En Occitanie, Enedis prévoit 9 milliards d’euros pour accompagner l’électrification

Davantage de véhicules électriques, de pompes à chaleur et de procédés industriels alimentés par l’électricité : l’Occitanie doit adapter son réseau à l’évolution des usages comme à celle de la production. Enedis prévoit 9 milliards d’euros d’investissements entre 2022 et 2040, dont 3,4 milliards pour renforcer, moderniser et rendre ses infrastructures plus résistantes aux aléas climatiques. La transformation mobilise aussi une filière qui devra pourvoir près de 1 000 emplois par an dans la région d’ici 2030.

De gauche à droite : Jean -Baptiste Henry, directeur territorial d'Enedis, Karine Ascarategui, directrice régionale d'Enedis Midi-Pyrénées Sud et Laurent Méric, directeur des affaires régionales Occitanie et de la transition écologique. (Photo Dorian Alinaghi)

De gauche à droite : Jean -Baptiste Henry, directeur territorial d'Enedis, Karine Ascarategui, directrice régionale d'Enedis Midi-Pyrénées Sud et Laurent Méric, directeur des affaires régionales Occitanie et de la transition écologique. (Photo Dorian Alinaghi)

L’électrification se joue aussi loin des prises et des bornes de recharge. Pour remplacer les énergies fossiles dans les transports, les bâtiments ou les usines, encore faut-il disposer d’un réseau capable d’acheminer la puissance nécessaire. En Occitanie, Enedis inscrit cette adaptation dans une trajectoire de 9 milliards d’euros d’investissements sur la période 2022-2040, soit environ 500 millions d’euros par an. Une enveloppe qui couvre à la fois l’accompagnement des nouveaux besoins et l’évolution des infrastructures existantes.

Le gestionnaire exploite 186 000 kilomètres de réseau dans la région et y employait 4 200 salariés à fin 2025. Son Projet industriel et humain 2030 doit répondre à une double transformation : la progression des usages électriques et l’arrivée d’une production renouvelable répartie sur un nombre croissant de sites. À ces évolutions s’ajoute la nécessité de maintenir l’alimentation face aux tempêtes, aux fortes chaleurs et aux inondations.

À l’échelle française, la trajectoire présentée par Enedis prévoit une part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie passant de 27 % à 34 % en 2030, puis à 38 % en 2035. La directrice régionale d'Enedis Midi-Pyrénées Sud, Karine Ascarategui, résume : « Électrifier, c’est sortir des énergies fossiles et lutter contre le changement climatique. » La démarche vise également à réduire la dépendance aux importations d’énergies fossiles et à renforcer la souveraineté énergétique.

Mobilité, chauffage, industrie : des besoins à anticiper localement

Les transports donnent une première mesure du changement attendu. À fin août 2026, l’Occitanie comptait 252 000 véhicules électriques et hybrides rechargeables, pour 266 000 points de recharge, dont 18 000 accessibles au public. À l’horizon 2030, Enedis retient une projection de 1,5 million de véhicules électriques et de 900 000 points de recharge dans la région.

L’adaptation du réseau concerne aussi les poids lourds, les bus et les bateaux. Pour les transporteurs comme pour les opérateurs, la transition nécessite d’anticiper les besoins de raccordement et de puissance. Dans les bâtiments, le développement des pompes à chaleur constitue un autre facteur d’évolution : le parc régional doit passer de 600 000 équipements en 2026 à 900 000 en 2030, soit une augmentation de 50 %.

L’industrie engage, elle aussi, la substitution de l’électricité aux énergies fossiles. Fours, pompes à chaleur industrielles, chaudières électriques et procédés de séchage font évoluer la demande des sites de production. En parallèle, de grands projets d’aménagement appellent un accompagnement sur plusieurs années, à l’image de Grand Matabiau et de la ligne C du métro à Toulouse, ou de l’électrification de Port-La Nouvelle, dans l’Aude.

Ces transformations ne se répartissent pas uniformément. La dynamique économique, les opérations d’aménagement et les installations de production propres à chaque territoire déterminent des besoins différents. Enedis entend ainsi intervenir comme un « aménageur électrique des territoires », aux côtés des collectivités, des services de l’État, des industriels et des aménageurs. L’enjeu consiste à anticiper les projets suffisamment tôt pour adapter les capacités du réseau à leur localisation et à leur calendrier.

Sept nouveaux postes sources pour accueillir production et consommation

Le développement des énergies renouvelables modifie également les conditions d’exploitation. À fin 2025, le réseau exploité par Enedis en Occitanie accueillait 225 000 producteurs d’énergies renouvelables. Sur la seule année 2025, la puissance renouvelable raccordée a été trois fois supérieure à celle raccordée en 2019. Les communes de moins de 2 000 habitants concentrent 53 % de cette production.

Cette géographie impose de faire évoluer des réseaux initialement dimensionnés pour une consommation locale limitée et qui doivent désormais accueillir d’importants volumes de production. Enedis travaille avec RTE dans le cadre du Schéma régional de raccordement au réseau des énergies renouvelables, le S3REnR, pour adapter les capacités d’accueil aux perspectives de développement.

