Avec un trafic stabilisé à 7,6 millions de passagers en 2025, l’aéroport de Toulouse-Blagnac aborde 2026 avec une feuille de route ambitieuse. Renforcement de l’offre internationale, arrivée de Corsair vers l’océan Indien, retour offensif sur l’axe Paris-Orly, développement des services digitaux, investissements industriels, accélération de la décarbonation et ancrage territorial renforcé : la plateforme veut conjuguer compétitivité, expérience client et transition environnementale.
Entre montée en puissance des compagnies, transformation de l’expérience passager et repositionnement économique, les enjeux dépassent largement le transport aérien. (Photo Wikicommons)
Aéroport Toulouse-Blagnac ouvre l’année 2026 avec une conviction : malgré un environnement plus contraint pour le transport aérien, le territoire toulousain conserve un fort potentiel de développement dès lors qu’une offre lisible, attractive et adaptée à la demande est proposée. En 2025, la plateforme a enregistré 7,6 millions de passagers, soit une baisse de 2,8 % par rapport à l’année précédente. Ce recul s’inscrit dans un contexte de recomposition des compagnies aériennes présentes à Toulouse et de fiscalité alourdie, particulièrement pénalisante pour les liaisons court et moyen-courrier. Pourtant, la saison estivale et la fin d’année ont permis de dépasser les projections initiales.
Le bilan fait ressortir plusieurs signaux structurants. L’international représente 60 % du trafic, confirmant le rôle de moteur joué par les destinations hors de France. En parallèle, l’axe parisien a retrouvé de la vigueur, avec une progression de 1,8 % du trafic vers Paris par rapport à 2024, ce qui souligne l’importance de cette liaison pour l’économie régionale. Côté fret, l’aéroport a traité 32 429 tonnes, en hausse de 1,7 %. La plateforme a également accueilli 26 compagnies aériennes, dont 50 % de low-cost. Les trois compagnies les plus présentes sont Ryanair avec 24 % du trafic, Air France avec 23 %, puis easyJet avec 16 %. Les destinations les plus fréquentées restent Paris-Orly, Paris-CDG et Amsterdam.
Pour Philippe Crébassa, président du directoire d’Aéroport Toulouse-Blagnac, l’année écoulée a surtout confirmé une idée simple : « quand l’offre de connectivité est proposée avec une politique tarifaire attractive », elle rencontre une demande réelle. C’est dans cet esprit que la plateforme engage désormais son nouveau plan stratégique Pulse 2030, pensé pour articuler performance économique, excellence de service et responsabilité sociétale.
Un programme 2026 plus dense, plus international et davantage tourné vers les grands flux
Pour 2026, Toulouse-Blagnac affiche une offre élargie avec 27 compagnies aériennes, 81 destinations, dont 17 en France et 64 à l’international. Sur la saison estivale, l’aéroport annonce une progression de 1,7 % du nombre de sièges, avec une baisse de 3,4 % en national mais une hausse de 5,2 % à l’international. Cette orientation confirme une stratégie de diversification davantage tournée vers les flux européens et long-courriers.
L’un des faits marquants de l’année est l’arrivée de Corsair, qui ouvre une triple desserte inédite vers La Réunion, Mayotte et l’Île Maurice. La liaison vers Saint-Denis de La Réunion doit débuter le 15 juin 2026, à raison de deux vols par semaine, les lundis et mercredis, opérés en Airbus A330neo. Le programme publié par l’aéroport confirme également la desserte de Dzaoudzi via La Réunion du 15 juin au 22 septembre 2026, ainsi qu’une desserte de Port-Louis via La Réunion à partir du 30 septembre 2026. Pour la plateforme toulousaine, cette ouverture répond à une attente locale forte tout en renforçant la connectivité de l’Occitanie avec l’océan Indien.
Autre dossier stratégique, le retour offensif sur Paris-Orly. Transavia reprend la navette à compter du 29 mars 2026, avec une fréquence pouvant aller jusqu’à 8 vols par jour. La compagnie entend séduire aussi bien les voyageurs fréquents que les passagers professionnels, en misant sur une offre de services enrichie : modification de vol le jour même sous conditions, choix du siège, dépose bagages dédiée, accès coupe-file et accès salon selon le tarif retenu. Dans le même temps, easyJet renforce sa présence avec jusqu’à 6 vols par jour vers Paris-Orly certains jours, tandis qu’Air France maintient 12 fréquences quotidiennes vers Paris-CDG et 4 vols par jour vers Lyon.
