Occitanie : les recrutements de cadres repartent à la hausse et pourraient retrouver leur sommet dès 2026

Après une année 2024 plus hésitante, le marché de l’emploi cadre a retrouvé de la vigueur en Occitanie en 2025. Avec 18 340 recrutements, la région signe une progression de 5 %, à rebours de la tendance nationale. Portée notamment par l’aéronautique, les services informatiques et l’ingénierie-R&D, elle pourrait confirmer cette dynamique en 2026 avec 19 500 embauches attendues, soit un niveau proche du record atteint en 2023. Dans un contexte économique et géopolitique encore instable, l’Apec souligne toutefois que cette reprise devra être lue avec prudence.

De gauche à droite: Johann Bedel, président du CPR Apec Occitanie, Cyrille Longuépée, déléguée régionale Occitanie et Corinne Saurat, consultante relations entreprises à l'Apec Occitanie. (Photo Dorian Alinaghi Entreprises Occitanie)

De gauche à droite: Johann Bedel, président du CPR Apec Occitanie, Cyrille Longuépée, déléguée régionale Occitanie et Corinne Saurat, consultante relations entreprises à l'Apec Occitanie. (Photo Dorian Alinaghi Entreprises Occitanie)

Alors que le marché français de l’emploi cadre a connu en 2025 une deuxième année consécutive de recul, avec 294 500 recrutements au niveau national, soit -3 % sur un an et -11 % sur deux ans, l’Occitanie s’est distinguée par une trajectoire inverse. Dans la région, 18 340 cadres ont été recrutés en 2025, contre 17 440 un an plus tôt. Cette progression de 5 % tranche avec le climat national, marqué par une croissance atone, des investissements freinés, des tensions sur le commerce mondial et une instabilité politique persistante.

Cette résistance régionale ne doit rien au hasard. L’Occitanie bénéficie d’une structure économique particulière, où le poids de l’industrie, et plus particulièrement de l’aéronautique, demeure décisif. Les services informatiques et les métiers liés à l’ingénierie et à la recherche-développement ont également contribué à soutenir la demande de profils cadres. Dans une région où 20 % des cadres du privé travaillent dans l’industrie, contre 16 % au niveau national, cette spécialisation continue de jouer un rôle d’amortisseur et de moteur.

Cyrille Longuépée, déléguée régionale de l’Apec Occitanie, résume cette séquence en ces termes : « En 2025, le marché de l’emploi cadre en Occitanie rebondit avec 18 340 recrutements (+5 %), à contre-courant de la tendance nationale, porté notamment par l’aéronautique, les services informatiques et l’ingénierie-R&D. La hausse devrait se poursuivre en 2026 (+6 %), permettant de retrouver le niveau record de 2023, dans un contexte toutefois incertain. »

Un socle régional dense, structuré autour de la Haute-Garonne et de l’Hérault

L’Occitanie représente aujourd’hui 7 % des cadres du secteur privé en France, soit 268 510 cadres en emploi. La concentration géographique reste très marquée, avec une prédominance de la Haute-Garonne, qui rassemble 139 910 cadres, loin devant l’Hérault avec 52 400. Ce poids toulousain continue d’imprimer sa marque sur les dynamiques régionales, même si l’ensemble du territoire profite du redressement observé.

Le profil des cadres occitans révèle aussi certaines spécificités. Ils sont en moyenne un peu plus âgés que dans le reste du pays, avec un âge médian de 43 ans, contre 41 ans à l’échelle nationale. La tranche des 35-44 ans constitue le premier bloc de population cadre dans la région. Autre caractéristique importante : 48 % d’entre eux travaillent dans des TPE ou PME, preuve que l’économie régionale ne repose pas uniquement sur les grandes locomotives industrielles, mais aussi sur un tissu serré de petites et moyennes entreprises qui structurent l’emploi qualifié.

Cette donnée éclaire aussi les enjeux à venir. En Occitanie, la vitalité du marché cadre ne se joue pas seulement dans les grands groupes, mais dans la capacité de milliers de structures à attirer, convaincre et fidéliser des profils de plus en plus sollicités.

2026 : un retour attendu au niveau record de 2023

Les perspectives avancées par l’Apec pour 2026 prolongent cette embellie. Les entreprises occitanes anticipent 19 500 recrutements de cadres, soit une nouvelle progression de 6 %. Si cette prévision se confirme, la région retrouverait un volume très proche de son point haut de 2023, où 19 410 recrutements avaient été enregistrés. À l’échelle nationale, la hausse attendue serait plus limitée, à 4 %, avec 305 760 recrutements prévus. L’Occitanie ferait ainsi partie des régions les plus dynamiques du pays en matière de reprise.

Cette projection repose néanmoins sur un environnement jugé fragile. L’Apec évoque une croissance encore modérée, un redressement progressif de l’investissement des entreprises, mais aussi plusieurs facteurs de risque : tensions géopolitiques, contrainte sur les finances publiques, menace d’un choc énergétique et maintien d’une épargne de précaution élevée chez les ménages. En clair, la dynamique est là, mais elle pourrait être ralentie par un contexte international et macroéconomique défavorable.

