Le 19 mars 2026, La Cité à Toulouse accueille la 21e édition d’Occitanie Invest, rendez-vous désormais bien installé dans le paysage du financement de l’innovation régionale. Piloté par l’agence AD’OCC avec le soutien de la région Occitanie et de 10 partenaires financiers, le dispositif ne se limite pas à une journée de rencontres : il s’appuie sur un accompagnement de six semaines destiné à préparer des start-up et PME en croissance à convaincre investisseurs, fonds et business angels. Depuis 2020, les entreprises accompagnées ont levé plus de 334 millions d’euros, ce qui donne à cette édition 2026 un relief particulier, dans une période où les besoins de financement s’intensifient pour soutenir les transitions industrielle, numérique et écologique.
Pendant une journée, 23 entreprises sélectionnées ont présenté leurs projets devant investisseurs et fonds, après 6 semaines de préparation intensive. Objectif : convaincre, structurer, et surtout accélérer. (Photo Occitanie Invest)
Au fil des éditions, Occitanie Invest s’est imposé comme un outil structurant pour l’écosystème économique régional. L’événement, organisé cette année à La Cité de Toulouse, rassemble des entreprises innovantes en phase d’accélération et des acteurs du capital capables d’accompagner leur développement. Pour cette 21e édition, 23 entreprises ont été retenues au terme du processus de sélection et ont bénéficié d’un accompagnement personnalisé de six semaines, avec coaching spécialisé en levée de fonds et préparation aux échanges avec les investisseurs. Le 19 mars, chacune dispose de six minutes pour présenter son projet le matin, avant une série de rendez-vous d’affaires individuels organisés l’après-midi selon un planning préétabli de trente minutes par entretien.
Dans son éditorial, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée et présidente de l’agence AD’OCC, replace l’événement dans un contexte plus large, marqué par les tensions géopolitiques, les crises climatiques et l’accélération des transformations technologiques. « Aujourd’hui, il nous revient d’inventer un nouveau modèle de développement, capable d’assurer notre souveraineté économique, énergétique, sanitaire et alimentaire tout en préservant notre planète », souligne-t-elle.
Pour l’élue régionale, l’enjeu est clair : face à des mutations de grande ampleur, il faut permettre aux entreprises régionales d’accéder aux capitaux nécessaires pour innover, se transformer et grandir. Elle rappelle aussi que l’an passé, 70 fonds étaient présents à Occitanie Invest, signe d’une attractivité qui dépasse désormais le seul périmètre régional.
Des dossiers nombreux, une sélection resserrée
L’édition 2026 témoigne d’un intérêt soutenu des entreprises pour ce dispositif. Les candidatures pouvaient être déposées jusqu’au 11 décembre 2025. Au total, 148 candidatures éligibles ont été enregistrées, dont 103 dossiers complets. La sélection a ensuite été opérée par un jury régional représentant 38 structures de l’écosystème de l’innovation en Occitanie. Ce jury réunissait des investisseurs, des structures d’accompagnement publiques et privées, des chambres consulaires, des pôles de compétitivité, des clusters spécialisés ainsi que des entrepreneurs, dont d’anciens lauréats de l’événement. La procédure s’est déroulée en deux temps, avec une présélection sur dossier puis un grand oral pour les entreprises retenues à l’écrit.
La géographie des candidatures dit aussi quelque chose du dynamisme régional. La Haute-Garonne concentre 44 dossiers, devant l’Hérault avec 35. Suivent les Pyrénées-Orientales avec 5, le Gard et le Lot avec 4 chacun, puis l’Ariège, l’Aveyron, le Gers, les Hautes-Pyrénées et le Tarn. Sur le plan sectoriel, le numérique arrive en tête avec 27 candidatures, devant la santé et le bien-être (20) et les projets à impact (13). L’aéronautique et le spatial représentent 10 dossiers, devant l’énergie (8), la mobilité, l’agritech et la mécatronique (7 chacun). Cette diversité sectorielle confirme la volonté d’Occitanie Invest d’embrasser l’ensemble des grands gisements de croissance régionaux.
Occitanie Invest ne se résume pas à une succession de rendez-vous entre porteurs de projets et investisseurs. Le programme agit comme un sas de préparation à la levée de fonds. Les entreprises sélectionnées doivent répondre à des critères précis : être implantées en Occitanie, proposer une offre différenciante, afficher de fortes perspectives de croissance, disposer d’une situation financière saine et rechercher des investisseurs dans le cadre d’une stratégie ambitieuse de développement. En moyenne, chaque entreprise réalise 14 rendez-vous, ce qui donne à l’événement une forte intensité et une dimension très concrète. Ce positionnement explique aussi les résultats affichés depuis 2020. Les entreprises accompagnées ont levé 334 millions d'euros, dont 207 millions d'euros dans les deux ans suivant leur participation et 127 millions d'euros au-delà de deux ans. Ces chiffres traduisent la vocation de l’événement : sécuriser le passage d’une innovation prometteuse vers une trajectoire de croissance financée, plus robuste et plus visible.
Des entreprises qui racontent les nouvelles priorités économiques de l’Occitanie
La sélection 2026 donne à voir les grands sujets qui travaillent aujourd’hui l’économie régionale. Dans l’eau, ACQUA.ecologie, installée à Mèze, développe des solutions de gestion et de réutilisation à grande échelle pour des sites à forts enjeux environnementaux. Forte de plusieurs distinctions récentes, l’entreprise veut lever 10 millions d'euros, investir 5 millions d'euros dans l’industrialisation locale de ses solutions et créer 50 emplois. Son président, Romain Salza, résume l’ambition : « Nous devons créer un démonstrateur de nos solutions, qui sera le tout premier en Europe à présenter le cycle complet de l’eau ».