Ryanair, Volotea, easyJet, Air Canada : les compagnies consolident la connectivité toulousaine
Le paysage aérien toulousain reste dominé par Ryanair, qui confirme sa place de première compagnie de l’aéroport avec un réseau de 34 destinations. La compagnie continue de structurer une partie importante de l’offre loisirs et city-breaks, de Bruxelles-Charleroi à Lisbonne, en passant par Rome, Marrakech, Tanger, Dublin, Édimbourg ou encore Manchester. Cette présence massive illustre le poids des compagnies à bas coûts dans le modèle économique de la plateforme.
De son côté, easyJet, malgré la fermeture de sa base en 2025, relance une dynamique commerciale significative en 2026. La compagnie dessert notamment Marrakech avec 3 vols par semaine, Londres-Gatwick avec 2 vols hebdomadaires, et renforce sa desserte de Paris-Orly. Elle totalise 11 destinations directes au départ de Toulouse, parmi lesquelles Palma, Lyon, Mulhouse-Bâle, Nantes, Nice, Milan-Malpensa, Bristol ou Genève.
La progression la plus spectaculaire est sans doute celle de Volotea. Douze ans après son arrivée à Toulouse, la compagnie annonce 710 000 sièges, soit une hausse de 33 % par rapport à la saison précédente. Elle ajoute trois nouvelles destinations pour l’hiver 2026 : Pise, Fuerteventura et Grande Canarie, portant à 23 le nombre de destinations accessibles depuis la Ville rose avec ce transporteur. Cette montée en puissance confirme la place de Toulouse comme base de développement pour les liaisons entre métropoles régionales et destinations européennes de loisirs.
Sur le segment transatlantique, Air Canada poursuit la consolidation de la ligne directe vers Montréal, inaugurée en 2023, avec jusqu’à 5 vols par semaine. La compagnie prévoit en outre l’arrivée de l’Airbus A321XLR sur cette ligne à partir de juin, afin de renforcer la liaison avec un appareil présenté comme plus performant et plus sobre. Air Transat complète ce dispositif avec jusqu’à 4 vols directs par semaine selon les périodes. Au-delà du tourisme, cette desserte est pensée comme un levier pour les échanges économiques et universitaires entre Toulouse et l’Amérique du Nord.
L’offre 2026 s’enrichit également avec des liaisons qui élargissent la carte européenne de Toulouse : Prague avec Smartwings, Oslo et Copenhague avec Norwegian, ou encore la continuité des connexions vers les grands hubs internationaux. Toulouse-Blagnac revendique ainsi une connexion directe avec 14 grands hubs mondiaux, parmi lesquels Paris-CDG, Amsterdam, Istanbul, Munich, Madrid, Londres-Heathrow, Casablanca, Lisbonne, Bruxelles, Dublin, Athènes ou Copenhague. Pour les entreprises du territoire, cette profondeur de réseau reste un argument central en matière d’attractivité.
Une expérience passager de plus en plus digitale et segmentée
Au-delà du transport aérien, Toulouse-Blagnac poursuit la transformation de son offre de services. L’aéroport met en avant, pour la quatrième année consécutive, sa place de numéro 1 des aéroports français en matière de qualité de service selon le classement ASQ 2025 de l’ACI Monde, tout en se hissant à la 4e place d’un panel européen jugé particulièrement compétitif. La plateforme attribue cette performance à la fluidité du parcours et à la qualité de l’accueil.
Cette logique de fluidification s’appuie désormais sur l’Hyperviseur APOC (Airport Operations Control Center), présenté comme le nouveau centre névralgique opérationnel de la plateforme. En centralisant en temps réel les données liées aux vols, aux flux passagers, aux bagages ou aux équipements, cet outil vise à améliorer la coordination entre les acteurs de l’aéroport et, à terme, la ponctualité ainsi que la qualité du parcours client.
La transformation passe aussi par une montée en gamme commerciale. L’aéroport propose désormais en ligne des services comme le coupe-file Premium, l’accès au salon La Croix du Sud ou encore des offres de stationnement. Un abonnement annuel coupe-file est lancé à 159,90 euros, tandis qu’un abonnement annuel au salon est proposé à 389,90 euros pour les passagers non affiliés aux programmes de fidélité des compagnies. Le salon a d’ailleurs enregistré une hausse de fréquentation de 10 % en 2025, signe d’un intérêt croissant pour les espaces de confort et de travail. Toulouse-Blagnac développe également des offres packagées associant vols, hôtels, séjours et location de voiture, avec l’ambition de devenir un point d’entrée unique dans la préparation du voyage.
