Benoit Moulas : " Nous sommes la première PME indépendante française du spatial "

Les unités de conception et de production de Microtec dans les locaux flambants neufs de Ramonville. Crédit : Sébastien Denis.

Agora Industries poursuit sa croissance avec un fort développement d’activité de ses deux entités Comat et Microtec. Le groupe toulousain vient d’inaugurer son site Microtec à Ramonville qui compte 2 000 m² de plus et un équipement modernisé.  Cette nouvelle installation s’inscrit dans le plan d’investissement  global de 6,5 M€ annoncé par son président  Benoit Moulas. Le groupe industriel fournit l’industrie aéronautique, spatiale, automobile et le secteur de la santé en équipements électroniques.

Quelles sont les ambitions d’Agora Industries d’ici à 2020 ?
Notre axe de progression va vers le lancement de produits propres, issus de nos savoir-faire dans le le spatial. De manière générale, nous visons une augmentation de la production et un renforcement à l’export. Nous visons un minimum de 10 % de croissance en 2019 et le groupe pourrait atteindre les 30 M€ de chiffre d’affaires en  2021 (CA 2017 : 17,5 M€, NDLR). Nous avons adhéré cette année au Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) de façon à affirmer une dimension nationale au groupe. Je rappelle que nous sommes la première PME indépendante dans le spatial en France ! Dans un plus court terme, nous allons nous efforcer de réussir et bien digérer notre nouvelle implantation à Ramonville qui a nécessité une nouvelle organisation.

Quel investissement représente la nouvelle installation de Microtec à Ramonville ?
Sur les 6,5 Millions d’euros, 4 millions ont été utilisés pour Microtec.  2 millions pour l’agrandissement du site et 2 millions pour l’achat des machines EMS et la qualification de nos process Haute Fiabilité.   L’investissement est chiffré à 2 M€. En agrandissant nos locaux, nous associons deux sociétés du groupe, Microtec et Arck Electronique, toutes deux spécialisées dans la fabrication d’équipements électroniques. Sur un terrain de 6 000 m², dont nous sommes propriétaires, le nouveau bâtiment  de 3200 m² accueille aujourd’hui  110 personnes.  Les travaux chiffrés à 2 M€ consistaient  au relooking des bâtiments existants et à la construction de 2000 m² supplémentaires sur 3 niveaux, dont 600 m² de salle blanche. Les travaux ont duré un an. La salle blanche a nécessité un investissement de 500 000 euros et comprend une ligne de production EMS (Electronic Manufacturing Services) capable de produire 10 000 cartes spatiales à l’année électronique. L’investissement matériel accompagnant cette nouvelle installation est chiffré à 1,5 M€.

Comment sont organisés vos nouveaux locaux ?
Le deuxième étage est dédié aux fonctions administratives et commerciales. Aux étages inférieurs, nous avons un vaste bureau d’étude, et plusieurs ateliers dont un atelier d’assemblage dédié à la fabrication de produits récurrents, un autre dédié au prototypage et travaux rapides,  une salle blanche, un espace logistique… Chez Microtec, 70 personnes travaillent dans la production et plus d’une trentaine sont dans les fonctions de conception et de méthodes. Nous prévoyons une dizaine d’embauches d’ici à fin 2019. Microtec a des compétences à la fois dans le hardware et dans le software.  Nous avons la particularité de pouvoir proposer du spatial ou de l’aéro sur la même ligne de production, car nous avons opté pour un système modulable. Un système automatisé ultra-performant qui nous permet de proposer des petites et moyennes séries de production en toute agilité.

L’aéronautique et le spatial sont-ils vos uniques terrains d’action ?
40 % de l’activité de Microtec est orientée vers le spatial mais nous tenons à conserver une certaine diversité. Dans le spatial, nous fournissons la deuxième entité du groupe Agora Industries : Comat, qui est  dédiée à  l’équipement spatial. Nos deux clients principaux sont Airbus et Thales Alenia Space.  Ce dernier nous à d’ailleurs décerné le prix du meilleur fabricant de cartes électroniques. L’aéronautique représente 20 % de l’activité, l’automobile, 10 %, la défense, 10% et la santé, 10%.  Pour vous citer des clients locaux autres que les grands acteurs de l’aéronautique et du spatial, nous travaillons par exemple pour la PME Formulaction (fabrication d’instruments de mesure)  et nous fabriquons des bancs de tests et d’essais pour le groupe Continental.


Comat, l’autre entité du groupe, se tourne vers le marché du New Space. Quelle progression prévoyez-vous pour cette activité ?
Avec le lancement de nos propres produits, nous avons une belle place à prendre dans ce marché de l’équipement des nanosatellites, qui prévoit plus de 7 000 satellites dans les 10 ans à venir (chiffre ministériel). Et c’est un marché qui présente un très fort potentiel, à l’international. Pour ne citer qu’une seule de nos innovations, notre Plasma Jet Pack, moteur à propulsion électrique destiné aux nanosatellites, a reçu un écho très positif dès  son lancement. La production va démarrer dès l’an prochain. Sur le New Space, Comat anime des programmes de recherche associant laboratoires, instituts et entreprises.

 

Un entrepreneur engagé
Benoit Moulas est un entrepreneur dans l’âme.  En 1991 il a créé la société d’ingénierie Arck Ingenierie qui a ensuite été rachetée en 2007 par le groupe français Segula. L’ingénieur de formation (Icam) s’est ensuite tourné vers le photovoltaïque pour créer Midisolaire.  En même temps Benoit Moulas décide de lancer Agora Industries en acquérant coup sur coup deux sociétés : Microtec et Comat. A côté de ses obligations professionnelles, Benoit Moulas a aussi été juge au Tribunal de commerce de Toulouse. Il  est aujourd’hui administrateur et trésorier du pôle Aerospace Valley et président de l’Icam Toulouse depuis 7 ans.
 

Comat prend le cap du New Space
Installé à Flourens, Comat  (85 salariés ; CA : 8M€ en 2017) fournit des équipements mécaniques pour satellites et compte Thales Alenia Space , Airbus (Airbus Defence and Space), le Cnes, l’Esa, la DGA, Safran parmi ses clients. Après la conception et la fabrication industrielle de pièces mécaniques pour des tiers, la PME s’est lancé dans la fabrication de ses propres produits innovants comme le Plasma Jet Pack (PJP), petit moteur à propulsion électrique destiné à l’équipement des nanosatellites. Un plan d’investissement de 2 M€ a été  élaboré pour assurer le lancement de cet équipement.  Une production allant jusqu’à 200 moteurs par an pourra être envisageable. Comat prévoit une forte croissance (15 M€ en 2021) et la création d’une trentaine d’emplois avec le lancement de ces équipements nouvelle génération.