Malgré une activité moins dynamique qu’espéré en 2025, l’économie de la Haute-Garonne reste en territoire positif. Portée par l’industrie, les services et surtout par la filière aéronautique, elle conserve une capacité de résistance, tandis que le commerce et le BTP-immobilier continuent d’évoluer dans un environnement plus tendu. Pour 2026, les chefs d’entreprise interrogés dessinent un scénario de reprise plus franche, même si cette projection doit désormais être lue avec prudence : l’enquête a été menée avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient et avant ses effets potentiels sur l’énergie, la logistique et les marchés.
De gauche à droite : Nadège Fantin, chargée d'études - service études et aménagement du territoire, Marie-Anne Hugo-Magnan, responsables études et aménagement du territoire, Didier Katzenmayer, président de l'UIMM Occitanie et Christine Bardinet, directrice régional de la Banque de France. (Photo Dorian Alinaghi)
Présentée conjointement par la CCI Toulouse Haute-Garonne et la Banque de France Occitanie, la 24e enquête annuelle de conjoncture dresse le portrait d’une économie départementale qui a continué de croître en 2025, mais à un rythme inférieur aux anticipations formulées un an plus tôt. Au global, le chiffre d’affaires des entreprises progresse de +1,2 % sur un an, tandis que l’emploi salarié augmente encore de +0,8 %. La dynamique existe donc toujours, mais elle s’essouffle pour la troisième année consécutive après les fortes hausses de la sortie de crise sanitaire.
Cette décélération s’explique par un climat général demeuré instable, marqué par des incertitudes douanières, géopolitiques, budgétaires, fiscales et économiques, en France comme à l’international. Dans ce contexte, les grandes entreprises résistent mieux que les plus petites structures. L’étude souligne ainsi que les entreprises de plus de 50 salariés ont mieux traversé l’année, avec une hausse d’activité de +1,8 %, là où les TPE et certaines PME ont davantage subi le ralentissement.
La photographie de 2025 reste toutefois contrastée selon les secteurs. L’industrie et les services demeurent les deux piliers de l’économie haut-garonnaise, avec une hausse de chiffre d’affaires de +1,9 % chacun. À l’inverse, le commerce recule légèrement à -0,1 %, et le BTP-immobilier affiche une baisse plus nette de -1,6 %, confirmant l’existence de fragilités sur une partie du tissu économique local.
L’aéronautique continue d’entraîner le territoire
S’il est un enseignement majeur de cette enquête, c’est le rôle moteur de la filière aéronautique dans la trajectoire économique du département. En 2025, elle enregistre une progression de +4,0 % de son activité et de +3,0 % de ses effectifs. Les entreprises industrielles de la filière ont particulièrement tiré cette croissance, avec une hausse d’activité de +4,2 %, tandis que les services liés à l’aéronautique progressent plus modestement.
La filière apparaît également plus solide que la moyenne départementale sur les indicateurs financiers. 47 % des dirigeants interrogés y signalent une rentabilité en hausse, 71 % jugent leur situation financière saine et 49 % estiment leurs conditions de trésorerie satisfaisantes. Au moment où de nombreuses branches restent prudentes, l’aéronautique conserve donc un rôle de locomotive, tant en matière d’investissement que d’emploi.
Pour 2026, les perspectives y sont particulièrement favorables. Les chefs d’entreprise tablent sur une croissance de +8,2 % du chiffre d’affaires et de +4,5 % des effectifs, avec une montée en puissance des recrutements dans l’industrie comme dans les services. Si ce scénario se concrétise, la filière pourrait retrouver d’ici fin 2026 ses niveaux d’activité et d’emploi de 2019.
Services solides, commerce prudent, BTP encore sous tension
Dans les services, l’année 2025 s’achève sur une progression modérée, portée surtout par les services aux entreprises et le conseil-assistance, tandis que les hôtels-cafés-restaurants et les services aux particuliers restent plus exposés à la baisse de la demande et à l’érosion des marges. Pour 2026, les dirigeants du secteur anticipent une accélération de l’activité à +4,1 %, mais avec des embauches encore contenues à +1,6 %.