Dans la biotech, la toulousaine Aviwell mise sur l’intelligence artificielle pour transformer l’alimentation animale et améliorer la santé des élevages. Après une levée de 11 millions d'euros en série A en novembre 2025, l’entreprise envisage déjà un nouveau tour de table d’environ 10 millions d'euros d’ici fin 2026 ou début 2027 pour accélérer son déploiement commercial et international. Son dirigeant, Mouli Ramani, revendique une approche de rupture : « Nous utilisons l’IA pour trouver plus vite, avec moins d’argent, des solutions plus efficaces que celles du marché ».
Dans la santé, plusieurs dossiers illustrent la densité de l’écosystème montpelliérain et gardois. BeatHealth, à Montpellier, prépare le déploiement de BeatMove, une application destinée à traiter les symptômes moteurs liés à la maladie de Parkinson, avec un besoin de financement d’environ 1,2 millions d'euros. NxNeuro, à Nîmes, développe une solution chirurgicale mini-invasive pour les patients souffrant d’épilepsie pharmacorésistante et vise cette fois une levée de 4 millions d'euros après un premier tour de 1,5 millions d'euros en 2024. OcciCal Therapeutics, autre biotech montpelliéraine, ambitionne de mettre au point le premier traitement préventif d’une pathologie respiratoire touchant des millions de patients ventilés dans le monde et cherche à lever 3 millions d'euros pour conduire son essai clinique de phase 1.
Le champ de la transition écologique et énergétique est lui aussi fortement représenté. Enerloop, basée à Tarbes, veut déployer à plus grande échelle sa technologie de pilotage en temps réel de la production et de la distribution d’électricité solaire dans l’habitat social, avec une levée ciblée de 2 millions d'euros. Grims Energies, à Mauguio, mise sur une batterie thermique décarbonée pour valoriser la chaleur et vise également 2 millions d'euros afin d’industrialiser ses gammes. Quant à QANNT, à Béziers, elle associe capteurs, vision industrielle et IA pour protéger la faune volante autour des parcs éoliens et souhaite lever 1,2 millions d'euros pour accélérer sa R&D et son déploiement international.
L’industrie et l’aéronautique ne sont pas en reste. Kepplair Evolution, à Toulouse, porte un projet à forte portée stratégique avec la conversion d’un ATR 72 en bombardier d’eau multi-rôle. L’entreprise, déjà soutenue par des financements privés et publics, lance une série A de 20 millions d'euros pour mener le programme jusqu’à la certification, avec un objectif affiché de 166 millions d'euros de chiffre d’affaires annuel dès 2030. Mecano ID, autre entreprise toulousaine, veut quant à elle construire un site de production de 8 000 m² à Saint-Sulpice-sur-Tarn pour répondre aux besoins du New Space, et ambitionne une levée de 5 millions d'euros.
Au-delà des entreprises mises en lumière dans le corps de l’article, la sélection Occitanie Invest 2026 révèle une mosaïque d’initiatives qui témoignent du dynamisme et de la diversité du tissu économique régional. Des solutions numériques aux innovations industrielles, en passant par les mobilités, la deeptech ou encore les technologies à impact, l’ensemble des projets retenus compose un panorama particulièrement représentatif des grandes transformations à l’œuvre. Parmi ces acteurs figurent notamment Aerix systems, positionnée sur les technologies avancées, Agri Ethics, engagée dans l’évolution des pratiques agricoles, ou encore Bleu reflet, qui développe des solutions innovantes dans le champ du numérique. Cirkulus, Dolius, Eiffel Power et EX9 incarnent quant à elles cette nouvelle génération d’entreprises technologiques capables de croiser innovation et usages industriels. Le secteur de la mobilité et de l’énergie est également représenté avec H2GREM, HYD’OC ou encore SEALOCKER, tandis que des projets comme Innoside, Neocean ou Synergia explorent de nouveaux modèles à la croisée de l’ingénierie, de la mer et de la performance énergétique. À leurs côtés, Pilion, Pollen Metrology et Sensing Vision montrent la montée en puissance de la deeptech en région, avec des technologies de pointe dans la mesure, la vision et l’analyse des données. D’autres entreprises viennent compléter cette sélection, à l’image de Spinoff, Stimshop, Wattalps ou encore Weefy, chacune portant une proposition de valeur différenciante, qu’il s’agisse de solutions digitales, d’outils industriels ou de nouvelles approches énergétiques. Ensemble, ces entreprises traduisent une ambition commune : accélérer leur développement et s’inscrire durablement dans les grandes transitions économiques, environnementales et technologiques.
À Toulouse, une vitrine de la montée en puissance régionale
L’édition 2026 d’Occitanie Invest confirme ainsi une tendance de fond : l’Occitanie ne se contente plus de faire émerger des projets innovants, elle cherche désormais à leur donner les moyens de changer d’échelle. En réunissant à Toulouse des entreprises positionnées sur l’eau, la santé, l’énergie, le spatial, la mobilité ou encore l’industrie, l’événement met en scène une région qui tente de consolider ses filières stratégiques tout en diversifiant ses moteurs de croissance. La logique poursuivie est celle d’une souveraineté économique concrète, nourrie par des tours de table, des outils d’accompagnement et une mise en réseau resserrée entre innovation, industrie et finance.
À l’heure où l’accès au capital reste l’un des principaux points de bascule pour les jeunes pousses comme pour les PME innovantes, Occitanie Invest entend rappeler qu’en matière de développement économique, la rapidité d’exécution compte autant que la qualité des projets. Et qu’entre idée, industrialisation et marché, le financement demeure souvent la pièce décisive.