En Haute-Garonne, Sébastien Vincini plaide pour une nouvelle décentralisation et affiche une sérénité retrouvée pour 2026

À l’occasion de ses vœux à la presse pour 2026, le président du Département de la Haute-Garonne, Sébastien Vincini, est revenu sur une année 2025 marquée par un plan d’économies d’ampleur et par une forte tension budgétaire. Dans un contexte national et international instable, l’élu socialiste affirme aborder l’année à venir avec davantage de sérénité, tout en appelant à une réforme profonde du modèle de financement des collectivités et à une nouvelle étape de la décentralisation.

Sébastien Vincini, président du Conseil départemental de la Haute-Garonne. (Photo Dorian Alinaghi)

Sébastien Vincini, président du Conseil départemental de la Haute-Garonne. (Photo Dorian Alinaghi)

« L’année 2025 a été un véritable tournant pour le Conseil départemental de la Haute-Garonne », a déclaré Sébastien Vincini devant les journalistes. La collectivité a dû affronter un choc financier lié à l’augmentation des dépenses obligatoires et à la baisse des recettes. Depuis 2022, les Départements ont, selon lui, dû assumer plus de 6 milliards d’euros de dépenses supplémentaires, dans le même temps que leurs ressources diminuaient.

« Les Départements ont été confrontés à un effet ciseau structurel : nos charges augmentent alors que nos recettes reculent », a-t-il résumé, évoquant une situation devenue critique pour une grande partie des collectivités départementales. « Aujourd’hui, 54 départements sont en situation budgétaire et financière très fragile », a-t-il averti.

Face à cette contrainte, la Haute-Garonne a engagé un vaste plan d’économies tout au long de l’année 2025. « Nous avons été obligés de revoir notre train de vie », a reconnu le président du Département, revendiquant des arbitrages difficiles mais assumés.

Des économies chiffrées et un maintien des politiques publiques

La collectivité a engagé une réduction marquée de ses dépenses de fonctionnement. Les charges courantes ont été abaissées de 16 %, représentant environ 20 millions d’euros d’économies, notamment sur les consommables, l’énergie et l’entretien. Les dépenses de communication ont, elles, diminué de 17 %, tandis que la consommation énergétique a reculé de 30 %.

« Je mets au défi une autre collectivité d’avoir fait autant », a lancé Sébastien Vincini, insistant sur le caractère concret de ces mesures. La politique d’effectifs a également été ajustée par le non-remplacement automatique des départs à la retraite, la limitation des mobilités internes et le non-renouvellement systématique des contrats. « Entre 2024 et 2025, ce sont 370 agents en moins, soit une baisse de 3,4 % de la masse salariale », a-t-il précisé.

Le président du Département assure toutefois que ces ajustements n’ont pas remis en cause la continuité du service public. « Aucun service public n’a fermé, aucune grande politique publique n’a été abandonnée », a-t-il affirmé. « Nous n’avons touché ni aux salaires ni aux primes des agents. »

Selon lui, la stratégie budgétaire porte aujourd’hui ses fruits. « Nous allons terminer l’exercice avec une épargne nette positive, alors que nous aurions dû être en déficit », a-t-il indiqué, soulignant que les subventions aux acteurs culturels et sportifs ne baisseront pas en 2026.

Réformer l’État et relancer la décentralisation

Au-delà du bilan financier, Sébastien Vincini a profité de ses vœux pour livrer un plaidoyer politique en faveur d’une réforme en profondeur de l’organisation territoriale. « Le modèle de financement des collectivités est obsolète. Nous allons droit dans le mur », a-t-il jugé.

L’élu socialiste appelle à une clarification des rôles entre l’État et les collectivités. « Je pense qu’il faut que l’État se recentre sur ses missions régaliennes : la police, la justice, les affaires étrangères », a-t-il déclaré. « Et qu’il laisse le reste aux collectivités locales. »

Il estime que les Départements doivent voir leurs compétences renforcées, notamment en matière de prévention, d’accès aux soins et d’éducation. « Il faut une nouvelle phase de décentralisation, avec des responsabilités accrues pour les collectivités, mais aussi des ressources financières supplémentaires », a-t-il insisté, évoquant un projet de réforme qui pourrait être présenté dans les prochaines semaines, sous réserve du contexte politique national.