Le commerce, lui, reste dans une zone grise. Après deux années atones, l’activité recule légèrement en 2025, dans un contexte de consommation peu dynamique, de concurrence renforcée et de rentabilités dégradées. Certaines branches résistent mieux, comme le commerce de détail alimentaire ou les grandes surfaces, mais d’autres, notamment le commerce-réparation automobile et le commerce de détail en équipement de la personne, demeurent fragilisées. Les prévisions 2026 annoncent un léger mieux, avec +2,5 % d’activité et +0,7 % d’emplois, sans véritable euphorie.
Le constat est plus sévère dans le BTP-immobilier. Le secteur signe une deuxième année consécutive de recul, avec -1,6 % d’activité et -0,8 % sur l’emploi en 2025. Le bâtiment souffre, les travaux publics restent pénalisés par la contraction des budgets des collectivités, et l’immobilier ne montre qu’une embellie limitée. Pour 2026, les projections s’améliorent légèrement, à +1,2 % sur l’activité, mais les intentions d’embauche restent faibles. La reprise, dans cette filière, s’annonce donc graduelle et encore conditionnée à de nombreux facteurs.
Des entreprises plus prudentes que résignées
Au-delà des chiffres, l’enquête met aussi en lumière l’état d’esprit des dirigeants. 28 % des entreprises signalent une trésorerie affaiblie, mais 65 % disent encore disposer d’une situation financière saine. Avant le nouveau choc géopolitique intervenu au Moyen-Orient, 48 % des dirigeants se disaient confiants dans l’avenir de leur entreprise et 31 % dans celui de leur secteur.
Lors de la présentation, plusieurs interventions ont insisté sur la nécessité de lire cette conjoncture avec mesure. Le climat général demeure chargé depuis 2022, entre crise énergétique, inflation, remaniements politiques et conflits internationaux. Mais les responsables auditionnés ont aussi mis en avant une forme de résilience du tissu économique, fondée sur la capacité des entreprises à garder un cap, à préserver les compétences et à chercher de la stabilité dans un environnement mouvant. Les échanges ont également souligné l’importance du dialogue social, du besoin d’être épaulé, et du rôle joué par la visibilité économique et institutionnelle pour soutenir la confiance des entrepreneurs.
Dans le même temps, la présentation a fait émerger une lecture plus territoriale de cette résistance. La stabilité politique et métropolitaine autour de Toulouse a été évoquée comme un facteur de lisibilité pour l’écosystème local, notamment au regard des investissements et des horizons de décision. Cette idée a été formulée prudemment, sans verser dans le commentaire politique, mais comme un élément susceptible de rassurer une partie du tissu économique.
Des perspectives 2026 à lire avec prudence, sans renoncer à la confiance
L’un des points de vigilance majeurs de cette publication tient au calendrier même de l’enquête. Les données ont en effet été recueillies du 15 décembre 2025 au 4 février 2026, auprès de 1 967 chefs d’entreprise, soit avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient et avant que ses répercussions éventuelles sur les cours de l’énergie, les chaînes logistiques et les marchés financiers ne puissent être pleinement mesurées. Les prévisions pour 2026 doivent donc être lues avec discernement : elles traduisent un état d’esprit, une perception économique et un niveau de confiance à un instant donné, dans un environnement qui s’est depuis tendu.
Pour autant, les échanges tenus lors de la présentation n’ont pas versé dans le catastrophisme. Au contraire, plusieurs prises de parole ont insisté sur la nécessité de conserver une lecture lucide mais constructive de la conjoncture. Dans un contexte chargé de contraintes, la confiance des entreprises ne repose pas sur le déni des difficultés, mais sur la capacité à garder un cap, à bénéficier d’un cadre lisible et à s’appuyer sur des repères stables pour continuer à investir, recruter et préparer l’avenir. La stabilité de l’environnement local, la qualité du dialogue social, la solidarité entre acteurs économiques et le besoin d’être épaulé ont ainsi été évoqués comme autant de leviers de résistance pour le tissu entrepreneurial.
C’est dans cet équilibre entre vigilance et détermination que s’inscrit la lecture de cette enquête. La Haute-Garonne aborde 2026 avec des fragilités persistantes dans certains secteurs, mais aussi avec des points d’appui solides, au premier rang desquels l’industrie, les services et surtout la filière aéronautique. Le message final, au fond, est celui d’une économie qui ralentit sans rompre, et qui continue d’avancer à condition de conjuguer prudence, résilience et confiance mesurée.