À Toulouse, le baromètre Prevaly révèle les fragilités du travail derrière la satisfaction des salariés

Une satisfaction au travail largement majoritaire, mais des signes d’usure qui pèsent sur les parcours professionnels. Dans son premier baromètre, Prevaly croise les données de près de 418 000 salariés et de 25 378 entreprises adhérentes du bassin toulousain. Santé mentale, épuisement des dirigeants, inégalités femmes-hommes et expositions chimiques dessinent les priorités d’une prévention appelée à intervenir plus tôt.

De gauche à droite : Geoffrey Argiles, toxicologue Prevaly, Monique Marpinard, médecin du travail Prevaly, Célia Cadiergues, psychologue du travail Prevaly, Antoine Lefort-Lavauzelle, directeur général de Prevaly et Céline Bon, présidente de Prevaly. (Photo Dorian Alinaghi)

De gauche à droite : Geoffrey Argiles, toxicologue Prevaly, Monique Marpinard, médecin du travail Prevaly, Célia Cadiergues, psychologue du travail Prevaly, Antoine Lefort-Lavauzelle, directeur général de Prevaly et Céline Bon, présidente de Prevaly. (Photo Dorian Alinaghi)

Une entreprise peut compter des salariés attachés à leur métier tout en laissant s’installer des situations de fatigue, de tension ou d’usure. C’est l’un des enseignements du baromètre Prevaly 2026, qui rassemble principalement des données d’activité de 2025, complétées par de premiers indicateurs de 2026. Parmi les salariés ayant répondu aux questionnaires lors de leur visite, 86,28 % déclarent une satisfaction élevée au travail, mais 6,53 % présentent également un niveau de stress élevé à très élevé, dans les deux bases de répondants respectives.

Le service de prévention et de santé au travail dispose d’un large poste d’observation : près de 418 000 salariés suivis en 2025, sur une zone comptant 593 619 salariés actifs selon les données Insee/Flores 2024. À périmètre comparable, cela représente environ 70 % des salariés de la zone, les autres relevant majoritairement de services autonomes intégrés aux grandes entreprises.

Pour Céline Bon, présidente de Prevaly, l’objectif est de « faire de la prévention un sujet pleinement intégré aux décisions de l’entreprise ». Son directeur général, Antoine Lefort-Lavauzelle, envisage cette première édition comme un outil de suivi : « il doit devenir un repère dans le temps : suivre les évolutions, faire émerger de nouveaux signaux et surtout aider les entreprises à identifier les sujets sur lesquels elles peuvent agir concrètement. »

La santé mentale s’impose dans les attentes des entreprises

Dans l’enquête annuelle menée en 2025, 44 % des entreprises ayant répondu à la question sur leurs besoins de sensibilisation souhaitent un accompagnement sur la qualité de vie et des conditions de travail, et 43 % sur les risques psychosociaux (RPS). Ces proportions portent sur 968 répondants à cette question, parmi les 1 478 entreprises participantes.

Les données de suivi montrent que 80,01 % des salariés sont identifiés comme exposés aux RPS, devant les postures contraignantes, qui concernent 65,98 % des salariés suivis. Ces expositions, déclarées par les employeurs puis actualisées par les professionnels de santé lors des visites, signalent des facteurs à prévenir ; elles ne signifient pas que huit salariés sur dix souffrent d’une pathologie.

Le vécu exprimé en consultation apporte un autre éclairage. Parmi 62 530 répondants à l’échelle de stress, 6,53 % attribuent une note comprise entre 7 et 10 sur 10, contre 6,94 % en 2024, soit un recul de 0,41 point. Sur une base distincte de 62 956 répondants, la satisfaction élevée atteint 86,28 %, après 86,16 % un an auparavant. Ces résultats permettent de suivre deux dimensions du travail qui peuvent coexister : l’intérêt porté à l’activité et les difficultés rencontrées pour l’exercer.

Les métiers d’accueil concentrent davantage de tensions. Parmi les 16 653 salariés suivis dans ces fonctions, 87,03 % sont exposés aux RPS, environ sept points de plus que l’ensemble des métiers. Au sein des 2 666 répondants aux échelles de vécu au travail, 8,87 % présentent un stress élevé, soit 2,34 points au-dessus de la moyenne. La satisfaction élevée reste majoritaire, à 83,08 %, mais se situe 3,2 points en dessous du résultat global. Relations avec le public, incivilités, charge émotionnelle et possibilités limitées de réponse constituent autant de contraintes à examiner dans l’organisation quotidienne.

