrutements temporaires. Dans un complément transmis après la conférence, France Travail précise que le solde net s’établit à 900 emplois supplémentaires au premier trimestre 2026. Ce résultat trimestriel et le volume annuel des embauches éclairent deux réalités distinctes du marché du travail.

Un accès à l’emploi en progression, mais des écarts entre les publics

France Travail met en avant une amélioration de ses indicateurs d’accès à l’emploi. Selon les données exposées pendant l’échange, 64 % des embauches évoquées ont bénéficié à des personnes inscrites auprès de l’opérateur. Le taux d’accès à l’emploi dans les six mois atteint 38,9 %, contre 37,7 % sur la période précédente.

Cette moyenne recouvre cependant des situations contrastées. Le taux présenté s’élève à 52,4 % chez les jeunes, à 41 % chez les 25-49 ans et à 28 % chez les 50 ans et plus. Des différences qui conduisent la direction régionale à adapter les accompagnements.

Pour les jeunes, Karine Meininger insiste sur l’orientation, la connaissance des métiers et la prévention du décrochage. Chez les seniors, l’enjeu porte davantage sur les conditions du retour à l’emploi, la formation et les possibilités de démontrer ses compétences en entreprise. « On n’est pas encore au bout du chemin », reconnaît-elle.

Des réponses adaptées aux bassins de vie

L’Occitanie présente également de fortes disparités territoriales. Les besoins d’une entreprise industrielle de l’Aveyron ou du Lot diffèrent de ceux d’un employeur du littoral, où la saisonnalité structure une partie de l’activité. Plus de 40 % des projets de recrutement régionaux sont saisonniers, rappelle la directrice régionale.

Dans les Pyrénées-Orientales, France Travail et ses partenaires cherchent notamment à prolonger les périodes d’activité en développant des compétences mobilisables en hiver comme en été. Des parcours de formation dans l’animation doivent permettre de travailler dans plusieurs environnements, des stations de montagne aux activités estivales.

Cette adaptation s’appuie sur les 37 comités locaux pour l’emploi d’Occitanie. Ils réunissent notamment les collectivités, les services de l’État, les acteurs économiques, les missions locales et Cap emploi pour construire des réponses communes.

« Le travail, ça dessine la vie de chacun », résume Karine Meininger. Le logement, la santé, la mobilité ou la garde d’enfants peuvent conditionner l’accès à un poste autant que les qualifications.

À Muret, elle cite ainsi une mobilisation autour d’environ 300 offres d’aides-soignants, notamment en Ehpad, face à un nombre insuffisant de candidats. Les partenaires ont travaillé sur l’attractivité des métiers, les immersions et la formation préalable à l’embauche. D’autres initiatives reposent sur des visites d’entreprises industrielles ou des solutions de transport adaptées aux horaires de travail.

Les immersions professionnelles augmentent de 28 %

L’immersion occupe une place centrale dans cette stratégie. Elle permet de découvrir un métier, de tester un environnement professionnel et d’engager une relation avec un employeur au-delà du CV.

Son utilisation progresse : le nombre d’immersions a augmenté de 28 % entre janvier et août 2026 par rapport à la même période de 2025, précise France Travail dans son complément à la conférence. Le nombre d’embauches issues de ces immersions n’a pas été communiqué.

L’opérateur mobilise également les préparations opérationnelles à l’emploi, destinées à compléter les compétences d’un candidat avant son recrutement, et la méthode de recrutement par simulation, fondée sur l’évaluation des habiletés.

Ces outils doivent élargir les possibilités de recrutement, notamment lorsqu’un candidat ne répond pas immédiatement à l’ensemble des critères recherchés. Pour les seniors, Karine Meininger cite Atout Senior, un parcours de huit mois associant quatre mois de formation et quatre mois de mise en pratique en entreprise.

Le suivi peut aussi se prolonger après l’embauche. Au Vigan, la directrice régionale évoque l’accompagnement d’un jeune présentant des troubles du spectre de l’autisme. Un travail sur ses besoins et son environnement professionnel, partagé avec l’employeur, aurait permis de stabiliser son parcours. L’exemple illustre une approche qui vise autant l’accès au poste que le maintien dans l’emploi.

560 conseillers dédiés aux entreprises

Le rapprochement avec les employeurs constitue l’autre priorité. En Occitanie, 560 conseillers France Travail Pro sont dédiés à la relation entreprise. La direction régionale fait état de 44 000 visites en entreprise sur une année et souhaite accroître cette présence.

