À Pujaudran, dans le Gers, l’entreprise industrielle eXcent a accueilli le 16 mars une rencontre organisée par le Club ETI Occitanie et KPMG Sud-Ouest, consacrée à la contribution des entreprises de taille intermédiaire au développement économique des territoires. Autour d’une table ronde animée par Fabrice Lundy, chroniqueur économique sur Radio Classique, dirigeants et experts ont rappelé combien ces entreprises, souvent discrètes mais structurantes, participent activement à la vitalité économique, sociale et industrielle des régions.
De gauche à droite : Fabrice Lundy, journaliste, Catherine Mallet, présidente du Club ETI Occitanie et co-dirigeante du groupe Actia et Pierre Subreville, directeur régional Sud-Ouest de KPMG. (Photo Dorian Alinaghi)
C’est dans les ateliers de l’entreprise eXcent, implantée à Pujaudran, que s’est tenue cette rencontre réunissant une trentaine de dirigeantes et dirigeants d’ETI et de PME de croissance. L’événement, organisé par le Club ETI Occitanie et KPMG Sud-Ouest, visait à éclairer la place particulière occupée par ces entreprises dans l’économie française et régionale.
La table ronde, animée par le journaliste Fabrice Lundy, s’inscrivait dans un contexte marqué par le retour des débats sur la réindustrialisation, le Made in France et la contribution des entreprises au dynamisme territorial, à l’heure où les collectivités et les acteurs économiques s’interrogent sur l’avenir de leurs bassins d’activité.
En ouverture de la matinée, Philippe Chaumès, président-fondateur d’eXcent, a accueilli les participants sur ce site industriel gersois qui illustre le rôle structurant que peuvent jouer certaines entreprises dans leur territoire.
« Nous sommes très fiers de pouvoir accueillir cette rencontre ici et de présenter notre entreprise et notre savoir-faire », a-t-il déclaré, rappelant l’importance des sites industriels régionaux dans le tissu économique local.
Les ETI, un pilier souvent méconnu de l’économie française
La rencontre s’appuyait notamment sur l’étude « Territoires : la contribution des ETI », réalisée par KPMG et le METI. Celle-ci rappelle que les entreprises de taille intermédiaire constituent un levier majeur du développement territorial.
En France, on dénombre environ 6 800 ETI, qui génèrent plus de 1 200 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 4 millions d’emplois. Leur ancrage local constitue une caractéristique essentielle de leur modèle économique.
Contrairement à certaines grandes entreprises dont les centres de décision peuvent être éloignés des territoires où elles opèrent, les ETI prennent le plus souvent leurs décisions au cœur même de leur bassin d’implantation, ce qui renforce leur responsabilité vis-à-vis de l’emploi, de l’investissement et du développement local.
« Les ETI sont, rapportées à leur taille, la catégorie d’entreprises la plus contributrice dans leur territoire d’origine », rappelle l’étude, notamment en matière d’emplois, de fiscalité locale et d’innovation.
Un ancrage territorial qui dépasse l’économie
Présidente du Club ETI Occitanie et co-dirigeante du groupe Actia, Catherine Mallet a souligné que ces entreprises jouent un rôle qui dépasse largement leur seule activité économique.
Selon elle, les ETI participent activement à la structuration de leur environnement local. « Rapportées à leur taille, les ETI sont parmi les entreprises qui contribuent le plus à la vitalité de leur territoire », explique-t-elle.
Au-delà de l’emploi et de la fiscalité, leur engagement se manifeste également dans des domaines plus larges, comme la mobilité, l’insertion professionnelle ou encore la formation des talents locaux. Ce rôle est particulièrement visible dans des territoires ruraux ou périurbains, où les ETI agissent souvent comme de véritables moteurs économiques et sociaux.
Un écosystème local nourri par les ETI
Autre enseignement majeur de l’étude présentée lors de cette rencontre : les ETI structurent des écosystèmes économiques locaux. Leur activité s’appuie sur un réseau dense de PME, d’artisans et de sous-traitants, contribuant ainsi à dynamiser toute une chaîne de valeur territoriale.
Dans ce modèle, la proximité géographique constitue un avantage stratégique. Comme l’a souligné l’un des intervenants, travailler avec des partenaires situés à quelques kilomètres permet d’être plus agile, plus réactif et plus performant, tout en renforçant l’économie locale.
L’investissement et l’innovation au cœur du modèle
Les ETI se distinguent également par leur capacité d’investissement. Selon les témoignages recueillis dans l’étude, les dirigeants interrogés évoquent des investissements annuels compris entre 3 et 40 millions d’euros, consacrés à la modernisation des outils industriels, à la digitalisation des sites ou à la recherche et développement.
Ces efforts profitent directement aux territoires : ils génèrent de l’emploi qualifié, favorisent les partenariats avec les universités, les laboratoires de recherche et les centres de formation locaux, et participent à la montée en compétence de tout un écosystème industriel. Loin d’être contradictoire avec l’internationalisation, cet ancrage territorial constitue souvent le socle d’une stratégie globale.
« Plus une ETI est solide sur son territoire d’origine, plus elle est capable de se projeter à l’international », résume l’étude.
Trois trajectoires emblématiques en Occitanie
Une table ronde a donné la parole à trois dirigeants représentant des secteurs très différents.
Mathieu Boudot, membre du COMEX d’eXcent, a présenté les activités de cette entreprise spécialisée dans l’intégration de solutions industrielles et l’ingénierie de production. Le groupe accompagne des projets industriels majeurs dans des secteurs comme l’aéronautique, le ferroviaire, le spatial ou la défense.
De son côté, Jérémie Vidal, président d’Ecocert, a évoqué le rôle de cette entreprise pionnière de la certification biologique, aujourd’hui présente dans plus de 130 pays et chargée de certifier chaque année plus de 150 référentiels différents.
Enfin, Célia Ehmann, membre du comité de direction de Nataïs, premier producteur européen de maïs popcorn, a témoigné de l’histoire familiale de cette entreprise née au cœur du Gers et devenue un acteur majeur du secteur agroalimentaire.
Trois parcours différents, mais un point commun : un ancrage territorial fort et une ambition internationale affirmée.
Les ETI, un enjeu stratégique pour les territoires
Au fil des échanges, un constat s’est imposé : les ETI occupent une position singulière dans l’économie française. À la fois industrielles, exportatrices et profondément enracinées dans leur territoire, elles constituent un levier essentiel pour accompagner les grandes transitions économiques et industrielles.
Dans un contexte marqué par les défis de la réindustrialisation, de la transition écologique et de la compétitivité internationale, leur contribution apparaît plus que jamais stratégique.
Comme le souligne l’étude présentée lors de la rencontre, les ETI sont capables d’« articuler ambition industrielle et ancrage territorial », en investissant durablement dans les territoires qui les ont vues naître. Un modèle qui, à Pujaudran comme ailleurs en Occitanie, démontre que la puissance économique d’un territoire repose aussi sur ces champions discrets qui façonnent son avenir.