Malgré un environnement national et international instable, les entreprises d’Occitanie ont démontré en 2025 une capacité d’adaptation notable. Selon l’enquête annuelle menée par la Banque de France auprès de 2 542 entreprises représentant 52 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 186 272 salariés, l’économie régionale affiche une dynamique supérieure à la moyenne nationale. Portée par l’industrie – et en premier lieu par l’aéronautique – l’activité devrait encore s’intensifier en 2026, même si l’emploi progresserait à un rythme mesuré.
Christine Bardinet, directrice régional de la Banque de France Occitanie et Vincent Foussal, Responsable du service des études économiques. (Photo Banque de France)
En 2025, la croissance du PIB français s’établit à 0,9 %, dans un contexte marqué par les incertitudes politiques internes et les tensions géopolitiques internationales. Les projections macroéconomiques présentées par la Banque de France confirment un léger raffermissement attendu en 2026, avec une amélioration progressive du climat économique.
Dans ce cadre, l’Occitanie se distingue. L’activité régionale dans l’industrie et les services marchands est restée positive en 2025, alors que le BTP a connu un repli modéré. Pour 2026, la région afficherait une accélération plus nette encore que la moyenne nationale.
Industrie : +1,5 % en 2025, une projection à +6,2 % en 2026
L’industrie enregistre en 2025 la progression sectorielle la plus marquée avec une hausse du chiffre d’affaires de +1,5 %. Cette performance repose essentiellement sur la filière aéronautique au sens large, dont l’activité progresse de +5,3 %, mais également sur l’agroalimentaire, en croissance de +1,9 %.
Cette montée en cadence s’est accompagnée de recrutements : les effectifs industriels progressent de +1,7 % en 2025. Toutefois, la dynamique de l’emploi reste inférieure à celle de l’activité, traduisant des gains de productivité.
Les perspectives 2026 marquent un changement d’échelle. L’expansion industrielle atteindrait +6,2 %, positionnant l’Occitanie au premier rang national. L’aéronautique continuerait d’agir comme moteur, mais la reprise concernerait l’ensemble des secteurs industriels. L’emploi progresserait plus modérément, à +1,3 %, dans un contexte de moindre recours à l’intérim.
Les données détaillées de l’enquête montrent d’ailleurs que l’aéronautique recourt davantage que les autres secteurs à l’emploi intérimaire pour accompagner sa montée en cadence, confirmant une stratégie d’ajustement flexible des effectifs.
Services marchands : croissance modérée en 2025, accélération attendue en 2026
Les services marchands ont connu en 2025 une progression plus mesurée. Aucun secteur n’enregistre de recul de chiffre d’affaires, mais les hausses restent contenues. Le transport réalise la meilleure performance avec +1,7 %.
Les effectifs augmentent, notamment dans les activités informatiques et l’ingénierie, traduisant la montée en puissance des métiers à forte valeur ajoutée. Pour 2026, l’activité des services progresserait de +3,4 %, portée par l’ensemble des branches marchandes. L’emploi suivrait avec une hausse attendue de +2,6 %, malgré une contraction marquée de l’intérim estimée à –5,5 %. chiCette évolution illustre une transformation qualitative du marché du travail, davantage orientée vers des emplois durables et spécialisés.
BTP : une année 2025 en retrait, une reprise prudente en 2026
Le secteur du BTP demeure le maillon fragile de l’économie régionale. En 2025, la production recule de –0,4 %, principalement en raison du net repli du Gros Œuvre (–5,2 %). La progression du Second Œuvre (+2 %) ne suffit pas à compenser cette contraction. Les Travaux Publics affichent un léger recul de –0,2 %.
En 2026, un redressement modéré est anticipé. Le Gros Œuvre progresserait de +1,7 %, tandis que les Travaux Publics seraient affectés par le cycle électoral. La croissance globale du secteur est estimée à +0,5 %. Les effectifs resteraient globalement stables sur les deux exercices, à +0,3 %, malgré un fort repli de l’intérim.
Les tensions de trésorerie observées en 2025 renforcent la vigilance sur les délais de paiement, particulièrement dégradés dans le BTP.
Créations, défaillances et financement : des signaux contrastés
L’année 2025 se caractérise par 94 627 créations d’entreprises en Occitanie, en hausse de +3 %, tandis que 6 139 défaillances sont recensées, en progression de +4,2 %. Le nombre de défaillances tend toutefois à se stabiliser en fin d’année.
Le financement de l’économie régionale reste assuré. L’encours de crédits aux entreprises continue de progresser modérément en 2025. En novembre, la répartition s’établit à 83 % pour l’investissement, 10 % pour les crédits mobilisables et 7 % pour le court terme. Par ailleurs, la production de crédits à l’habitat montre un redressement en 2025, signal d’une reprise progressive sur le marché immobilier régional.
Les dirigeants interrogés anticipent pour 2026 une amélioration de la profitabilité de leur entreprise. En revanche, la reprise de l’investissement corporel demeure limitée. Ce décalage traduit un contexte encore marqué par l’incertitude budgétaire et fiscale, malgré l’amélioration des perspectives d’activité.
Une région portée par l’aéronautique mais en quête d’équilibres
L’enquête annuelle de la Banque de France met en lumière une économie régionale solide, structurée autour d’un moteur industriel puissant, mais confrontée à des dynamiques sectorielles différenciées. Si l’Occitanie aborde 2026 avec des perspectives de croissance marquées, notamment à travers une projection industrielle de +6,2 %, l’impact sur l’emploi restera mesuré et l’investissement encore prudent.
Dans un contexte national de réduction du déficit public proche de 5 % du PIB en 2026, la capacité des entreprises régionales à consolider leur rentabilité tout en relançant durablement l’investissement constituera l’un des enjeux structurants de l’année à venir.