À Beauzelle, l’UIMM Occitanie a dressé un diagnostic sans concession de la situation industrielle et économique à l’aube de 2026. Entre fragilisation conjoncturelle, incertitudes budgétaires et défis structurels, la métallurgie régionale s’organise autour d’une nouvelle entité issue d’une fusion historique, avec l’ambition d’offrir aux entreprises les leviers pour traverser les mutations et renforcer la souveraineté industrielle.
De gauche à droite : Gilles de Raffin, trésorier et président de l’antenne de la Haute-Garonne de l'UIMM Occitanie et président du groupe R-Meca, Xavier Aumont, président de l'antenne du Tarn-et-Garonne de l'UIMM Occitanie et PDG de Archean Technologies, Didier Katzenmayer, président de l'UIMM Occitanie et directeur aux affaires industrielles chez Airbus Operations SAS et Robert Gaiana, président de l'antenne du Lot de l'UIMM Occitanie. (Photo Dorian Alinaghi)
« Le militantisme industriel est un antidote au poison lent de l’attentisme », affirme Didier Katzenmayer, président de l’UIMM Occitanie. Pour la branche de la métallurgie, 2026 s’annonce comme une année de projection plus que de répit, marquée par un environnement politique instable, des échéances électorales proches et un climat géopolitique durablement tendu.
Le contraste observé en 2025 entre une sphère institutionnelle jugée immobile et un réseau d’industriels engagés à la recherche de solutions pragmatiques nourrit la volonté d’action de l’organisation patronale. « Il faut réussir à faire comprendre que l’industrie est la colonne vertébrale de la société », insiste Didier Katzenmayer, qui appelle à « donner envie d’industrie » pour préserver l’indépendance économique et la capacité de choix du pays.
Une conjoncture industrielle sous pression
Le démarrage de 2026 s’effectue dans un environnement international dégradé. Le secteur manufacturier européen se retrouve pris en étau entre les droits de douane américains et la concurrence chinoise, tandis que la situation française, soutenue par l’aéronautique et la défense, masque des fragilités persistantes.
Les indicateurs traduisent cette tension. La croissance du PIB français est estimée à +0,9 % en 2025, contre +1,4 % en zone euro, +2 % aux États-Unis et +5 % en Chine. La part de l’industrie dans le PIB français s’établit à 11,9 %, dont 9,5 % pour l’industrie manufacturière. Le taux d’utilisation des capacités industrielles atteint 76,7 % en novembre 2025, tandis que 8 % des chefs d’entreprise signalent encore des difficultés d’approvisionnement.
Dans la métallurgie, la production progresse de +2 % en 2025, mais certains segments reculent fortement, comme le machinisme agricole avec –5,5 %. Les défaillances d’entreprises industrielles culminent à 4 405 sur douze mois, et les exportations de produits métallurgiques atteignent en moyenne 24,8 milliards d’euros par mois à l’automne 2025. Le recours à l’intérim représente 7,1 % des effectifs et l’emploi hors intérim recule de –8 500 postes en un an.
Pour Gilles de Raffin, président de l’antenne Haute-Garonne de l’UIMM Occitanie et président du groupe R-Meca, « les nuages s’accumulent dans le ciel industriel sous l’effet de l’instabilité des règles, de la pression fiscale et de l’accumulation des contraintes ».
Un budget jugé incompatible avec les ambitions industrielles
Sur le plan budgétaire, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a été promulguée, tandis que le projet de loi de finances reste suspendu à l’issue d’un recours au 49-3 sur sa partie recettes. L’UIMM pointe l’absence de réforme structurelle et une aggravation des déficits, alors que la dette publique pourrait dépasser 120 % du PIB en 2027.
« Dans la recherche de compromis politique, on a oublié la réalité de l’économie », déplore Didier Katzenmayer. Le renoncement à la baisse de la CVAE est perçu comme un signal négatif pour l’investissement, tandis que le coût du travail devrait augmenter de 1,5 milliard d’euros malgré le maintien annoncé des allégements de charges. La surtaxe sur l’impôt sur les sociétés est également jugée pénalisante pour les entreprises exportatrices.
Dialogue social et jeunesse au cœur des enjeux
Dans un contexte institutionnel instable, l’UIMM défend la poursuite d’un agenda social autonome, notamment sur l’assurance-chômage et les contrats courts. L’objectif affiché avec le Medef, la CPME et l’U2P est de réduire de 1 milliard d’euros le coût annuel de l’assurance-chômage, avec des économies fléchées vers le désendettement du régime.
La question de l’emploi des jeunes occupe une place centrale. La France compte 1,4 million de NEETS, soit un jeune sur huit, et le taux de chômage des 15-24 ans atteint 19 %. En 2025, 65 000 contrats d’apprentissage ont été supprimés, alors que l’alignement du taux de chômage des jeunes sur celui du Danemark permettrait de créer 1,5 million d’emplois supplémentaires. « Placer la jeunesse au cœur des politiques publiques doit devenir la priorité nationale en 2026 », martèle Robert Gaïani, président de l’antenne du Lot.
L’entrée en vigueur complète du MACF au 1er janvier 2026 suscite une vive inquiétude. Conçu pour rétablir une concurrence équitable avec les producteurs extra-européens, le mécanisme est jugé trop lourd et coûteux. L’UIMM réclame un ajustement rapide avant des effets irréversibles pour l’industrie européenne, notamment sur les quotas carbone et les obligations de reporting.
En Occitanie, une industrie résiliente mais fragilisée
Les indicateurs régionaux montrent une progression régulière de l’activité industrielle, selon la Banque de France, mais des carnets de commandes étroits hors aéronautique. Les défaillances industrielles dépassent 400 en cumul annuel, un niveau inédit depuis 2011. Entre 2019 et 2023, la facture énergétique de l’industrie régionale a doublé, malgré une baisse de 5 % de la consommation.
Les exportations régionales atteignent 48 milliards d’euros, soit près de 9 % du total national, avec un excédent métallurgique proche de 13 milliards d’euros. La métallurgie représente plus de 130 000 salariés et 3 700 établissements, générant un effet multiplicateur de 134 emplois de services pour 100 emplois industriels.
Une nouvelle UIMM Occitanie pour porter une voix unifiée
Au 1er janvier 2026, l’UIMM MP-Occitanie et l’UIMM Méditerranée Ouest ont fusionné pour créer une entité unique couvrant 10 départements, représentant 713 entreprises adhérentes et 86 093 salariés. Cette nouvelle UIMM Occitanie devient la 2ᵉ chambre syndicale territoriale de la métallurgie en France, avec un conseil d’administration de 60 membres et un poste de vice-président dédié à l’emploi et à la formation.
Pour Xavier Aumont, président de l’antenne Tarn-et-Garonne, « la puissance collective et la proximité territoriale doivent désormais s’articuler pour défendre tous les industriels, quelle que soit leur taille ».
Talents et mixité, leviers de long terme
En 2025, près de 14 500 personnes ont été rencontrées par l’UIMM Occitanie dans le cadre de la promotion des métiers. Le Pôle Formation UIMM Occitanie forme chaque année 1 800 alternants et 2 600 salariés, sur 4 sites et plus de 110 parcours.
La mixité reste un défi majeur. Les femmes représentent moins de 30 % des salariés industriels et seulement 22,7 % dans la métallurgie. En Occitanie, la création de la Communauté des Passeuses d’Avenir vise à corriger ces déséquilibres et à attirer davantage de jeunes femmes vers les carrières techniques.