En Occitanie, Everenn veut grandir en faisant durer les ouvrages

Du chantier du métro toulousain aux barrages pyrénéens, les équipes de SITES, au sein du groupe Everenn, surveillent les infrastructures et accompagnent leur entretien. Avec une vingtaine de collaborateurs dans la région, le groupe ambitionne de porter cet effectif à 40–60 personnes. Une croissance nourrie par les besoins de maintenance, l’évolution des conditions climatiques et le suivi numérique des ouvrages.

Le groupe Everenn intervient régulièrement sur le suivi, l'instrumentation acoustique/vibratoire et le monitoring structurel de grands ouvrages d'art, à l'image de la passerelle Robert-Poujade à Toulouse. (Photo Everenn)

Le groupe Everenn intervient régulièrement sur le suivi, l'instrumentation acoustique/vibratoire et le monitoring structurel de grands ouvrages d'art, à l'image de la passerelle Robert-Poujade à Toulouse. (Photo Everenn)

Sous terre, le tunnelier avance. En surface, des bâtiments, des maisons et leurs occupants voisinent avec le chantier. Pour les équipes de SITES, la construction de la troisième ligne de métro de Toulouse se joue aussi dans cette proximité : inspecter les constructions susceptibles d’être affectées, installer des instruments de mesure, suivre leur comportement. Une activité discrète, mais qui a contribué à donner une nouvelle dimension à l’implantation locale du groupe Everenn.

Le directeur d’agence de SITES Occitanie, Jérôme Sabatie et le dirigeant du Groupe, Thibault Gouache, entendent désormais poursuivre cette progression. L’équipe régionale compte une petite vingtaine de personnes. L’ambition est de parvenir à 40 à 60 collaborateurs en Occitanie, sans calendrier arrêté dans l’entretien. Techniciens, ingénieurs en génie civil, spécialistes de l’instrumentation, de la mesure et de la topographie sont recherchés. Des postes sont ouverts et l’entreprise accueille également des alternants.

L’hydroélectricité, premier point d’ancrage régional

Cette présence s’est construite à partir d’un besoin de proximité. Fondée en 1984, SITES a d’abord développé ses compétences autour du génie civil des installations nucléaires. Dans le Sud-Ouest, l’hydroélectricité a constitué un premier moteur d’activité. Des équipes venues de la région lyonnaise ou d’Aix-en-Provence se déplaçaient pour ausculter et surveiller barrages, galeries et conduites forcées.

L’ouverture d’une agence locale, il y a plus de cinq ans selon Thibault Gouache, a permis de réduire ces déplacements et d’installer durablement les compétences sur le territoire. Les équipes interviennent principalement dans le quart Sud-Ouest, tandis que le groupe couvre la France et conduit aussi des missions à l’international.

La Société hydro-électrique du Midi (SHEM) occupe une place particulière dans cette histoire. Présentée par le dirigeant comme un client historique majeur de l’agence, elle lui confie des missions de suivi d’ouvrages hydroélectriques. Mesures topographiques, instrumentation, surveillance et ingénierie concourent à observer leur comportement dans le temps.

Le chantier du métro toulousain a ensuite accompagné le changement d’échelle de l’équipe, particulièrement au cours des deux à trois dernières années. Parallèlement, les missions d’inspection et de surveillance se sont diversifiées sur les infrastructures de transport et les ouvrages hydrauliques de la région.

Du métro aux passerelles, des références de proximité

À Toulouse, SITES a participé à l’instrumentation de la passerelle Poujade, en y installant des capteurs destinés à renseigner le maître d’ouvrage sur le comportement de la structure. À Albi, les équipes ont réalisé l’inspection détaillée initiale de la passerelle piétonne accrochée à un pont ferroviaire. L’intérêt technique tient notamment à la rencontre entre une construction métallique contemporaine et un ouvrage ancien en maçonnerie.

Ces références illustrent la diversité des matériaux et des situations auxquels les inspecteurs sont confrontés. Le métro mobilise, lui, plusieurs métiers à la fois : inspection des bâtiments voisins, instrumentation, suivi des mesures, topographie et études d’ingénierie. Les interventions décrites par Jérôme Sabatie vont jusqu’aux maisons individuelles, inspectées avant et après le passage du tunnelier.

D’autre part, le Sud Ouest occupe aussi une importance particulière pour le Groupe et notamment son entité Vibratec qui travaille notamment dans l’aéronautique.

Derrière ces missions, Everenn réunit deux grands ensembles complémentaires. Vibratec travaille sur les vibrations et l’acoustique, depuis la conception jusqu’à l’exploitation d’équipements industriels, d’avions ou de véhicules. SITES intervient davantage sur les structures : ponts, tunnels, barrages, centrales nucléaires et autres ouvrages en béton, en métal ou en maçonnerie. Le groupe français se présente comme indépendant et majoritairement détenu par ses fondateurs et ses salariés.