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Lors de ses vœux à la presse, Sébastien Vincini, président du Département de la Haute-Garonne, est revenu sur une année 2025 marquée par un plan d’économies inédit, (Photo Dorian Alinaghi)

Une collectivité ancrée dans la proximité et le social

Sébastien Vincini a rappelé le rôle central des Départements dans les politiques sociales. « L’insertion, l’aide aux personnes âgées, l’aide aux personnes en situation de handicap et la protection de l’enfance sont au cœur de nos missions », a-t-il souligné. La Haute-Garonne revendique également une modernisation de ses services pour améliorer l’efficacité administrative.

« Nous avons réduit les délais de traitement des aides sociales, notamment pour les personnes âgées et les personnes handicapées », a-t-il indiqué, dénonçant par ailleurs la complexité croissante des procédures nationales. « Il est devenu effroyable qu’un dossier administratif prenne des mois alors que tout le monde utilise Internet pour des démarches simples dans la vie quotidienne », a-t-il regretté.

La lutte contre les violences faites aux femmes figure aussi parmi les priorités affichées. Le Département a mis en place des dispositifs de garde mobile pour permettre aux victimes d’effectuer leurs démarches sans exposer leurs enfants, et s’est engagé dans le développement de la Maison des femmes en partenariat avec le CHU de Toulouse. « Il s’agit de protéger les victimes et de ne pas faire porter le traumatisme aux enfants », a insisté l’élu.

Transition écologique et infrastructures : des chantiers structurants

Sur le plan environnemental, la Haute-Garonne poursuit sa feuille de route de bifurcation écologique, avec l’installation prévue d’un conseil scientifique en 2026. Le Département met en avant son rôle pionnier en matière de routes bas carbone. « Nous avons divisé par deux nos émissions de gaz à effet de serre sur les chantiers routiers », a assuré Sébastien Vincini, évoquant une généralisation de ces techniques innovantes.

En matière de mobilité douce, plusieurs kilomètres de Réseaux express vélo doivent être livrés, notamment entre Pins-Justaret, Pinsaguel, Portet, Roques et Muret. Le pont de fer de Lacroix-Falgarde, fermé depuis 2011, sera rouvert en passerelle piétons-cycles en septembre 2026. La déviation de Bessières doit être mise en service en octobre, tandis que la reconstruction du pont de Mirepoix sera lancée à l’automne.

Le président du Département a également annoncé l’ouverture partielle au public des Gorges de la Save à la fin du printemps ou au début de l’été, après des travaux de sécurisation engagés pour prévenir les risques d’éboulement.

Collèges, culture et patrimoine au cœur des investissements

Dans le domaine éducatif, le Département lancera les travaux de deux nouveaux collèges à Plaisance-du-Touch et Aucamville, chacun dimensionné pour 720 élèves. Des études de rénovation énergétique concerneront notamment les collèges Bellevue à Toulouse et Robert Roger à Rieumes, tandis qu’une nouvelle phase de restauration du collège Pierre-de-Fermat, classé monument historique, sera engagée sur la façade rue Gambetta.

La politique culturelle sera maintenue, avec le retour du festival 31 Notes d’été, après une interruption en 2025. La collectivité prévoit également l’extension du site de conservation de la Cinémathèque de Toulouse à Balma et la réhabilitation du siège des Archives départementales pour un montant de 25 millions d’euros. « C’est un chantier colossal, mais essentiel pour la mémoire du territoire », a souligné Sébastien Vincini.

Une sérénité revendiquée pour 2026

Au terme de son intervention, le président du Département a voulu afficher un cap clair pour l’année à venir. « J’aborde 2026 avec une plus grande sérénité que les années précédentes », a-t-il déclaré, tout en rappelant que le budget sera présenté au printemps dans un cadre qu’il promet « sincère et équilibré ».

« Nous avons traversé une année difficile, mais nous avons tenu le cap, modernisé nos services et maintenu nos politiques publiques », a-t-il conclu. « La Haute-Garonne reste une collectivité solide, capable d’agir pour ses habitants dans un contexte national et international incertain. »

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