Les dirigeants, eux aussi, exposés à l’épuisement

La pression se mesure également à la tête des entreprises. Proposé deux fois par an aux dirigeants adhérents, le questionnaire E-Amarok a été complété par 461 dirigeants en 2025, contre 414 en 2024, soit une progression de 11 %. Ces résultats décrivent les répondants au dispositif.

Parmi eux, 45 % déclarent davantage de facteurs de stress que de satisfaction, contre 46 % un an auparavant. Un second questionnaire a été renseigné par 174 dirigeants présentant cette balance négative. Dans ce groupe, 86 % affichent un risque d’épuisement élevé à très élevé, contre 85 % en 2024. Le baromètre estime à environ 37 % de l’ensemble des dirigeants répondants la proportion concernée par ce niveau de risque.

La surcharge de travail demeure le premier facteur de tension, citée par 61 % des répondants, après 56,3 % en 2024. Viennent ensuite la baisse de l’activité commerciale, à 34,9 %, la pression fiscale, à 34,7 %, et les conflits avec les salariés, à 33,8 %. La baisse d’activité passe du quatrième au deuxième rang des facteurs cités. Les conflits avec les salariés progressent également, puisqu’ils étaient mentionnés par 27,3 % des répondants en 2024.

Chez les dirigeants concernés par le second questionnaire, la fatigue atteint une intensité moyenne de 5,7 sur 7, le sentiment de ne plus en pouvoir 5,1 sur 7 et la déception vis-à-vis d’autres personnes 4,9 sur 7. Ces notes mesurent l’intensité des ressentis, et non leur fréquence.

« Quand un dirigeant s’épuise, c’est souvent toute l’organisation qui se fragilise », souligne la docteure Séverine Lahille, médecin du travail et référente du dispositif ADELE. Elle relève aussi « le sentiment d’isolement décisionnel », lorsque les responsabilités s’accumulent sans possibilité de partager les doutes.

La cellule ADELE, qui mobilise notamment médecins du travail, psychologues, assistants sociaux et accueillants formés à ces situations, a accompagné 92 dirigeants en situation extrême d’épuisement en 2025, contre 60 en 2024. Le nombre de prises en charge augmente ainsi de 53 % en un an.

Réorganisations et intelligence artificielle : anticiper les effets sur le travail

Les transformations des entreprises constituent un autre terrain de vigilance. Le baromètre recense en Occitanie près de 200 plans de sauvegarde de l’emploi en 2025, représentant plus de 2 700 emplois concernés. Au premier trimestre 2026, une quarantaine d’établissements avaient déjà engagé un PSE, concernant plus de 430 salariés.

Les conséquences dépassent les seuls départs. Pour les équipes qui restent, la redistribution des tâches, la perte de collègues et les nouvelles responsabilités peuvent accroître l’incertitude et la charge de travail. Prevaly mobilise médecins du travail, ergonomes, psychologues du travail et préventeurs pour accompagner ces évolutions.

« Pourtant, ceux qui restent vivent eux aussi un bouleversement », rappelle Cédric Benoist, ergonome et manager de proximité des préventeurs. L’analyse doit porter sur les missions futures, les compétences disponibles, les moyens et les coopérations nécessaires pour assurer l’activité.

L’intelligence artificielle suscite, elle aussi, des attentes. Le webinaire consacré à son intégration dans les entreprises en préservant la santé des collaborateurs a réuni 170 inscrits, contre 63 en moyenne pour les webinaires Prevaly en 2025, soit 2,7 fois plus. Allègement de certaines tâches, autonomie et accès à l’information peuvent constituer des bénéfices, tandis que la surcharge cognitive, l’intensification du travail ou le sentiment de contrôle appellent une évaluation.

Pour Célia Cadiergues, psychologue du travail, « une technologie ne transforme jamais seulement les outils : elle transforme aussi les métiers, les collectifs et la manière de travailler. » L’accompagnement présenté par Prevaly associe direction, représentants du personnel, managers et salariés afin de partir des situations concrètes, de définir des mesures adaptées et d’en suivre les effets.

Le maintien en emploi devient un enjeu de gestion des compétences

Les premières données 2026 de l’indice de risque de désinsertion professionnelle (IRDP) font apparaître un risque fort pour 14,91 % des 277 515 salariés analysés, soit 41 383 personnes. Construit à partir de situations passées, cet indicateur vise à repérer les parcours susceptibles de se fragiliser. Il s’inscrit dans les travaux nationaux de Présanse et reste appelé à être affiné.

Les données de 2025 donnent la mesure des accompagnements déjà nécessaires. Prevaly recense 8 012 salariés concernés par une affection de longue durée, soit environ 2 % des salariés suivis, 1 856 par une invalidité, soit environ 0,4 %, et 653 par une incapacité permanente, soit environ 0,2 %. Maladies chroniques, cancers, troubles psychiques, limitations fonctionnelles ou accidents de la vie peuvent nécessiter une adaptation à différents moments de la carrière.

