Réunis à Toulouse le 12 février 2026 à l’initiative de Cosmed, les acteurs de la filière cosmétique d’Occitanie ont acté une nouvelle étape dans la transformation du secteur. Face aux tensions climatiques, aux exigences réglementaires croissantes et aux risques d’approvisionnement, industriels, chercheurs et producteurs structurent une stratégie intégrée mêlant sécurisation des 18 000 tonnes annuelles de matières premières, innovation biotechnologique et adaptation agricole.
À Toulouse, la filière cosmétique d’Occitanie structure sa réponse aux tensions climatiques et réglementaires en articulant biotechnologies, agriculture et traçabilité internationale. (Photo Pixabay)
Malgré les perturbations liées à la tempête Nils, près d’une trentaine de dirigeants, responsables R&D, producteurs et experts scientifiques ont maintenu leur présence à Toulouse pour cette rencontre stratégique. Au cœur des échanges : la dépendance structurelle du secteur aux ressources naturelles.
Le groupe Pierre Fabre utilise aujourd’hui 86 % d’ingrédients d’origine végétale et mobilise 18 000 tonnes de matières premières par an. Derrière ces volumes se déploient des chaînes de valeur complètes associant agriculture, cueillette, transformation, analyses et production industrielle. La continuité de ces flux conditionne directement la stabilité économique des entreprises régionales.
« La biodiversité n’est plus uniquement un sujet environnemental : elle conditionne la continuité d’activité, la compétitivité et l’attractivité industrielle. En Occitanie, nous avons les compétences scientifiques et les filières pour transformer cette contrainte en opportunité », souligne Sophie Hericher, organisatrice du Cosmetopole Toulouse de Cosmed. La ressource végétale, autrefois considérée comme un simple intrant, devient ainsi un actif stratégique dont la sécurisation influe sur l’ensemble de la performance industrielle.
Toulouse, catalyseur des biotechnologies industrielles
L’innovation constitue l’autre pilier de cette transformation. Depuis 2012, Toulouse White Biotechnology (TWB) a accompagné près de 400 projets collaboratifs, faisant le lien entre recherche publique et déploiement industriel. En accompagnant industriels et start-up du laboratoire au pilote préindustriel, TWB accélère la mise sur le marché d’enzymes, de peptides et d’ingrédients biosourcés à haute valeur ajoutée.
En complément, le CRITT Bio-Industries dispose de capacités de fermentation atteignant 300 litres en pilote liquide, permettant d’industrialiser localement les innovations issues des laboratoires. Cette articulation recherche-industrie consolide l’emploi qualifié en bioprocédés, renforce l’attractivité régionale pour les jeunes pousses et maintient les chaînes de valeur sur le territoire.
L’enjeu dépasse la seule performance technologique : il s’agit de maîtriser localement les procédés, de réduire les dépendances extérieures et d’ancrer durablement la valeur ajoutée en Occitanie.
Adapter l’amont agricole au changement climatique
La compétitivité de la filière repose également sur la solidité de son amont agricole. Le projet PPAMadapt, doté de 357 000 euros sur trois ans, financé à 80 %, vise à adapter les cultures de Plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales aux évolutions climatiques. Il s’agit d’anticiper les impacts sur les rendements, la qualité des extraits et la résilience des exploitations.
L’Association Française des professionnels de la Cueillette (AFC), qui fédère 250 adhérents, participe à la professionnalisation et à la sécurisation des pratiques de cueillette. En structurant ces filières, la région consolide les revenus ruraux tout en stabilisant les approvisionnements industriels.
Cette coordination entre agriculteurs, cueilleurs et transformateurs constitue l’un des socles de la stratégie régionale : faire de la transition écologique un facteur de compétitivité plutôt qu’une contrainte subie.
Valorisation des coproduits et crédibilité internationale
La dynamique régionale ne se limite pas à la R&D. L’exemple de Perles de Gascogne, entreprise de six salariés réalisant 90 % de son chiffre d’affaires dans la cosmétique, illustre la capacité des PME occitanes à transformer des coproduits agricoles en ingrédients premium. Cette approche génère de la valeur sans mobiliser de nouvelles surfaces cultivées, optimisant ainsi les ressources existantes.
Sur le volet traçabilité et responsabilité, la plateforme Sedex renforce la crédibilité export des entreprises régionales. Présente dans 180 pays, regroupant plus de 100 000 membres et ayant réalisé 65 000 audits en 2025, Sedex constitue un levier de sécurisation des marchés internationaux.
Dans un environnement réglementaire exigeant, la conformité et la transparence deviennent des arguments concurrentiels décisifs, notamment à l’export.
Une filière structurante pour la bioéconomie régionale
En conjuguant innovation scientifique, structuration agricole et outils de traçabilité internationale, la rencontre organisée par Cosmed confirme que la cosmétique durable occupe désormais une place stratégique dans la bioéconomie régionale.
Cosmed fédère 1 000 entreprises adhérentes et, depuis 2025, est reconnue par le Ministère du Travail comme organisation patronale représentative de la filière cosmétique dans la Convention Collective des Industries Chimiques (IDCC44). L’association met à disposition des services mutualisés allant de la veille réglementaire dans 120 pays à l’accompagnement international, en passant par la formation professionnelle, la transition environnementale et l’organisation de congrès via ses sept Cosmetopôles.
La filière occitane ne se contente plus d’adapter ses modèles. Elle consolide un écosystème intégré où biodiversité, innovation et industrialisation convergent pour sécuriser la production, maintenir l’emploi qualifié et renforcer l’attractivité territoriale. À Toulouse, le 12 février, le message était clair : la cosmétique durable n’est plus un segment, mais un pilier industriel à haute valeur ajoutée pour l’Occitanie.