Selon les situations, la réponse passe par l’utilisation des capacités disponibles, l’optimisation du réseau ou la création et le renforcement d’ouvrages. Sept nouveaux postes sources sont prévus d’ici 2030 en Occitanie, pour raccorder de nouvelles installations de production comme de consommation. Ces équipements assurent l’interface entre le réseau de transport et celui de distribution.

Pour les porteurs de projets, la visibilité sur les possibilités de raccordement devient un élément du choix d’implantation. La cartographie des capacités du réseau doit permettre d’intégrer ces paramètres dès les premières études. Enedis prévoit également d’établir dans la région des plans d’optimisation des réseaux régulièrement actualisés, comprenant les besoins de renforcement et de développement.

L’évolution des infrastructures s’accompagne d’actions de préservation de la biodiversité, menées notamment avec les LPO départementales et des associations de protection de l’environnement. Le gestionnaire inscrit ainsi le développement du réseau dans une démarche tenant compte des milieux traversés.

3,4 milliards d’euros pour renforcer la résistance du réseau

Plus les activités reposent sur l’électricité, plus les interruptions d’alimentation ont des conséquences. Sur les 9 milliards d’euros prévus entre 2022 et 2040, 3,4 milliards sont consacrés au renforcement, à la modernisation et à la résilience du réseau occitan. Enedis prévoit notamment de doubler, d’ici 2030, le nombre de kilomètres de lignes aériennes fiabilisées chaque année.

Renouveler les ouvrages, sécuriser les lignes et adapter les installations aux caractéristiques locales doit permettre de réduire leur vulnérabilité. Cette action de long terme complète l’organisation des interventions lorsqu’une tempête, une crue ou un autre événement climatique endommage les infrastructures.

Le dispositif de gestion de crise mis en place depuis 1999 s’appuie sur la Force d’intervention rapide électricité, la FIRE, susceptible de mobiliser jusqu’à 3 500 volontaires. Des équipes venues de territoires moins touchés renforcent les moyens locaux, avec une préparation humaine et matérielle engagée en amont lorsqu’un événement majeur est annoncé.

Pour la tempête Nils en Occitanie, Enedis fait état de 2 000 personnes mobilisées et de 90 % des clients réalimentés en moins de trois jours. L’entreprise compare ce délai aux quatre jours nécessaires pour atteindre ce même taux après Klaus, la tempête qui a frappé le Sud-Ouest en janvier 2009.

Près de 1 000 emplois à pourvoir chaque année dans la filière

La transformation du réseau représente aussi un marché pour les entreprises régionales. Enedis s’appuie sur 400 prestataires partenaires en Occitanie. Les travaux de construction, de modernisation et de maintenance mobilisent des entreprises industrielles, des sociétés de travaux et des prestataires locaux.

La disponibilité des compétences constitue un autre enjeu du programme. Près de 1 000 emplois devront être pourvus chaque année d’ici 2030 en Occitanie dans les métiers techniques et industriels de la filière des réseaux électriques, dont environ 300 au sein d’Enedis. Ces besoins concernent aussi bien les monteurs de réseaux et les techniciens d’exploitation que les chefs de chantier et les ingénieurs en génie électrique.

Pour préparer ces recrutements et transmettre les savoir-faire, l’École des Réseaux pour la transition énergétique, créée en 2023, rapproche les établissements de formation, Enedis et les entreprises du secteur. En Occitanie, elle compte 14 lycées partenaires et 355 élèves formés. L’objectif est d’adapter les parcours pédagogiques aux compétences nécessaires pour concevoir, construire, exploiter et entretenir les infrastructures.

Un service public distinct des fournisseurs d’électricité

À l’échelle nationale, Enedis emploie 41 000 personnes, dessert 38,8 millions de clients et développe, exploite et modernise 1,4 million de kilomètres de lignes basse et moyenne tension. L’entreprise intervient pour le compte des collectivités locales, propriétaires des réseaux, et demeure indépendante des fournisseurs chargés de vendre l’électricité et de gérer les contrats de fourniture.

Ses missions comprennent les raccordements, le dépannage 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, le comptage de la production et de la consommation, les interventions techniques et la gestion des données associées au réseau. Devenue entreprise à mission en juin 2023, elle s’est donné pour raison d’être : « Agir pour un service public de la distribution d’électricité innovant, performant et solidaire. Raccorder la société au défi collectif d’un monde durable. »

Cette responsabilité recouvre la contribution à la neutralité carbone à l’horizon 2050, la sobriété énergétique et numérique, l’adaptation au climat, la biodiversité, la réduction des déchets et l’économie circulaire. Dans les territoires, elle associe soutien à l’économie locale, dialogue avec les acteurs, utilisation des données pour maîtriser l’énergie et lutte contre les fractures sociales. Elle comprend aussi la santé et la sécurité au travail, la qualité de vie professionnelle, l’engagement sociétal des salariés, l’éthique, l’inclusion, la mixité et la diversité.

Pour l’Occitanie, la traduction industrielle de ces engagements se mesurera à la capacité de raccorder les nouveaux projets, de maintenir la qualité de fourniture et de disposer des compétences nécessaires. L’adaptation du réseau devient ainsi une condition de la décarbonation des entreprises et du développement des territoires.

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