Sur l’année, 4 297 orientations liées au maintien en emploi ont été réalisées, soit 1,02 % des salariés suivis et près de 17 orientations par jour ouvré. Le service social en représente 28,5 %, les psychologues cliniciens 26 %, la cellule de prévention de la désinsertion professionnelle 22,3 %, le service de pathologie professionnelle 11,7 % et Cap Emploi 11,6 %. Les trois premières destinations rassemblent près de 77 % des orientations. Celles vers la pathologie professionnelle concernent des hommes dans 75 % des cas.

Le recours à Cap Emploi permet notamment de mobiliser, selon les situations, les dispositifs de l’Agefiph, du FIPHFP ou de l’OETH. L’accompagnement peut associer adaptation du poste, soutien social ou psychologique, formation, reclassement et reconversion.

Les RPS et les TMS pèsent dans les inaptitudes

En 2025, 3 250 inaptitudes ont été prononcées, soit un niveau rapporté aux salariés suivis de 0,77 %. L’analyse des motifs, réalisée dans le cadre du projet régional IODA, porte sur 1 823 de ces inaptitudes. Les pathologies relevant des RPS en représentent 35,3 %, soit 643 situations, et les troubles musculosquelettiques (TMS) 25 %, soit 456 situations. Ensemble, ces deux catégories approchent donc 60 % des motifs analysés.

L’âge accentue les écarts. Les tranches de 50 à 69 ans représentent environ 26,8 % des effectifs suivis, mais plus de 40 % des inaptitudes. Les 50-59 ans concentrent 25,82 % des inaptitudes pour 19,70 % des salariés ; les 60-69 ans, 15 % pour 7,12 %. Les 40-49 ans sont également surreprésentés, avec 25,30 % des inaptitudes pour 22,90 % des effectifs. À l’inverse, les 20-29 ans comptent pour 22,96 % des salariés et 10,95 % des inaptitudes, et les 30-39 ans pour 25,98 % et 22,54 % respectivement.

Les différences sectorielles sont tout aussi marquées. La santé humaine et l’action sociale regroupent 9,48 % des salariés, mais 18,93 % des inaptitudes. Le commerce en concentre 22,02 % pour 15,01 % des effectifs. La surreprésentation concerne aussi les transports et l’entreposage, avec 6,92 % des inaptitudes pour 4,66 % des salariés, l’hébergement-restauration, à 6,53 % pour 4,89 %, et les services administratifs et de soutien, à 12,60 % pour 10,64 %.

Dans le soin et l’accompagnement, l’aide à domicile représente 4,64 % des inaptitudes pour 1,45 % des salariés, et l’hébergement médicalisé des personnes âgées 3,35 % pour 1,01 %. Les activités hospitalières, l’accueil de jeunes enfants et l’action sociale sans hébergement sont aussi surreprésentés, avec respectivement 3,28 %, 1,53 % et 1,23 % des inaptitudes, pour 2,26 %, 0,80 % et 0,89 % des salariés. À l’opposé, les activités spécialisées, scientifiques et techniques regroupent 14,12 % des effectifs et 4,87 % des inaptitudes ; l’information-communication, 9,91 % et 3,90 %.

Pour préserver les possibilités de poursuite d’activité, 18 233 propositions d’aménagement de poste ont été formulées en 2025. Elles représentent 11,2 % des visites réalisées, soit près de 72 propositions par jour ouvré. Modification des tâches, des horaires ou du poste, accompagnement du retour après un arrêt et évolution professionnelle constituent les réponses envisagées selon les besoins.

« Trop tard, on subit. Suffisamment tôt, on agit », résume Gwenaelle Shourick, manager de la prévention de la désinsertion professionnelle de Prevaly.

Les femmes davantage concernées par les parcours fragilisés

Les femmes représentent 48 % des salariés suivis, mais concentrent 62,7 % des avis d’inaptitude et 61 % des propositions d’aménagement de poste en 2025. Ces proportions atteignaient déjà 62 % et 59 % en 2024.

Dans les motifs analysés par IODA, elles représentent 70 % des inaptitudes liées aux RPS, soit 450 situations contre 193 chez les hommes, et 60 % de celles liées aux TMS, soit 274 situations contre 182. Elles sont également destinataires de 615 des 958 orientations vers la cellule de prévention de la désinsertion professionnelle, soit 64,19 %.