Laetitia Niaudeau, directrice générale de l’Apec, insiste d’ailleurs sur cette ligne de crête : « L’emploi cadre est repassé sous la barre des 300 000 recrutements en 2025 mais notre étude confirme les premiers signes d’amélioration présentés en début d’année. Une augmentation de 4 % des embauches est attendue en 2026. Cette reprise reste à ce stade fragile et dépendante de l’évolution du contexte géopolitique et économique. »

L’informatique, l’ingénierie et la santé parmi les métiers les plus porteurs

Les besoins de recrutement qui s’annoncent pour 2026 se répartiraient d’abord dans les services à forte valeur ajoutée, qui concentreraient 40 % des recrutements de cadres en Occitanie, devant les autres services à 28 %, l’industrie à 17 %, le commerce à 11 % et la construction à 4 %. Cette structure rappelle le double visage économique de la région : un socle industriel puissant, mais aussi un tertiaire qualifié en forte montée.

Du côté des fonctions, l’informatique apparaît comme le premier vivier. Corinne Saurat, consultante relations entreprises à l'Apec Occitanie souligne aussi le poids de l’ingénierie, de la comptabilité, du BTP et de la médecine parmi les familles de métiers les plus porteuses. Dans le détail des fonctions déjà recrutées en 2025, l’informatique, les études-R&D, le commercial-marketing et l’exploitation tertiaire figurent parmi les ensembles les plus importants. Ce paysage confirme que l’emploi cadre occitan ne se résume pas au seul moteur aéronautique : il se diffuse dans des secteurs multiples, avec des besoins techniques, managériaux et d’expertise de plus en plus affirmés.

Les PME au cœur de la bataille du recrutement

Le véritable enjeu de 2026 se situera sans doute dans la capacité des PME à concrétiser leurs intentions d’embauche. Selon l’Apec, elles pourraient représenter 13 120 recrutements, soit 67 % de l’ensemble des embauches cadres prévues en Occitanie. Ce chiffre dit beaucoup de la réalité du marché régional : l’avenir du recrutement cadre se jouera d’abord dans les entreprises de taille modeste ou intermédiaire, qui doivent souvent composer avec moins de visibilité, moins de moyens de marque employeur et des processus de recrutement parfois plus fragiles.

L’Apec met ainsi en avant la nécessité de sécuriser les recrutements, en particulier dans les TPE-PME. L’enjeu n’est plus seulement de pourvoir un poste, mais de faire coïncider compétences, trajectoire professionnelle, attentes de sens, qualité du dialogue entre recruteur et candidat, et projection dans la durée. Le communiqué insiste sur un point central : la qualité du recrutement conditionne désormais la durabilité des embauches et limite les risques de départ précoce.

Dans un marché aussi concurrentiel, cette question devient stratégique. D’autant que les aspirations des cadres ont évolué en profondeur ces dernières années.

Qualité de vie, attachement au territoire, télétravail : les nouveaux paramètres du marché

Les documents complémentaires transmis par l’Apec apportent un éclairage utile sur les ressorts actuels de l’attractivité. Ils montrent d’abord que le lien au territoire pèse fortement dans les choix professionnels. En Occitanie, 81 % des cadres déclarent être attachés à leur région de travail, un niveau supérieur à la moyenne des régions hors Île-de-France. Cet ancrage local peut devenir un avantage compétitif pour les employeurs régionaux, à condition de proposer des trajectoires crédibles, cohérentes et compatibles avec les attentes de vie des candidats.

L’étude sur la mobilité montre également que les cadres hors Île-de-France préfèrent souvent adapter leur trajectoire plutôt que quitter leur région. Beaucoup se disent prêts à changer de secteur, de métier, voire à revoir leur niveau de responsabilités pour continuer à travailler sur leur territoire. Pour une région comme l’Occitanie, ce facteur peut soutenir les recrutements locaux, à condition que les entreprises sachent mieux valoriser leurs opportunités et rendre lisibles leurs perspectives d’évolution.

Autre paramètre désormais incontournable : le télétravail. L’étude Apec de mars 2026 montre que, malgré quelques reculs très médiatisés, cette pratique reste solidement ancrée. 89 % des entreprises n’ont pas modifié leur politique de télétravail en 2025, et 94 % n’envisagent pas de la restreindre en 2026. Surtout, une réduction du télétravail est perçue comme un risque pour l’attractivité, l’engagement et la rétention des cadres. Pour les employeurs, notamment les PME, la souplesse organisationnelle n’est donc plus un sujet périphérique, mais une dimension concrète de la compétitivité sur le marché du recrutement.

Une reprise réelle, mais encore sous surveillance

Le rebond observé en 2025 n’efface pas toutes les zones de fragilité. Les 4 750 créations nettes de postes cadres enregistrées en Occitanie l’an dernier restent inférieures aux 5 250 observées en 2024. Autrement dit, la dynamique de recrutement repart, mais la création nette ralentit légèrement. Le marché retrouve de l’élan sans renouer totalement avec une phase d’expansion sans nuages.

Pour autant, la photographie régionale demeure nettement plus favorable qu’au plan national. L’Occitanie aborde 2026 avec un socle d’emplois cadres dense, des secteurs moteurs identifiés, un tissu PME décisif et un attachement territorial qui peut jouer en sa faveur. À condition de transformer les intentions en embauches effectives, la région pourrait bel et bien retrouver son niveau record.

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