Réparer, adapter les usages, éclairer la décision

Faire durer un ouvrage commence par comprendre son état. Pour Thibault Gouache, l’indépendance de l’expertise implique d’aborder chaque mission sans conclusion préétablie sur les travaux à engager. Les équipes étudient le terrain, recherchent l’historique de la construction et établissent un diagnostic avant de présenter les solutions possibles.

La décision demeure celle du maître d’ouvrage ou de l’exploitant. Elle dépend de ses moyens financiers, du rôle de l’infrastructure dans la circulation ou l’activité économique, et de sa condition réelle. Un pont peut ainsi être rénové, mais aussi rester en service avec des restrictions de charge ou une adaptation de ses usages.

D’après le dirigeant, la prolongation de la durée de vie constitue l’issue la plus fréquente des missions, moyennant des interventions ou de nouvelles conditions d’utilisation. La démolition suivie d’une reconstruction intervient beaucoup plus rarement. L’enjeu de la surveillance est précisément d’éviter d’atteindre un état de dégradation qui réduirait les possibilités d’action.

Cette nécessité d’entretenir soutient l’activité, même lorsque les donneurs d’ordre se montrent plus prudents. Thibault Gouache observe des hésitations et des décalages de projets dans le contexte économique et électoral. Sur le terrain régional, où les marchés publics occupent une place importante, les besoins de réparation continuent néanmoins d’alimenter les missions : maintenir une circulation, préserver un accès, assurer la sécurité des usagers.

Le climat impose de regarder autrement les structures

Deux évolutions retiennent particulièrement l’attention des équipes : les températures extrêmes et les variations de l’état des sols. Le dirigeant prend l’exemple des joints de chaussée, ces dispositifs que les automobilistes franchissent à l’entrée ou à la sortie de certains ouvrages. Leur capacité à absorber les mouvements liés à la dilatation des matériaux devient un point de vigilance accru lorsque les températures augmentent.

Sous les infrastructures, les conditions d’appui peuvent également évoluer. Les alternances entre sécheresse et humidité modifient le comportement de certains sols. « Ce que les ouvrages n’aiment pas, c’est les grandes variations », explique Thibault Gouache.

Pour des constructions en place depuis des décennies, ces changements invitent à réexaminer des situations longtemps considérées comme stables. Le groupe plaide ainsi auprès des gestionnaires, notamment des communes, pour adapter la fréquence des inspections et renforcer la surveillance lorsque les conditions le nécessitent.

Un historique numérique, un diagnostic humain

La connaissance d’un ouvrage se construit aussi d’une inspection à l’autre. Avec Cornis, intégrée à SITES et spécialisée dans l’imagerie et l’intelligence artificielle, le groupe développe la numérisation des structures pour en suivre plus précisément les évolutions.

Thibault Gouache emploie l’image du « carnet de santé ». Une photographie isolée renseigne sur un état à un instant donné. Un ensemble d’observations organisé dans le temps permet de mieux comprendre le vieillissement et de préparer les inspections suivantes. Avant de se rendre sur place, les équipes reprennent d’ailleurs les rapports antérieurs et, lorsqu’il est disponible, le dossier de construction.

L’intelligence artificielle est mobilisée pour accélérer certaines tâches répétitives : effectuer un premier tri d’images, parcourir une documentation ou faciliter la préparation des rapports. L’objectif annoncé est de réserver davantage de temps au diagnostic. « Ce sont des experts bien humains qui signent nos rapports », souligne le dirigeant.

Grandir en Occitanie et au-delà des frontières

À l’échelle du groupe, Thibault Gouache fait état d’environ 650 collaborateurs et d’une part de chiffre d’affaires réalisée à l’export proche de 15 %. Le développement européen, l’élargissement des expertises et les recrutements constituent ses trois priorités. Il souhaite dépasser 1 000 collaborateurs d’ici quelques années.

« Notre première métrique de réussite, c’est le nombre de collègues », résume-t-il. En Occitanie, cette ambition passe par la consolidation de l’agence et le recrutement de compétences techniques. Elle s’accompagne d’une attention à la féminisation des métiers : selon le dirigeant, la plupart des postes locaux de chefs de groupe et de responsables d’affaires sont occupés par des femmes. Le groupe souhaite progresser vers la parité, dans des filières de formation encore majoritairement masculines.

L’objectif régional de 40 à 60 personnes traduit cette volonté de disposer de davantage de compétences sur place. Pour Everenn, la croissance se joue autant dans le suivi des grands chantiers que dans l’entretien d’un patrimoine déjà en service : celui des barrages, des ponts et des ouvrages dont le territoire dépend chaque jour.

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