Pharmacie, autocars, Poney Club : l’aéroport veut devenir un lieu de vie
La stratégie 2026 ne se limite pas aux pistes et aux terminaux. L’aéroport poursuit la transformation de son aérogare en lieu de vie et en espace d’expériences. Dès avril 2026, une pharmacie doit ouvrir côté ville, au niveau des départs. Ouverte 7 jours sur 7, de 7 h à 21 h, elle proposera médicaments avec ou sans ordonnance, services de parapharmacie, téléconsultation, vaccination et Tests Rapides d’Orientation Diagnostique. L’équipement vise autant les voyageurs que les salariés de la zone aéroportuaire.
Toulouse-Blagnac renforce aussi sa fonction de plateforme de mobilité terrestre. En 2025, son réseau de 12 lignes d’autocars opérées par FlixBus, BlaBlaCar et AndBus a transporté plus de 28 000 passagers. Les liaisons régionales vers Bordeaux et Agen ont enregistré des progressions respectives de 58,1 % et 65,9 %. La plateforme entend ainsi consolider son rôle de hub routier régional au service du Grand Sud-Ouest.
Sur un registre plus événementiel, l’aéroport reconduit le Poney Club pour une quatrième saison. Installée sur le parking P3, la guinguette électro a accueilli 115 000 spectateurs l’an dernier. Elle revient du 3 juin au 30 août avec une programmation qui mêle Carl Cox, Feder, Jean-Michel Jarre, Amélie Lens, Moby et Cerrone. Avec cette proposition culturelle, Toulouse-Blagnac prolonge sa stratégie de différenciation en misant sur une image plus lifestyle et plus ancrée dans la vie locale.
Infrastructures, fret et foncier : l’aéroport muscle aussi son rôle économique
La feuille de route 2026 s’appuie également sur plusieurs projets à dimension industrielle. Un nouveau hangar porté par AEROTEC & CONCEPT doit être livré fin 2026. Avec une surface de plancher de 2 756 m², cette infrastructure doit accompagner la montée en puissance d’activités de maintenance aéronautique et de transformation d’avions, notamment autour de projets de lutte contre les feux ou de modifications d’appareils. Toulouse-Blagnac y voit un outil pour renforcer l’attractivité de sa zone aéroportuaire et soutenir le savoir-faire industriel local.
Dans le même temps, un appel à projet(s) a été lancé fin 2025 sur la zone Blagnac 3, représentant 25 hectares de foncier, afin d’accueillir des activités industrielles ou de services en lien avec l’aéronautique, le spatial ou la défense. L’ancienne gare de fret fait, elle aussi, l’objet d’un programme de modernisation destiné à mieux répondre aux besoins de la société d’assistance WFS et à l’évolution des filières clientes, de l’aéronautique à la santé-pharma. Le chantier doit se déployer en deux temps, avec une première tranche livrée mi-2027 puis une seconde mi-2028.
Décarbonation : Toulouse-Blagnac accélère sur tous les fronts
Sur le terrain environnemental, l’aéroport entend faire de 2026 une année charnière. La plateforme rappelle sa participation au programme européen STARGATE, qui réunit 22 partenaires autour de la décarbonation des opérations aéroportuaires, de l’amélioration de la qualité environnementale locale et du report modal. Elle met également en avant l’obtention de la certification Airport Carbon Accreditation niveau 4+, l’un des niveaux les plus exigeants du dispositif européen piloté par l’ACI Europe.
L’objectif affiché est clair : atteindre le Net Zéro carbone dès 2029 pour les activités directes relevant des scopes 1 et 2. La trajectoire est déjà engagée avec une réduction de 60 % des émissions depuis 2010, dont 30 % depuis 2019. Cette démarche s’appuie aussi sur des partenariats avec Air France, AviaPartner et SASCA, l’entreprise aéroportuaire ne représentant que 5 % des émissions totales de la plateforme. Dès 2026, 100 % des véhicules de service de l’aéroport doivent être électriques, contre 60 % aujourd’hui.
D’autres leviers sont activés. Toulouse-Blagnac substitue progressivement le diesel par du HVO pour certains engins lourds, avec une réduction annoncée d’au moins 80 % des émissions de gaz à effet de serre. L’aéroport joue aussi un rôle dans le développement des carburants d’aviation durables, à travers l’initiative régionale ICEO. En parallèle, un vaste programme d’électrification des opérations au sol est lancé, soutenu par une subvention européenne couvrant 30 % de l’investissement, soit environ 2,6 millions d’euros. Le déploiement prévoit des infrastructures de recharge, un poste haute tension en 2026 et l’acquisition progressive d’équipements électriques jusqu’en 2028.
