Le groupe toulousain Shippingbo poursuit son développement avec l’acquisition de Baback, éditeur strasbourgeois spécialisé dans les retours e-commerce. Fondée en 2022 et développée sans levée de fonds, la jeune entreprise accompagne plus de 260 marques. Cette opération constitue la première acquisition de Shippingbo depuis l’entrée de Main Capital Partners à son capital, en octobre 2025.
Le spécialiste de la logistique e-commerce acquiert Baback, une start-up strasbourgeoise qui accompagne plus de 260 marques, dont Polène, Balzac Paris et Eden-Park. (Photo Shippingbo)
Une commande livrée ne marque pas toujours la fin du parcours logistique. Lorsque le produit repart chez le marchand, il faut organiser son transport, suivre sa réception et déclencher un remboursement, un échange ou un avoir. C’est sur cette partie du commerce en ligne que Shippingbo renforce son offre en acquérant Baback, selon une annonce du 17 septembre 2026.
Pour le groupe basé à Toulouse, le rapprochement doit permettre de mieux relier la gestion des commandes, les opérations d’entrepôt et le transport au traitement des retours. Il s’inscrit dans une stratégie de croissance européenne, menée avec l’appui de Main Capital Partners.
Une croissance autofinancée auprès des marques de mode
Créée à Strasbourg en 2022, Baback est née du constat de deux entrepreneurs : les retours restent une source de frustration pour les consommateurs et mobilisent du temps comme des ressources chez les marchands.
Ses fondateurs viennent de parcours différents. Raphaël Touati, directeur général de 32 ans, a exercé comme avocat au barreau de Paris. Benoît Tallandier, directeur technique de 31 ans, est ingénieur diplômé de Télécom Nancy. Ensemble, ils ont conçu une plateforme qui automatise le traitement des retours, depuis la demande du client jusqu’au remboursement, en coordonnant également le transport.
« Quand nous avons fondé Baback, notre conviction de départ était simple : les retours ne devraient plus être un cauchemar, ni pour les clients, ni pour les marchands », expliquent les deux cofondateurs.
Proposée en mode SaaS et en marque blanche, la solution permet aux enseignes de gérer ce parcours sous leur propre identité. Elle couvre l’organisation des retours, les échanges, les avoirs, la coordination avec les transporteurs et le suivi des expéditions.
Baback compte aujourd’hui plus de 260 marques clientes, principalement dans la mode et le prêt-à-porter, dont Polène, Soeur, Balzac Paris et Eden-Park. Le nombre de retours traités est passé de 72 000 en 2023 à plus de 1,3 million attendus en 2026, soit une multiplication par environ 18 en trois ans si cette prévision se confirme. Les fondateurs ont financé cette croissance sur les ressources de l’entreprise, sans levée de fonds.
Relier le service client à l’entrepôt
Les deux entreprises disposent déjà de clients communs, qui utilisent quotidiennement une connexion entre leurs plateformes. L’acquisition doit approfondir cette articulation en rapprochant davantage les informations détenues par le service client de celles qui remontent des entrepôts.
Baback intervient sur le parcours de retour côté consommateur. La possibilité de proposer un échange ou un avoir, en remplacement d’un remboursement, vise notamment à préserver le chiffre d’affaires des marques et leur relation avec les acheteurs. Shippingbo apporte, de son côté, ses outils de gestion des commandes (OMS), de gestion des entrepôts (WMS) et de gestion du transport (TMS), ainsi que ses fonctions de réassort.
Le rapprochement doit limiter les écarts entre les données et les transmissions manuelles d’une équipe à l’autre. L’objectif est de permettre aux marchands de suivre plus précisément une commande, y compris lorsqu’un article leur est retourné.
« Avec Shippingbo, nous allons plus loin en récupérant directement l’information depuis l’entrepôt, et offrons enfin une vision complète du parcours, de la commande au retour », déclarent Raphaël Touati et Benoît Tallandier. Les entrepreneurs indiquent avoir initialement voulu offrir aux marques de mode une expérience après achat comparable à celle d’Amazon, tout en diminuant fortement le coût de traitement des retours.