Les premiers résultats de l’IRDP prolongent ce constat : 21,33 % des femmes présentent un risque fort de désinsertion professionnelle, contre environ 9,3 % des hommes. Le vécu déclaré au travail fait aussi apparaître des écarts. La satisfaction élevée concerne 84,72 % des répondantes et 87,44 % des répondants, soit 2,72 points de différence. La proportion de scores élevés de stress atteint 8,36 % chez les femmes, contre 5,12 % chez les hommes, soit un écart de 3,24 points.

Ces données ne suffisent pas à établir les causes des différences. Elles invitent à croiser métiers, âge, conditions d’exercice et trajectoires. Les secteurs du soin, de l’aide à la personne, de la propreté, de l’accueil ou du commerce peuvent associer gestes répétitifs, station debout, horaires atypiques et charge émotionnelle.

La docteure Monique Marpinard, médecin du travail, rappelle que « la santé des femmes au travail ne se limite pas aux seules conditions de travail. » Parcours de procréation médicalement assistée, grossesse, allaitement, monoparentalité, ménopause ou aidance familiale appellent également une attention aux besoins d’adaptation.

Le baromètre ouvre enfin un champ d’observation sur la neurodiversité. Autisme, TDAH, troubles dys ou fonctionnements cognitifs particuliers peuvent nécessiter des ajustements de l’environnement sensoriel, des consignes, de la communication ou de l’organisation. Ce sujet, identifié plus régulièrement par les équipes, devra être documenté dans les prochaines éditions.

Le risque chimique reste une priorité du territoire industriel

Dans le bassin toulousain, les expositions chimiques concernent l’aéronautique, la maintenance, le traitement de surface, les laboratoires, le nettoyage et l’artisanat spécialisé. 268 entreprises ont bénéficié d’un accompagnement spécifique en 2025, contre 228 en 2024, soit près de 18 % de plus.

Le nombre d’entreprises déclarant des salariés en surveillance individuelle renforcée au titre d’une exposition à des agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR) passe de 1 214 à 1 634, en hausse d’environ 34 %. Les salariés déclarés concernés sont 16 729, contre 10 072 en 2024, soit une progression de 66 %. Ils représentent désormais un peu plus de 4 % des salariés suivis.

Prevaly interprète cette hausse comme le signe d’une meilleure identification et d’une traçabilité plus complète des expositions. Elle ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à une augmentation équivalente des expositions réelles.

Le détail des substances ou procédés concernés reste cependant peu renseigné : 180 entreprises l’ont déclaré en 2025, contre 144 en 2024, soit une hausse de 25 %, mais seulement 11 % des entreprises déclarant au moins un salarié en surveillance renforcée CMR. Dans l’enquête annuelle, 55 % des répondants indiquent souhaiter participer à des réunions d’information et de sensibilisation sur le risque chimique.

La sous-traitance aéronautique constitue un terrain de suivi particulier. Sur 103 entreprises identifiées, 92 adhèrent à Prevaly, soit près de 90 %. Elles représentent 17 204 salariés, correspondant à 93 % des effectifs du périmètre de sous-traitance étudié, hors intérim. Parmi ces 92 adhérents, 59 entreprises, soit 64 %, ont engagé ou finalisé une évaluation du risque chimique, et 32, soit environ 35 %, ont bénéficié d’un accompagnement pluridisciplinaire.

Les besoins varient avec la taille des structures : expertise ciblée pour celles qui disposent de compétences internes, aide au recensement des produits et à l’évaluation des risques pour les plus petites. Les effets de certaines expositions pouvant apparaître plusieurs années, voire plusieurs décennies plus tard, la prévention dépend de la capacité à identifier les dangers avant les atteintes à la santé.

Près d’un adhérent sur trois a engagé une action avec Prevaly

Au total, 7 363 entreprises adhérentes ont mis en place une action de prévention avec Prevaly en 2025, soit 29,01 % des 25 378 adhérents. Cet indicateur mesure les actions conduites avec le service, sans résumer l’ensemble des démarches réalisées par les employeurs.

Les prochaines éditions doivent suivre cette mobilisation, le vécu au travail, les risques de désinsertion et les écarts entre femmes et hommes. Pour les entreprises, l’enjeu est de conserver des marges de manœuvre : adapter un poste avant une rupture, réorganiser une activité avant l’épuisement, ou préserver une compétence avant qu’elle ne quitte durablement l’entreprise.

Le baromètre rappelle également l’intérêt économique de cette démarche, en citant une étude de l’Association internationale de la sécurité sociale publiée en 2011 et un ordre de grandeur de 2 à 3 euros de bénéfices pour 1 euro investi dans la prévention des risques professionnels. Au-delà du coût des absences, c’est la capacité à maintenir les savoir-faire et à organiser le travail dans la durée qui se trouve engagée.

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