Les TPE, les PME et les entreprises de taille intermédiaire sont particulièrement ciblées. Elles ne disposent pas toutes des équipes RH des grands groupes et ne connaissent pas nécessairement l’ensemble des services proposés.

« Testez-nous », invite Karine Meininger. France Travail entend intervenir dans l’identification des candidats, l’organisation des recrutements, les immersions et la formation au poste.

La direction régionale annonce près de 750 000 offres diffusées sur douze mois, dont 60 % d’emplois durables, définis pendant la conférence comme des CDI ou des CDD de plus de six mois. Elle avance également un taux d’offres pourvues de 92 % et un délai de recrutement de 23 jours.

Pour mieux connaître les besoins, l’organisation régionale s’appuie sur onze grandes filières, suivies par des responsables en relation avec les organisations professionnelles. L’énergie et les transports figurent parmi les secteurs évoqués, avec des besoins de recrutement chez Enedis et Tisséo.

Aller au-devant des candidats

Malgré ses 76 agences, France Travail souhaite multiplier les rencontres avec les personnes qui ne sollicitent pas spontanément ses services.

Au Rose Festival, des exercices de découverte des habiletés ont notamment permis de présenter des métiers industriels. Karine Meininger fait état de 1 000 participants le premier jour et de 2 500 le deuxième, tout en précisant qu’il est trop tôt pour établir un bilan des recrutements.

Des opérations sont également annoncées en octobre à Nîmes, dans un quartier prioritaire, et à Camarès, pour toucher les habitants et les entreprises des territoires ruraux.

Le sport constitue un autre point de rencontre. Selon la direction régionale, 32 clubs sportifs sont engagés aux côtés de France Travail en Occitanie. Les partenariats permettent notamment d’organiser des rencontres entre recruteurs et candidats et de diffuser gratuitement des offres d’emploi sur les écrans des stades.

L’action se déploie aussi dans les établissements de formation. Avec les missions locales, France Travail intervient dans les lycées professionnels à travers AvenirPro, pour préparer la transition vers l’emploi. Karine Meininger mentionne par ailleurs un partenariat récemment signé avec l’université Paul-Valéry, à Montpellier, autour de l’accompagnement des parcours et des transitions professionnelles.

La transition écologique comme terrain de recrutement

La transition écologique traverse plusieurs filières accompagnées par France Travail. La directrice régionale fait état de 560 opérations de job dating dédiées à ces métiers. L’économie circulaire, le solaire, l’éolien et les évolutions du bâtiment figurent parmi les activités concernées. « C’est assurément un axe prioritaire », affirme-t-elle.

Dans une construction fragilisée, les entreprises qui développent de nouvelles pratiques ou utilisent des matériaux durables peuvent proposer des débouchés. France Travail entend rendre ces possibilités plus visibles, en les reliant aussi à la recherche de sens exprimée par certains candidats.

Renforcer la relation dans un cadre budgétaire contraint

La stratégie repose enfin sur un accompagnement plus soutenu des personnes qui en ont besoin. Selon les chiffres présentés, environ 62 200 personnes ont bénéficié d’un accompagnement intensif sur douze mois. La fréquence des échanges avec le conseiller doit s’adapter à chaque situation.

« L’enjeu, c’est l’accompagnement. C’est la relation », insiste Karine Meininger.

Pour renforcer les équipes au contact des publics et des entreprises, France Travail mène une réorganisation interne. La région compte environ 5 500 collaborateurs, dont moins de 10 % occupent des fonctions support, selon la directrice régionale. Certains départs à la retraite conduisent à réexaminer les remplacements et à réorienter des ressources vers des postes opérationnels. Elle assure qu’aucun salarié n’est menacé sur son poste.

L’intelligence artificielle est envisagée comme un appui au travail des conseillers. Côté candidats, Pix emploi permet d’évaluer les compétences numériques et d’orienter vers des solutions adaptées. Des accompagnements portent aussi sur l’utilisation de l’IA pour préparer une candidature ou un entretien.

Pour France Travail, le défi des prochains mois sera donc de transformer une présence accrue sur le terrain en recrutements et en parcours plus stables. La hausse des immersions et le développement des relations avec les entreprises constituent des leviers ; leur traduction dans l’emploi durable restera déterminante.

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