Photovoltaïque, métro, vélo et économie circulaire : une stratégie territoriale élargie
Toulouse-Blagnac revendique désormais le statut de premier producteur d’énergie photovoltaïque de la métropole toulousaine. Après la mise en service de la centrale de l’EcoParc P5 en 2025, couvrant près de 30 % des besoins de l’aéroport, et celle du P6, dont la production équivaut à la consommation de 2 350 foyers, la plateforme prépare une nouvelle étape avec une future centrale côté pistes développée avec Sun’R et l’AREC Occitanie. La puissance cible annoncée est de 55 MWc, avec des mises en service échelonnées entre 2028 et 2029. Une première tranche de 1 MWc, qualifiée de démonstrateur, doit être mise en service dès l’été 2026.
La décarbonation passe aussi par l’accessibilité. En lien avec Tisséo, l’aéroport prépare l’arrivée de la Ligne Aéroport Express, attendue pour fin 2026, avec une liaison rapide depuis la ligne T1 vers la nouvelle station Blagnac. Cette ligne doit permettre de rejoindre l’aéroport en 6 minutes, avec un passage toutes les 8 à 9 minutes. La navette aéroport restera en service jusqu’à l’ouverture de la ligne C du métro, annoncée pour fin 2028. Depuis janvier 2026, une station VéloToulouse de vélos électriques en libre-service est également disponible pour les passagers et les salariés.
L’aéroport avance par ailleurs sur le terrain de l’économie circulaire. Il a intégré le programme LifeWaste2Build en signant la Charte économie circulaire de Toulouse Métropole. L’un des chantiers emblématiques concerne la rénovation d’un bâtiment pour le groupe WFS, avec deux objectifs affichés : 85 % de valorisation globale des déchets et 5 % de matériaux de seconde main dans la valeur des fournitures. L’éco-pâturage fait aussi son apparition sur une parcelle d’environ 4 hectares, entretenue par des chèvres naines et des brebis pendant deux ans.
Un aéroport qui veut mieux dialoguer avec son territoire
Enfin, Toulouse-Blagnac insiste sur sa responsabilité locale. Sur la question des nuisances, la plateforme met en avant une baisse de 27 % des vols en cœur de nuit entre minuit et 6 heures en 2025, avec 695 mouvements contre 954 en 2024. Pour les seuls vols commerciaux passagers, la baisse atteint 41 %, soit le meilleur niveau constaté depuis quinze ans pour la deuxième année consécutive. Un Comité de surveillance des vols de nuit doit venir renforcer la transparence et le dialogue avec le territoire, tandis que l’application de nouvelles mesures de restriction est prévue pour début 2027.
L’aéroport met aussi en avant son action sur l’emploi, l’inclusion et la solidarité. Il a signé avec l’Agefiph une convention de développement de l’emploi sur trois ans, pour la période 2025-2028, après avoir affiché un taux d’emploi de travailleurs en situation de handicap de 7,63 % en 2024, supérieur à l’obligation légale. La 4e édition du jobdating des métiers aéroportuaires a, elle, accueilli 1 800 candidats, pour 200 opportunités proposées par 23 entreprises et 6 acteurs de l’emploi. En 2026, l’aéroport prévoit aussi de renouveler plusieurs actions de mécénat et de solidarité, allant du soutien à la Fondation Toulouse Cancer Santé à la collecte d’objets abandonnés au bénéfice d’associations comme les Restos du Cœur, Emmaüs ou la Banque Alimentaire.
Une année 2026 charnière pour la compétitivité toulousaine
À travers cette feuille de route, Toulouse-Blagnac ne se contente pas d’annoncer des destinations supplémentaires. L’aéroport dessine un projet plus global, dans lequel la compétitivité ne repose plus uniquement sur le trafic, mais sur un triptyque associant connectivité, qualité de service et transition environnementale. Entre l’ouverture vers l’océan Indien, le renforcement des hubs, la montée en gamme de l’expérience client, la diversification des activités et les investissements dans la décarbonation, la plateforme cherche à conforter sa place d’infrastructure stratégique pour l’économie d’Occitanie. En 2026, c’est bien cette capacité à rester un outil de mobilité, de développement et d’attractivité territoriale qui sera scrutée de près.