Pour Baback, cette nouvelle étape doit aussi permettre un élargissement progressif au-delà de la mode et des accessoires, ainsi qu’une implantation sur de nouveaux marchés géographiques.
Du retour à la remise en vente
Shippingbo entend couvrir les opérations du commerce en ligne sur l’ensemble des canaux de vente : sites des marques, places de marché, ventes flash, commerce sur les réseaux sociaux et magasins physiques.
Romain Parent, cofondateur de Shippingbo, inscrit l’intégration de Baback dans cette ambition, avec une attention portée à la rentabilité des marchands et à la satisfaction des consommateurs. « Elle permet à la fois la prévention des retours et une gestion avancée de ces derniers, tout en fluidifiant le réassort et la revente, en neuf comme en seconde main », affirme-t-il.
La solution toulousaine peut être déployée sous la forme d’une suite intégrée ou de modules autonomes. Elle dispose de plus de 200 intégrations prêtes à l’emploi, destinées à la connecter aux places de marché, aux systèmes de gestion de contenu des sites marchands et aux transporteurs. Elle permet également de gérer plusieurs entrepôts, de coordonner les flux logistiques et de suivre les commandes en temps réel.
Shippingbo s’adresse aux e-commerçants, aux logisticiens, aux distributeurs, aux places de marché et aux fabricants. Parmi les marques et distributeurs cités figurent Venum, Gong-Galaxy, Mercy Handy, Pimpant, Teddy Smith, Cocorico, Arthur, Litier-Français, Le Monde du Bain, Tradition des Vosges, Weber Industries, Nuoo, Ziggy, GrungeMama, Grace & Mila, Esprit Padel, Compagnie des Animaux, Petrossian, Willy Anti Gaspi, Lucien Georgelin, Café Royal, Semin, Du Bruit Dans La Cuisine, Mauboussin, Cebag, du groupe Teract, et One Direct, du groupe Incept. L’entreprise accompagne aussi les logisticiens Deret, Stef, DHL, Seko et Crosslog.
Une première acquisition avec Main Capital Partners
L’opération est la première acquisition de Shippingbo depuis l’arrivée de Main Capital Partners à son capital en octobre 2025. Elle donne une première traduction à la stratégie de développement par acquisitions du groupe toulousain.
Pour Jonas Kruip, directeur d’investissement chez Main et président du conseil de surveillance de Shippingbo, l’enjeu est de constituer un groupe européen de logiciels capable de couvrir toute la chaîne logistique du e-commerce, de la commande à la livraison, puis au retour éventuel du produit.
Le rapprochement doit également enrichir les informations disponibles sur chacune de ces étapes. « Cela crée une boucle de données et d’intelligence précieuse sur l’ensemble du parcours, qui pourra être exploitée pour continuer d’améliorer l’offre globale et ouvrir de nouvelles opportunités, notamment grâce à l’IA », explique Jonas Kruip. Le communiqué ne détaille toutefois pas d’application concrète de l’intelligence artificielle à ce stade.
Spécialisé dans le secteur du logiciel, Main Capital Partners représente environ 12 milliards d’euros d’actifs sous gestion et revendique plus de 20 ans d’expérience. Ses fonds sont actifs au Benelux, dans la zone DACH — Allemagne, Autriche et Suisse —, en France, dans les pays nordiques, au Royaume-Uni et en Amérique du Nord.
L’investisseur emploie environ 105 collaborateurs, répartis entre La Haye, Anvers, Düsseldorf, Paris, Stockholm et Londres, ainsi qu’un bureau affilié à Boston. Son portefeuille actif rassemble plus de 55 entreprises logicielles, employant au total environ 15 000 personnes. À travers le Main Social Institute, il finance également des bourses et des aides destinées aux étudiants en informatique dans les universités techniques et de sciences appliquées.
Avec Baback, Shippingbo ajoute ainsi à son offre un outil spécialisé dans l’après-achat. Le développement européen et l’ouverture à d’autres secteurs doivent désormais prolonger une collaboration technique déjà utilisée par leurs clients communs.